‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 46 sur 144 · FUITE DE DAVID · texte numérisé non relu

FUITE DE DAVID

à la place des Parfumeurs, à l'extrémité sud-est de la ville, il remarqua, à sa grande joie, qu’un nombreux cortège l'avait suivi; non seulement son général Joab et Abisaï, avec leurs hommes, non seulement une grande partie de sa légion héroïque (7#4i660rim), et les Krêthi et Plêthi avec leur commandant Benaïahou, mais encore lttaï le Héthéen avec ses six cents hommes, enrûlés naguère par David. Toute la population de la ville fondait en larmes, pendant que David s’avançait à travers la vallée du Cédron et que , tous ses capitaines marchaïent en tête, se dirigeant par le mont des Oliviers vers l’âpre région du Jourdain. Chercher un refuge dans une ville, il ne l’osait, craignant une trahison. Plus tard, les deux premiers pontifes Sadoc et Abiathar, avec le corps des Lévites, accoururent de Jérusalem auprès de lui, amenant l’arche d'alliance. Mais il invita les deux prêtres à ramener l'arche à Sion, en ajoutant d’une voix émue : « Si Dieu, me rendant sa faveur, me réintègre à Jérusalem, je reverrai l’arche et le saint tabernacle; sinon, si Dieu me rejette, je me résigne à sa volonté. » Il lui semblait d’ailleurs que les deux pontifes pourraient lui être plus utiles à Jérusalem qu’en partageant son exil. — Tandis que prêtres et Lévites ramenaient en toute hâte l’arche sainte à Jérusalem, David gravit la montagne nu-pieds, la face voilée, baigné de pleurs, et toute sa suite éclata en sanglots. Mais, au moment où sa douleur et son désespoir avaient atteint leur paroxysme, il vit soudain venir à lui, du sommet opposé de la montagne, un ami et un auxiliaire. Chusaï, de la ville d'Érekk, était un des intimes de David et ufñ conseiller non moins habile qu’Achitophel. Vêtu de deuil, il venait partager l'exil de son roi; celui-ci s'y opposa. Un vieillard ne pouvait être qu'une gêne pour le fugitif ; restant, au contraire, près d’Absalon, il pourrait être plus utile à son ami, lui transmettre secrètement des avis, déjouer les conseils d’Achitophel. Conformément à ces observations, Chusaï se rendit à Jérusalem. La première ville que David rencontra dans sa fuite fut Bachourim, une ville benjamite. Au lieu d’un accueil amical, il n’y trouva qu'insultes et outrages. Un Benjamite, Séméi, l’accabla d'injures et de malédictions : « Homme de sang! misérable ! Dieu te rend le mal que tu as fait à la maison de Saül, dont tu as ravi la couronne! » Longtemps encore il s’attacha aux pas de David,

lui lançant des pierres et de la terre du haut de la colline, de sorte que les guerriers durent protéger la personne du roi, qui, du reste, comptait aussi des amis à Bachourim. Abattu, épuisé, David arriva avec sa suite, par la route du désert, dans la contrée de Jéricho. Ils s’arrêtérent là sous des tentes, et l’infortuné monarque se remit de ses fatigues d'esprit et de corps, dans l’attente des avis que ses fidèles devaient lui envoyer de Jérusalem.

Cependant Absalon entrait dans la capitale avec les conjurés et les défectionnaires, ayant à ses côtés Achitophel, le pervers conseiller. Celui-ci excitait l’usurpateur à redoubler de forfaits, afin de rendre la rupture irrémédiable et toute réconciliation impossible. Il lui conseilla de mettre la main sur le harem de son père et d’abuser des dix concubines qu’il y avait laissées. Qu’importait à Achitophel qu’Absalon, par cette nouvelle infamie, risquât de se rendre odieux au peuple ? Il voulait avant tout se venger de David et le précipiter du trône; Absalon n'était pour lui qu'un instrument. Le scélérat imbécile qui se faisait appeler roi, mais qui, réduit à lui-même, eût été inhabile à rien entreprendre, se laissa entraîner à cette ignominie.

Mais, pendant qu'il se livrait à cette orgie de crimes, l’homme qui devait anéantir ses desseins odieux était là près de lui. Chusaï avait, en apparence, rendu hommage au nouveau roi, avait protesté qu’il le servirait aussi fidèlement qu'il avait servi son père. : Usant de traitrise avec le traître, il avait gagné la confiance d’Absalon. Celui-ci tint conseil sur les moyens à employer pour vaincre et abattre son père. Les Anciens des tribus, présents à Jérusalem, furent appelés à délibérer. Achitophel donna le conseil diabolique de se mettre sans délai, cette même nuit, avec une armée considérable, à la poursuite de David, de surprendre sa suite et de la disperser par la Supériorité du nombre, de le faire prisonnier lui-même, — faible et abattu comme il le supposait, — et de le mettre à mort. Une fois David éliminé, le peuple entier se rallierait au nouveau roi, sans remords et sans réserve.

Chusaï, consulté à son tour par Absalon sur le plan de campagne à suivre, déclara le projet d’Achitophel absolument inacceptable, et fit valoir des arguments si spécieux qu’Absalon s'y laissa prendre. Quant à lui, Chusaï, ce qu'il conseillait, c'était de

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