‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 48 sur 144 · RETOUR DE DAVID · texte numérisé non relu

RETOUR DE DAVID

et sans appui... Ce langage sévère d’un ami rude, mais dévoué, décida le roi à surmonter sa douleur et à se montrer au peuple.

D’Absalon il ne resta qu'un faible vestige. Son corps fut jeté dans une fosse de la forêt de Rephaïm et recouvert d’un grand monceau de pierres. Il ne laissa qu'une fille, qui était d’une rare beauté, mais point de fils : les trois fils qui lui étaient nés avaient péri avant sa rébellion, comme s’il eût été indigne d'en conserver un, lui qui menaçait les jours de son père. Mais il s'était lui-même, pendant son règne éphémère, érigé près de Jérusalem, dans « la Vallée du roi », un sépulcre fastueux, le Tombeau d'Absalon, qui devait éterniser son nom, et qui n’a éternisé que sa honte. Ses. méfaits ont laissé, dans l’histoire, plus de traces que lui-même.

La guerre terminée, David songea à rentrer dans Jérusalem. Mais il ne voulait point s'imposer aux tribus, et il préférait attendre que, pénétrées de repentir, elles revinssent spontanément à lui. Or, chose surprenante, un revirement s'était opéré dans les esprits en sa faveur, et c’est précisément par les tribus. du nord que le mouvement avait commencé. Le peuple fit en quelque sorte appel à ses Anciens : « Le roi qui nous a sauvés denos ennemis, qui nous a surtout délivrés des Philistins, s’est vu chasser par son fils Absalon. Absalon est mort, pourquoi ne vous hâtez-vous pas de réintégrer le roi? Venez, ramenons-le au plus tôt! » Sur quoi les Anciens invitèrent David à revenir dans sa capitale et dans sa demeure, et consacrèrent ainsi une seconde fois sa royauté. Par contre, la tribu de Juda et, à sa suite, celle de Benjamin gardèrent une réserve assez étrange et ne firent pas. la moindre avance au roi. Les Judaïtes, premiers fauteurs de la révolte à Hébron, avaient-ils honte de leur conduite, au point de ne pas oser en demander pardon à David? Ou, au contraire, le: mécontentement qui les avait portés à cette révolte persistait-il encore?... On peut croire que Amasa, qui, après sa défaite dans. la forêt de Galaad, s'était réfugié à Jérusalem, exerçait une grande influence sur les Judaïtes. Quoi qu’il en soit, voyant cette attitude de la tribu de Juda, David chargea Sadoc et Abiathar,— les deux prêtres qui étaient restés dans Jérusalem, — de faire: sentir aux Anciens de Juda qu’il était de leur devoir de solliciter le retour du roi. Il leur donna également mission d'assurer Amasa

de sa clémence et de lui offrir de sa part le titre de général. Cette dernière perspective décida Amasa à se rallier à David, et il persuada aux Anciens de Juda d'aller au-devant du roi. Ainsi firent les Judaïtes, et une députation se rendit à Ghilgal pour le recevoir.

De là, grande perplexité pour la tribu de Benjamin. Quel parti prendre ? Lorsque David, fugitif, avait traversé leur territoire, des Benjamites lui avaient témoigné à grand bruit leurs sentiments hostiles. Ils ne croyaient pas possible alors qu'il dût jamais revenir et reprendre possession de son trône. Maintenant la situation avait changé, et non seulement les tribus du nord étaient ralliées, mais celle de Juda elle-même était sur le point de rendre hommage à David. Certes, les Benjamites ne l’aimaient point; mais devaient-ils rester isolés dans leur haine, exposés aux terribles conséquences de la colère du roi? Séméi, — ce même Benjamite qui avait accablé d'injures le roi fugitif et qui avait tout à craindre de son cœur ulcéré, — opina qu'il fallait faire montre d’un zèle extraordinaire pour David, renchérir encore sur les autres tribus, afin que cet empressement le disposât à la bienveillance et que sa propre générosité plaidât en leur faveur. Suivant ce conseil, un millier de Benjamites se déclarèrent prêts à courir au-devant - de David, se joignirent à la députation judaïte et, arrivés au Jourdain, jetérent un pont sur le fleuve pour faciliter le passage au roi.

Entre temps, celui-ci avait quitté Mahanaim et s'était rapproché du Jourdain, accompagné de sa maison, de ses serviteurs et des fidèles qu'il avait trouvés dans la Transjordanie. Il repassa le fleuve avec un plus nombreux cortège qu'il ne l'avait traversé dans sa fuite, accompagné cette fois par la députation de Juda, par les mille Benjamites et par les amis deévoués de l’autre rive, qui lui faisaient une escorte d'honneur. La ville la plus proche, après le passage du Jourdain, était Ghilgal. Là s'étaient rendus, . pour renouveler leur hommage au roi, les délégués des tribus citérieures, qui furent à la fois surpris et blessés de l'avance que les Judaïtes avaient prise sur eux. Ils s'étaient attendus à les voir marcher avec eux-mêmes, et ils concluaient de cet empressement, — qui ne leur semblait pas absolument sincère, — que la

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