‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 49 sur 144 · NOUVELLE RÉBELLION · texte numérisé non relu

NOUVELLE RÉBELLION

maison de Juda voulait, au détriment de la maison d'Israël, capter la faveur du roi.

Les Anciens d'Israël ne firent pas mystère de leur mécontentement et lui donnèrent cours en présence de David; ceux de Juda ne les laissèrent pas sans réponse. La question de rang dégénéra en une discussion violente, où les Judaïtes, par leurs répliques acerbes, achevèrent d’exaspérer les tribus du nord. Il semble que David ait incliné du côté des Judaïtes. Un Benjamite nommé Schéba, de la famille de Bickri, prenant occasion de ce désordre, sonna du cor et s'écria : « Nous n'avons point de part:à David, rien de commun avec le fils de Jessé; Israël, à tes tentes! » Dociles à cet appel, les Anciens du nord se retirèrent à la suite de Schéba. Les Judaïtes seuls restèrent fidèles à David et le suivirent à Jérusalem. La joie de ce retour fut mêlée de tristesse : une nouvelle scission venait d’éclater, une nouvelle guerre civile était imminente. Dans cette situation difficile, David prit un parti qu'on peut considérer, selon le cas, comme un acte de sagesse ou un coup de folie. Joab, meurtrier d’Absalon, s'était aliéné l'esprit de son père, et il répugnait à David de le maintenir dans ses fonctions de général. D'ailleurs il avait promis ce titre à Amasa, et il voulait lui tenir parole. Maintenant qu'il se voyait réduit à la seule tribu de Juda, il sentait mieux encore la nécessité de conserver l'affection d'Amasa, qui avait sur les Judaites une influence prépondérante. |

À l'insu de Joab, il invita donc Amasa à rassembler, dans les trois jours, toute la milice de la tribu de Juda et de la faire marcher contre le rebelle. Or, ce délai s'écoula sans qu’Amasa donnât signe de vie. David s’en inquiéta. Est-ce qu’Amasa, par aventure, se serait joué de lui et aurait fait cause commune avec les factieux ? Une action prompte était nécessaire, pour ne pas laisser grossir le parti de Schéba ni lui laisser à lui-même le temps de se jeter dans une place forte. David n'avait donc d'autre ressource que de recourir aux fils de Serouya, dont la fidélité était restée inébranlable en dépit de ses dédains, et dont il connaissait par expérience les talents militaires. Toutefois, ce ne fut pas à Joab, mais à son frère Abisai, que David confia le commandement en chef. Celui-ci emmena aussitôt les Krêthi et Plêthi, ainsi que la

légion des Vaillants, comme noyau de l’armée qu'il comptait recruter chemin faisant. Joab, fermant les yeux sur son humiliation, se joignit à la troupe ou plutôt se mit à sa tête, et, selon toute apparence, adressa un appel au peuple pour qu'il se rangeât sous ses drapeaux.

Arrivé à Gabaon, il rencontra le suspect Amasa, à qui un coup de son épée donna la mort. Sans plus attendre, les fidèles enfants de Serouya coururent à la poursuite du séditieux Schéba. Les Judaïtes, qu'avait rassemblés Amasa, se joignirent à eux, et pareillement, dans toutes les villes qu'ils rencontrèrent sur leur passage, ils trouvèrent des partisans et des hommes d'action pour David. Schéba avait recruté peu d’adhérents ; il répugnait probablement aux tribus du nord de se lancer dans une guerre civile pour l'amour d'un personnage obscur. Avec la faible troupe qui l'avait suivi, ils’était jeté darts la forteresse d’AôeZ, et une autre partie de ses adhérents occupait la ville de Dan, à une lieue de là, à l’est, au pied de l'Hermon et non loin de la source du Jourdain. Joab, sans inviter les habitants d’Abel à se rendre, fit entourer rapidement la ville d'un mur de circonvallation et creuser des mines pour en faire tomber les remparts. Une grande inquiétude s’empara des habitants. Une femme avisée cria aux mineurs, du haut du rempart, d'appeler Joab. Joab s’approcha, et elle, d’une voix pleine de reproches : « Pourquoi n'a-t-on pas parlementé d’abord, ne s’est-on pas informé, dans Abel et Dan, si tous les citoyens pacifiques et fidèles ont disparu d'Israël? Pourquoi veux-tu anéantir mères et enfants en Israël ? Pourquoi veux-tu que l'héritage d'Israël périsse ? »

Joab répondit que telle n’était pas sa pensée, que son seul but était de s'emparer de l’homme qui avait osé s'attaquer au roi; qu'on n'avait qu’à lui livrer le Benjamite et qu'il se retirerait aussitôt. La femme lui déclara qu'avant peu on lui jetterait, du haut de la muraille, la tête du rebelle. Elle tint parole. Elle sut, par ses discours persuasifs, amener ses concitoyens à le séparer de sa poignée de partisans et à le mettre à mort. La tête sanglante de Schéba fut lancée par-dessus la muraille ; sur quoi Joab leva le siège, congédia l’armée et revint à Jérusalem annoncer sa victoire. David dut, à son corps défendant, le maintenir dans ses fonctions.

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