‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 50 sur 144 · LES DERNIERS JOURS DE DAVID · texte numérisé non relu

LES DERNIERS JOURS DE DAVID

David était rentré dans sa capitale purifié de son passé. Il avait expié ses fautes par une double souffrance. Il avait déshonoré la femme d’un de ses plus dévoués serviteurs, son propre fils déshonora les siennes. Il avait fait répandre le sang d'Urie, des flots de sang coulèrent dans sa propre maison etfaillirent l’engloutir lui-même. Il venait d'éprouver cruellement combien peu un roi, même débonnaire, peut compter sur l'attachement de son peuple. Les vastes plans de guerre qu’il avait conçus avaient échoué. Maintenant qu’il commençait à vieillir, il consacra toute l’activité de ses dernières années aux affaires intérieures de son royaume. Il voulut réaliser, avant de mourir, une pensée qui, depuis longtemps peut-être, hantait son esprit, celle d'élever un temple magnifique à Dieu, à ce Dieu qui l’avait délivré de tant - de périls. | |

Avant de procéder à l’exécutiôn de son dessein, il en fit part au prophète Nathan : le prophète, à cette époque, primait le pontife. « J'habite un palais de cèdre, et l'arche du Seigneur est toujours confinée dans une simple tente! Je veux la loger dans un temple de bois de cèdre. » Nathan approuva ce projet : « Mets à exécution ce que ton cœur a conçu, car Dieu est avec toi. » Cependant, le lendemain il alla le voir pour lui déclarer de la part de Dieu que, ayant répandu beaucoup de sang, il n’avait pas qualité pour bâtir un temple, mais que cette mission était réservée à son fils. En même temps, le prophète annonça à David que la stabilité était assurée à son trône, et qu'une longue suite de rois, ses descendants, régneraient sur le peuple de Dieu, pourvu qu'ils restassent fidèles à la volonté divine. Malgré le désir ardent qu'avait conçu David de construire un beau temple à Jérusalem, il se soumit humblement à l’oracle divin transmis par Nathan, et renonça à son dessein. Dans une fervente prière, prononcée devant l'arche sainte, il exprima à Dieu sa reconnaissance pour la grâce qu'il lui avait faite de l’élever de la poussière jusqu’à la dignité royale; ce qui lui inspirait surtout une gratitude profonde, c'était la promesse d'une longue, bien longue durée pour son trône et sa dynastie. David traduisit ces sentiments dans un psaume (II Sam., xxim) qui n’atteint pas toutefois la sublimité de ses psaumes antérieurs, et qui était peut-être le chant du cygne.

Si David ne mit pas la main à la construction du temple, il ne laissa pas de la préparer. Du butin qu'il avait fait sur les peuples vaincus , il destina une partie au sanctuaire. Îl a également, sans aucun doute, réglé l'ordonnance du culte, et cela dans l’esprit de Samuel, en attribuant dans le temple futur, à côté des sacrifices, un rôle important aux chœurs de Lévites, à la musique et au chant des psaumes. Nombre d'instruments de musique, introduits plus tard dans l'office divin, passèrent pour avoir été inventés par lui.

Cependant David, qui n'avait pas encore atteint sa soixantedixième année, sentait décliner ses forces. Les fatigues de sa jeunesse et de la guerre, les cuisantes douleurs de son foyer, la turpitude d’Amnon, la révolte d'Absalon, l'avaient fait vieillir de bonne heure. Malgré la chaude température de Jérusalem, le froid envahissait son corps, et les couvertures dont on l'enveloppait ne pouvaient suppléer à l'absence de la chaleur naturelle. Cet affaiblissement physique de David fut mis à profit par son quatrième fils, Adonias, désireux de s'assurer la succession paternelle. Par la mort d'Amnon et d’Absalon, il était devenu le plus proche héritier du trône; mais il craignaït de voir cet héritage lui échapper s'il attendait jusqu'à la mort de son père; peut-être d'ailleurs avait-il connaissance de la convention secrète qui désignait comme successeur un de ses plus jeunes frères, le fils de Bethsabée. Adonias ne voulait pas, comme Absalon, se soulever contre son pére, mais poser sa succession comme un fait accompli et se faire reconnaître par les dignitaires du royaume. Il tint donc conseil avec ceux des serviteurs de David qui n'admettaient pas les droits de Salomon, et en premier lieu avec /oab, qui le soutint comme il avait soutenu Absalon. Le second confident d'Adonias fut Abic- Char, V'un des deux grands prêtres, et que David parait avoir traité avec défaveur. Sadoc, dont la famille avait été jadis, à Gabaon, investie du pontificat par Saül, s'était tourné du côté de David, et celui-ci, pour se l’attacher, parait lui avoir octroyé le premier rang dans le sanctuaire. Abiathar, irrité sans doute de sa subordination, et ne voulant pas la voir maintenue par le successeur de David, embrassa le parti d'Adonias. Les autres fils du roi préféraient également que la succession lui fût assurée.

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