‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 54 sur 144 · JUSTICE ET SAGESSE DE SALOMON · texte numérisé non relu

JUSTICE ET SAGESSE DE SALOMON

des jugements impartiaux, les différends entre particuliers comme entre tribus. Il a assuré la sécurité des routes et des caravanes, multiplié les villes, embelli Jérusalem, élevé un temple magnifique à la gloire du Dieu d'Israël. Il a cultivé les arts, surtout la poésie, qui a entouré son peuple d'un véritable prestige. Enfin, il a montré à ce peuple de nobles buts à atteindre, il a ouvert ses yeux sur des horizons plus larges. C'est donc à bon droit que l’épithète de roi sage lui a été décernée.

Toutefois, la sévérité de l’histoire ne doit pas sè laisser éblouir par les vertus et les mérites, au point d'oublier les taches qui déparent ce règne. Elle ne saurait dissimuler les infirmités dont, pas plus qu'aucun mortel, Salomon ne fut exempt. Autrement, d’ailleurs, comment pourrait-elle expliquer la désastreuse scission qui éclata sur sa tombe à peine fermée? Il ne manqua ni taches de sang à son début, ni nuages sombres à sa fin, qui ternirent l'éclat de son règne. Son amour du faste corrompit les mœurs, engendra le despotisme et fit peser sur le peuple un joug qu’à la vérité il endura longtemps, mais qu’il secoua à la première occasion favorable. Le roi, dans Salomon, se transforma en un maïtre absolu, sous la volonté duquel durent plier toutes les volontés. Et cependant toutes ces taches sont effacées, à leur tour, par les grandes créations de son règne. Jusqu à quel point les fautes sont imputables à Salomon personnellement, jusqu'à quel point à ses trop zélés serviteurs et à cette impérieuse nécessité qui domine parfois les plus hauts placés comme les plus humbles, c'est ce qu'on ne saurait établir aujourd’hui. C'est là précisément le malheur de la royauté, que même ses meilleurs dépositaires sont entraînés, par le soin de leur dignité, à des actes que leur conscience réprouve, et qu'on les rend aussi responsables des méfaits de leurs serviteurs.

À son avènement au trône, Salomon était jeune, à peine âgé de vingt ans peut-être. Il avait une grande âme, ambitieuse de grandeur pour le peuple israélite. Au début de son règne, en se rendant au grand autel à Gabaon, il eut, dit l'Écriture, un songe où Dieu l'invita à exprimer son vœu le plus cher, lui promettant de accomplir. Salomon ne demanda ni de longs jours, ni la richesse, ni la mort de ses ennemis, mais uniquement la sagesse, afin de

pouvoir juger son peuple avec équité. Cette sagesse, cette faculté de lire dans l’âme et de pénétrer la pensée des parties en litige, d'apprécier nettement les questions, de dégager la vérité des nuages amoncelés autour d'elle par la parole des plaideurs, de ne jamais juger sur de simples apparences, cette sagesse, disonsnous, le jeune roi la posséda au plus haut degré. Le « jugement de Salomon » est assez connu. Dans un débat entre deux femmes sur la possession d’un enfant, il sut, au moyen d’une sentence qui n’était qu'une ingénieuse épreuve, reconnaître quelle était la véritable mère : « Coupez l'enfant en deux! » prononça-t-il. Une mère ne pouvait consentir à un tel partage; aussi préféra-t-elle renoncer à ses droits. — En toute chose, du reste, Salomon avait la justice à cœur, et il ne souffrait pas que personne, dans son royaume, fût victime d’une iniquité. « La justice consolide les trônes, » dit le livre des Proverbes. Lors même que cette parole n’eût pas été prononcée par lui, toujours exprime-t-elle sa pensée.

On exalte aussi la sagesse de Salomon sous un autre aspect, celui de la poésie. Sa poésie revêt, en premier lieu, la forme de l’apologue (mascac). Il y introduisit comme acteurs le cèdre élevé et l’humble hysope, symboles respectifs des grands et des petits ; les quadrupèdes, les ‘oiseaux de haut vol et les reptiles infimes, voire les poissons muets. Chaque fable avait probablement pour conclusion une maxime instructive. On raconte, non sans exagération, qu'il composa trois mille fables, plus cinq mille chants ou préceptes moraux. Ce n’est pas Salomon, du reste, qui est le créateur de la fable ; longtemps avant lui, ce genre de poésie était cultivé chez les Israélites. Jotham, fils du juge Gédéon, avait, du haut du mont Garizim, raconté au ‘peuple de Sichem un ingénieux apologue pour lui faire sentir son aveuglement. Le prophète Nathan, lorsqu'il gourmanda David après son commerce criminel avec Bethsabée, donna à sa censure le vêtement de la parabole. Mais si Salomon n'a pas inventé ce genre, il n’a pas moins le mérite d’avoir employé à le perfectionner les loisirs que lui laissaient les affaires de l'État. — Son génie se manifesta encore sous une autre forme, consistant à parler à mots couverts de certains sujets plus ou moins graves, qu'on désignait vague-

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