‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 55 sur 144 · AVÈNEMENT DE SALOMON · texte numérisé non relu

AVÈNEMENT DE SALOMON

ment par certains traits et qu'il s'agissait ensuite de deviner. Ces énigmes, jetées dans un moule poétique, étaient des jeux d'esprit qui frappaient agréablement les auditeurs. C'était l'usage, en ce temps-là, d'égayer les banquets, les repas de fête, par cet exercice d'énigmes qu'on s'ingéniait à proposer et à résoudre. Des rois même ne dédaignaient pas cette récréation de l'esprit. On voit que Salomon était heureusement doué.

Il n’a pas laissé cependant de commettre plus d’une faute. La plupart sont dues à l’idée exagérée qu'il se faisait de la dignité royale. À l'exemple de ses voisins, le roi de Tyr et celui d'Égypte, avec lesquels il entretenait d’actives relations, il s'imaginait, — prétention outrée pour un mortel, — que le roi est l'âme, le centre, la personnification de l’État, que le roi est tout et le peuple rien. Ce fut là la pierre d'achoppement de la sagesse de Salomon. Et ce sage roi justifia, plus encore que ne l'avaient fait ses prédécesseurs, les menaçantes prévisions que Samuel avait fait entendre lorsqu'il s’agit d’instituer la royauté.

Par malheur, Salomon était un fils puiné, à qui la succession royaleétait échue contrairement au droit coutumier, tandis que son frère Adonias, déjà proclamé roi par un parti, passait aux yeux de la foule pour l'héritier légitime. Tant que vivait Adonias, le trône de Salomon était vacillant, ou peut-être lui-même ne se sentait pas en sûreté. [l fallait à tout prix écarter ce rival : Benaïahou, le capitaine des gardes, pénétra dans sa maison et le mit à mort. Pour excuser ce crime, on raconta qu'Adonias avait sollicité la main de la jeune veuve de David, la belle Sunamite Abisag, et trahi par là son intention de disputer le trône à son frère. La chute d’Adonias fit pressentir à Joab, son ancien fauteur, qu’un sort pareil le menaçait. Ce grand général, qui avait tant contribué à la puissance du peuple israélite et au prestige de la maison de David, courut désespéré à la montagne de Sion, se réfugia au pied de l'autel, l’embrassa d’une main convulsive pour échapper à la mort... En vain; il y fut, lui aussi, immolé par Benaïahou. On pallia ce nouveau crime en faisant courir le bruit que David lui-même, sur son lit de mort, avait recommandé-à son successeur de ne pas.laisser descendre en paix dans la tombe les cheveux blancs de Joab. Benaïahou, — était-il l’aveugle instrument

La

de Salomon ou son perfide conseiller? on l'ignore, — succéda à Joab dans le commandement de l’armée. Cette mort réjouit les ennemis du peuple israélite et les enhardit dans la pensée de se soustraire à sa domination. — Quant au pontife Abiathar, qui avait soutenu Adonias, Salomon n'osa attenter à sa vie; ilse borna à le dépouiller de sa dignité de grand prêtre. Sadoc en fut, depuis lors, le seul titulaire, et cette dignité se perpétua pendant plus de mille ans dans sa famille, tandis que la postérité d’Abiathar resta à l'arrière-plan. — Enfin, le Benjamite Séméi, qui avait accablé d'outrages David fugitif, mais qui plus tard avait obtenu son pardon et l'oubli du passé, fut exécuté à son tour. C'est seulement alors que la stabilité du trône de Salomon parut assurée. Mais cette sécurité, c’est par un triple meurtre qu'on l'avait achetée.

En même temps, Salomon songeait à entourer sa cour d'un éclat exceptionnel, digne d’un roi dont la parole était respectée depuis la frontière d'Égypte jusqu’à l’Eupbrate. Un des éléments de la grandeur royale, à cette époque, c'était un nombreux essaim de femmes. David en avait seize. Qu'était-ce que seize femmes auprès du harem des rois d'Egypte et de Phénicie, sur la cour desquels Salomon prétendait modeler la sienne? IL s’octroya donc, lui aussi, un harem richement peuplé, non pour satisfaire des passions intempérantes, mais parce qu'ainsi le voulait l'usage. Sa première femme fut VNaama, « la belle », fille d’un roi ammonite. Il prit femme aussi dans les cours de Moab et d'Aram, épousa même des Cananéennes, et, chose qui flatta particulièrement son orgueil, un roi d'Égypte, Psusennés, lui donna sa fille en mariage. Salomon croyait, d’ailleurs, faire acte d'habile politique par cette alliance, qui ne pouvait que rehausser la puissance de son pays et le lustre de sa maison. Mais ce fut le contraire qui arriva. La fille de Psusennès fut reçue, naturellement, avec les plus grands honneurs dans la capitale israélite,; elle devint la première reine du harem de Salomon. Or, il lui semblait malséant de ne pas offrir à cette reine un palais fastueux. Ce palais de cèdre, bâti par David sur la montagne de Sion, qu'était-ce en comparaison des gigantesques bâtisses des rois d'Égypte? Salomon s’occupa donc de construire pour la fille de Pharaon un palais digne d’une telle

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