‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 57 sur 144 · LE TEMPLE DE JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

LE TEMPLE DE JÉRUSALEM

tion ses meilleurs ouvriers. Les pièces élaient abattues sur le Liban, transportées vers Tyr ou quelque autre port, où on les assemblait en radeaux, qu'on dirigeait à la rame jusqu'au port de Japho (Joppé); de là on les amenait à grand'peine, par monts et

‘par vaux, jusqu’à Jérusalem, distante de dix lieues au moins.

Quels ouvriers employa-t-on à l’achetage des bois et à leur transport au lieu de destination? Les corvéables cananéens ne suffsaient pas à ces besognes; Salomon eut donc recours aux Israélites. On en recruta trente mille à cet effet. On en envoyait dix mille par mois dans les forêts, pour y travailler à la coupe du bois

et à son expédition. Le mois écoulé, les dix mille hommes étaient

relayés par une équipe de même nombre. Ces Israélites ne furent pas transformés en esclaves; ils restèrent des hommes libres, peut-être salariés, sans toutefois avoir la faculté de refuser leurs services.

On ne pouvait demander à Hiram de livrer ses bois de cèdre et de cyprès, d'envoyer ses architectes et ses maitres charpentiers, sans lui offrir une rémunération. Salomon lui fournit donc annuellement en échange, tant que durèrent les travaux, du froment, du vin et de l'huile. Pour subvenir à ces fournitures, on dut, sans aucun doute, mettre à contribution les champs et les sueurs du . peuple. Mais Hiram devait aussi avancer de l'or pour l’ornementation intérieure de l'édifice, car la flotte de Salomon n'avait pas encore importé le précieux métal. En retour de cette fourniture, Salomon dut lui céder ‘vingt villes de la tribu d'Aser, limitrophes de la Phénicie et du territoire israélite. Elles n'étaient pas importantes et ne plaisaient guère à Hiram; toujours était-ce une portion du domaine d'Israël qui était ainsi livrée aux Phéniciens. Hiram y transplanta diverses peuplades ; d'où ce pays fut appelé le « canton des Peuplades » (Gkelil ha-Goyim), ultérieurement la Galilée.

Dès que les pierres et les bois furent arrivés sur la place où devait s'élever le temple, — opération qui demanda trois ans de travail, — la construction commença, exécutée sous la direction d'architectes phéniciens, et dans le style de leur pays. Le temple était bâti en pierres de taille, revêtues intérieurement de planches de cèdre, sur lesquelles on sculpta des palmes, des calices épa-

nouis et des chérubins (êtres ailés à face humaine), et ces figures étaient plaquées d’or. Le temple avait soixante coudées de long, vingt coudées de large et trente de hauteur. Il comprenait le Saint des saints, enceinte carrée de vingt coudées de côté, et le sanctuaire, long de quarante coudées. À l'entrée était un portique découvert (oulam), de la largeur du sanctuaire et d’une longueur de dix coudées. En avant de ce portique étaient deux colonnes d'airain, appelées l’une Boaz, l'autre Fakkin, dont les chapiteaux étaient garnis chacun de cent grenades d’airain. Le Saint des saints était situé à l’ouest, à l'opposite du soleil levant. On n'y voyait que les chérubins, destinés à l’arche d'alliance qu’on devait y introduire et qui contenait les tables de la Loi. Le sanctuaire ne renfermait qu'un autel de bois de cèdre entièrement revêtu d’or, cinq candélabres d'or à droite et autant à gauche, enfin une lable garnie d’or pour les douze pains de proposition.

Le temple était entouré d’une vaste cour ou parvis, où se trouvaient un grand autel d'airain et une immense cuve, dite « la mer d’airain », dont le rebord était orné extérieurement de calices de fleurs et de lis, et par-dessous de coloquintes. Cette cuve était supportée par douze bœufs d’airain, tournés, trois par trois, vers les quatre points cardinaux. L'eau de ce vase, destinée aux ablutions des prêtres, — qui devaient se laver les mains et les pieds avant d'entrer dans le sanctuaire, — s’écoulait probablement au moyen de robinets. Il y avait dans le parvis dix autres cuves plus petites, artistement travaillées et montées sur des roues qui permettaient de les faire circuler. Salomon fit confectionner en or une quantité de vases sacrés, destinés aux sacrifices, à l'encensement ou autres usages religieux. Partout, au dedans comme au dehors du temple, c'était une profusion de richesse et de splendeur.

Salomon voulut aussi, à côté des sacrifices, faire une place à la musique vocale et instrumentale, comme moyen d'élever les mes. À cet effet, il fit fabriquer des harpes et des luths en bois de sandal.

Lorsque le temple fut achevé après sept ans de travail (1007), on en fit solennellement la dédicace. On fixa, par cette cérémonie, le mois où se terminaient les travaux des champs et les ven-

Page 1