‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 61 sur 144 · LA REINE DE SABA · texte numérisé non relu

LA REINE DE SABA

de côtes et de marchés ; les marchands israëélites, qui entretepaient des relations avec les pays étrangers, furent, sansle savoir, les premiers messagers qui révélèrent le Dieu d'Israël aux peuplades païennes. Un jour, Jérusalem reçut une surprenante visite. La sage reine du pays de Saÿa, pays fertile en aromates, situé sur la côte arabique de la mer Rouge, et visité par les navigateurs | israélites, vint à Jérusalem avec une suite nombreuse : elle avait entendu dire merveille de la gloire de Salomon et de la puissance du Dieu d'Israël, et elle voulait s'assurer par elle-même de la vérité de ces récits. Accueillie avec déférence par Salomon, la reine de Saba — que la légende nomme Be/kis — eut avec lui de nombreux entretiens; elle admira sa sagesse, le temple qu'il avait élevé à Dieu, l'éclat et la belle ordonnance de sa cour. Elle mit, dit-on, sa sagesse à l'épreuve, en lui proposant des énigmes, qu'il résolut de façon à l'émerveiller.

Toutefois, cette royauté même de Salomon, si glorieuse au dedans et au dehors, renfermait le germe destructeur de l'édifice politique si merveilleusement construit. Malgré ce temple, qui donnait un centre au pays; malgré les efforts de Salomon pour ‘ remplacer les groupes isolés des tribus par une rigoureuse unité, il n’était pas encore parvenu à réaliser la fusion intime de ces tribus en un corps national. Seule, la tribu de Benjamin restait étroitement attachée à celle de Juda, parce que Jérusalem et le temple se trouvaient sur son propre canton, et que des familles notables benjamites s'étaient fixées dans la nouvelle capitale; Salomon lui-même, d’ailleurs, peut avoir donné aux Benjamites, sa tribu natale, une préférence sur les autres tribus. Mais, d'un autre côté, la mutuelle antipathie de la maison d'Israël et de la maison de Juda, c’est-à-dire des tribus du nord et de celles du midi, n'avait pas discontinué. Les tribus du nord nourrissaient un profond mécontentement à l'égard de Salomon, en dépit du bien-être dont elles lui étaient redevables, elles aussi; elles ne sentaient que la pesanteur du joug que leur imposaient les prestations continuelles exigées pour l'approvisionnement de la cour et pour la construction des édifices. Le mécontentement, il est vrai, était contenu et silencieux, mais il n’attendait qu'une occasion pour éclater en révolte. Quelque sage que fût Salomon, sa

sagesse n'était pas assez clairvoyante pour pénétrer l'avenir, pour comprendre que lui-même, par ses fautes, ébranlait les solides assises de l’État.

Parmi les fonctionnaires de Salomon, préposés à l'inspection des bâtiments, se trouvait un Éphraïmite d’une rare intelligence, d’un grand courage, d'une ambition plus grande encore. C'était Jéroboam, fils de Nebat, originaire de la petite ville de Saréda, près du Jourdain. Sa mère était veuve. Affranchi de bonne heure de la sévérité paternelle, son caractère put se développer sans gêne ni contrainte. Jéroboam avait dirigé le travail des murs de Jérusalem avec beaucoup d’habileté etde vigueur, et Salomen fut si satisfait de ses services, qu'il lui confia une tâche plus importante encore sur les territoires d’Éphraïm et de Manassé. Là, Jéroboam eut occasion d'entendre les plaintes du peuple sur les charges imposées par Salomon, plaintes qui, chez les Éphraïmites, toujours mécontents, étaient sans doute plus accentuées que partout ailleurs. Cette désaffection, qui servait si bien ses projets ambitieux, il songeait à en tirer parti et n’attendait pour cela qu'une occasion opportune. L'occasion s’offrit à lui. Salomon commit la faute de tolérer des lieux de sacrifice pour les divinités paiennes. Soit que ses femmes étrangères eussent arraché cette concession à sa vieillesse, soit que les Phéniciens et autres peuplades séjournant à Jérusalem eussent obtenu de lui la permission d'avoir leurs divinités à leur manière dans le pays d'Israël, on vits’élever sur le montdes Oliviers, à sa haute cime qui regarde le nord, des sanctuaires idolâtres en l'honneur de l’Aséarté des Sidoniens et de mainte autre divinité. L’âme du peuple n’était pas encore assez ferme dans sa foi, pour que l'exemple de la corruption religieuse ne püût le faire retomber dans ses vieilles erreurs. Un prophète — peut-être Ackia de Silo — eut le courage de reprocher au roi cette indifférence, et de lui déclarer qu'une telle conduite pourrait bien lui coûter son trône. Mais Salomon semble avoir été médiocrement impressionné par cette menace. Indigné de cette apathie, le prophète Achia s’en alla trouver Jéroboam, dont il avait pénétré sans doute les desseins ambitieux. Comme Jéroboam, un jour, sortait de Jérusalem, le prophète s’avança vers lui, saisit son manteau qu'il déchira en douze parts, et lui en

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