‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 62 sur 144 · LES ENNEMIS DE SALOMON · texte numérisé non relu

LES ENNEMIS DE SALOMON

donna dix en lui disant : « Prends ces dix morceaux, ils représentent les dix tribus qui se détacheront du sceptre de la maison de David, et c’est toi qui régneras sur elles. » Il n’en fallait pas davantage à Jéroboam pour donner suite à ses projets hardis : un prophète ne les avait-il pas sanctionnés de son approbation? Sans tarder, il court au territoire d'Éphraïm et excite les habitants à secouer le joug de la maison de David. Mais Salomon, entre temps, avait été instruit de ses menées, et, avant que la révolte eût pu faire des progrès, il envoya ses gardes mettre à mort le factieux. Celui-ci put s'échapper par des détours et se réfugia en Égypte. Une dynastie nouvelle occupait alors le trône de ce dernier pays, dans la personne de Sckeschenk (le Sckischak de l’Écriture). Sous ce dernier roi cessa l'alliance étroite qui avait existé jusqu’alors entre Israël et l'Égypte, grâce au mariage de Salomon avec une princesse de ce pays. Scheschenk nourrissait bien plutôt des pensées hostiles contre l'État israélite, devenu trop puissant à son gré. Aussi accueillit-il amicalement le rebelle Jéroboam, qui avait cherché asile auprès de lui, et dont il comptait se faire un instrument contre Salomon. Il accorda pareillement bon accueil et protection à un autre ennemi d'Israël, à un prince iduméen, particulièrement animé de sentiments de vengeance contre le peuple: israélite. Æadad, un descendant du roi iduméen, vaincu par David, avait, tout jeune encore, échappé au massacre que Joab avait ordonné dans ce pays pour châtier une insurrection. Dès que Scheschenk fut monté sur le trône, le prince iduméen accourut en Égypte, où ilreçut l'accueil le plus bienveillant. Néanmoins, Hadad tenait à rentrer dans l’Idumée et à reconquérir le pays dont on l'avait dépouillé. Appuyé sans doute par Scheschenk, il mit son plan à exécution, sachant bien que l'esprit belliqueux de l’époque de David et de Joab s'était affaibli sous le règne pacitique de Salomon, et qu'une guerre de détail, dans ce pays de montagnes, lui apporterait beaucoup de profits avec peu de risques. Hadad et la troupe recrutée par lui, arrivés sur le sol iduméen, firent beaucoup de mal aux caravanes de Salomon, qui transportaient les marchandises du golfe d’Ailat aux frontières israélites et récipro-

quement, et les guerriers de Salomon étaient incapables de leur tenir tête.

Un autre point noir se forma dans le nord, point dont Salomon s'inquiéta peu, mais qui était gros de malheurs pour Israël. Rezon, un des officiers du roi de Soba, Hadadézer, vaincu par David, s'était échappé à la suite de cette défaite, avait rassemblé une troupe de brigands et fait, à leur tête, la petite guerre, depuis les bords de l’Euphrate jusqu'aux contreforts septentrionaux du Liban. Le succès des entreprises de Rezon grossit le nombre de ses soldats, et cette nouvelle force doubla son audace et sa puissance. Finalement, il put tenter un coup de main sur Damas, la vieille cité ; il réussit à s'en empareret s'y adjugea la couronne. Lui aussi exerça, du côté du nord, des hostilités contre les Israélites et leurs alliés, sans rencontrer d'obstacles de la part de Salomon, — soit que ce dernier eût horreur de la guerre, ou qu’il n’eût pas assez de braves guerriers pour lutter à la fois dans le nord et dans le midi.

Ainsi se développaient çà et là, contre la prospérité d'Israël, des.puissances menaçantes, infimes d’abord, et qu'on eût pu aisément écraser dans l'œuf. À cela devait encore s'ajouter une scission intérieure. Israël n’était pas destiné à rester un puissant empire. — Toutefois, Salomon ne devait pas assister à l’accomplissement de cette destinée et à la décadence de son pays; il mourut en paix, à l’âge de soixante ans environ (977). Sa dépouille fut déposée, probablement en grande pompe, dans le caveau des sépultures royales, construit par David au sud du mont Sion. On raconta plus tard que Salomon et son père avaient caché dans des cellules, au fond de ce caveau, des sommes immenses et de précieux trésors, qui en furent retirés, bien des siècles après, par des rois judéens.

Malgré le grand nombre de ses femmes, Salomon ne laissa pas, semble-t-il, une nombreuse postérité. Le trûne passa à son fils Roboam, à qui il était réservé de consommer la scission de ses : propres mains. — La postérité, qui a exalté le génie et la sagesse de Salomon au delà des limites humaines, lui a prêté aussi une ” mystérieuse autorité sur les démons et les esprits invisibles, qui, dociles à sa volonté, se réunissaient ou se dispersaient à son commandement. Un simple anneau même, où était gravé son nom, conservait, selon la croyance populaire, une puissance magique et domptait les démons.

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