‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 65 sur 144 · LE SCHISME · texte numérisé non relu

LE SCHISME

sance ? Où s’arréterait la défection ? — Toutefois, il fut délivré de ce souci. La tribu de Juda, qui s'était intimement unie à la maison de David et qui la considérait comme sa gloire la plus haute, resta fidèle à ses affections. La tribu de Siméon, véritable annexe de celle de Juda, ne pouvait compter comme tribu distincte. Mais la tribu de Benjamin aussi resta fidèle à Roboam : elle était déjà entièrement fusionnéc avec Juda, et leurs destinées étaient désormais inséparables. Il y avait plus de Benjamites dans Jérusalem que de Judaïtes. — Ces tribus étaient donc acquises à Roboam. Une fois tranquille de ce côté, et certain de l'attachement de ces deux ou trois tribus, il songea à ramener à l'obéissance, par la force des armes, les Sichémites et les autres Éphraïmites : et peutêtre y füt-il parvenu, si Jéroboam n'avait pris des mesures pour exploiter cette défection à son profit. Il sut persuader aux Éphraïmites que, seul, un roi serait en état d'opposer une résistance efficace aux attaques de Roboam, et qu'ils n'avaient pas d'autre moyen d'échapper au sévère châtiment que leur réservait la défaite. Peut-être eux-mêmes, d’ailleurs, étaient convaincus qu’un roi appartenant à leur tribu pourrait seul lui assurer la prépondérance sur les autres. Ils résolurent donc d'élever trône contre trône. Qui était plus propre à l’occuper que Jéroboam? Lui seul s'était montré courageux et adroit, et il était Éphraïmite. En conséquence, les Ancicns d'Éphraïm le proclamèrent roi, et cette initiative entraina les autres tribus. Matériellement et moralement séparées de Juda, il était naturel qu'elles se rangeassent du côté d'Éphraïm. Les tribus transjordaniques reconnurent pareillement Jéroboam, sans doute parce qu’elles aussi avaient des griefs contre la maison de David et n’espéraient pas que Roboam y fit droit. C'est ainsi qu'un homme de rien, sorti du bourg obscur de Saréda, devint le chef de dix tribus (977-955). La maison deDavid ne garda, comme on l’a vu, que les tribus de Juda, de Benjamin et de Siméon ; deux tribus, en somme, la dernière étant insignifiante et absorbée par celle de Juda. La «maison d'Israël », qui avait été unie un siècle à peine avec la « maison de Jacob » ou de Juda, s’en trouvait de nouveau séparée. Un rapprochement entre les deux moitiés répugnait à l’une comme à l'autre, était incompatible avec leur passé respectif. La maison d'Israël, spécialement la

tribu d'Éphraïm, aimait encore mieux renoncer aux avantages que lui aurait valus, à elle aussi, la protection de la maison de David, que de rester, à son égard, dans une position dépendante et subordonnée. Dans l’un et l'autre royaume, les bons citoyens peuvent avoir été contristés du schisme survenu, mais ils étaient impuissants à le paralyser. La guerre civile, qui était sur le point d'éclater, fut conjurée par un prophète, Sckemaïa (Séméias), qui, voyant Juda et Benjamin prêts à prendre les armes, leur cria au nom de l'Éternel : « N’allez pas en guerre contre vos frères de la maison d'Israël, car c'est moi qui ai décrété ce schisme !» Il n'y eut, pendant une assez longue période, que de petits démélés entre les deux royaumes, chose naturelle chez des voisins exaspérés l’un contre l’autre ; mais ces luttes passagères n'amenèrent aucun résultat décisif.

D'ailleurs, pour ne pas rester. perpétuellement sur le pied de guerre et sans cesse armés l’un contre l’autre, les deux rois cherchèrent à se fortifier par des alliances et à réprimer ainsi des agressions éventuelles. Roboam fit alliance avec le royaume alors nouveau de Damas. L'État fondé, du temps de Salomon, par l’aventurier Rezon, ne trouvant autour de lui aucun obstacle, avait acquis unegrange importance; Rezon, ou son successeur Tabrim- . mon, avait annexé à Damas plusieurs pays araméens, et régnait sur un vaste territoire. Par suite de la formation du «royaume des dix tribus», ce dernier devint la frontière du nouveau pays d'Aram. L'alliance de Roboam avec le roi de Damas empôüchaïit Jéroboam d'inquiéter le royaume de Juda par des guerres de longue durée. De son côté, celui-ci s’allia avec une autre puissance, afin de tenir en respect le roi de Juda.

Jéroboam avait été efficacement secondé dans ses projets ambitieux par le roi d'Égypte, Scheschenk, auprès duquel il s'était réfugié. Ce roi lui aurait même, dit-on, donné en mariage la sœur aînée de sa femme, nommée À%0, comme il avait donné une autre de ses sœurs au prince iduméen, qui avait également sollicité sa protection. Selon toutc apparence, Jéroboam fit alliance avec lui contre Juda. Il empêchait ainsi Roboam d'entreprendre des guerres sérieuses contre Israël. Pour se défendre à la fois du côté d'Israël et du côté de l'Égypte, Roboam établit une ceinture de forts au-

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