‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 72 sur 144 · CULTE DE BAAL ET D'ASTARTÉ A SAMARIE · texte numérisé non relu

CULTE DE BAAL ET D'ASTARTÉ A SAMARIE

pas plus sage et plus salutaire pour le royaume des dix tribus de prendre entièrement le caractère phénicien ou tyrien ? Parentes déjà par la langue et les mœurs, les deux nations ne se mêleraient-elles pas plus intimement encore, si la religion phénicienne devenait également celle d'Israël? Cette fusion, Omri la prépara : il fit du culte de Baal et d’Astarté la religion officielle, construisit un temple à Baal dans sa capitale Samarie, y appela des prêtres et ordonna de sacrifier partout aux dieux phéniciens. Le culte du taureau devait disparaitre à Béthel et à Dan, comme trop israélite encore et comme constituant une barrière entre les Phéniciens et les Israélites : que Dieu fût honoré sous une image visible ou non, il ne cessait pas d’être en opposition avec le Baal ou l’Adonis tyrien, et Omri entendait abolir tout contraste. L'innovation d'Omri avait une portée bien plus grande que celle de Jéroboam, ou, pour parler le langage des Écritures, il agissait d'une manière beaucoup plus criminelle que ses prédécesseurs. Il voulait ravir au peuple son Dieu et ses origines, lui faire oublier qu'il devait former un peuple spécial, opposé aux idolâtres. Les sources historiques n’indiquent pas l'accueil fait à cette nouveauté. Omri étant mort six années après la fondation de Samarie (vers 922), la révolution qu'il avait voulu introduire dans les habitudes et les opinions n'avait encore pu jeter de profondes racines. Ce fut son fils Achab (922-901) qui la poursuivit, comme pour obéir aux dernières volontés de son père. Mais l'exécution d’un tel attentat sur ce que l’homme a de plus intime, quelle que soit l'énergie de la main qui l’entreprend, dépend de circonstances ou d'un ensemble de faits qui échappent au calcul le plus sagace. La fusion des dix tribus avec Canaan rencontra deux obstacles, l’un dans le tempérament d’Achab, l’autre dans une réaction inattendue qui affaiblit, sinon paralysa la violence de l'effort. Pour faire d'Israël une annexe de la Phénicie et le rendre étranger à lui-même et à ses traditions, il eût fallu au successeur d'Omri un esprit énergique, une volonté inflexible et la dureté la plus entière; à cette condition seule il pouvait briser toute résistance. Mais Achab était presque tout l'opposé : faible, doux, ami du repos et du bien-être, plus enclin à fuir ou à tourner les difficultés qu'à les chercher et à les résoudre.

S'il n'avait dépendu que de lui, il eût abandonné les desseins de son père et se füt contenté, sans souci de l'avenir, de goûter les jouissances que lui offrait la royauté. Achab n'était même pas belliqueux : il acquiesça, sous la pression des rois d’alentour, à des exigences qui eussent fait bouillonner un prince à demi soucieux seulement de son honneur et l’eussent poussé à une résistance désespérée. Mais de même qu'il dut, à son corps défendant, faire la guerre à un voisin plein de morgue, de même il se vit obligé d'accepter la lutte avec la nationalité israélite. Son pére lui avait donné une épouse qui, elle, possédait une volonté forte et virile et s’efforçait de la faire prévaloir par la plus impitoyable rigueur. Fille d’un ancien prêtre d'Astarté, Jézabel était possédée d’un zèle fanatique pour la conversion d'Israël au culte cananéen. Soit notion erronée des choses, soit calcul politique, elle reprit avec vigueur l’œuvre d'Omri, la poussa sans ménagements et entraina son faible époux à toutes les violences et à tous les crimes. Elle tint le sceptre et Achab ne fut dans sa main qu’un instrument. Sous l’action de ce sombre et orgueilleux esprit et d'une énergie que nul obstacle ne faisait reculer, il se produisit dans le royaume une effervescence et une agitation qui provoquèrent de sanglants conflits, mais qui eurent aussi pour effet, comme un orage, de purifier l'atmosphère. Jézabel commença par élever un vaste temple à Baal dans la ville de Samarie. Les édifices dédiés à cette divinité renfermaient d’ordinaire trois autels, des statues et des pyramides, consacrées à une sorte de trinité divine : Baal, sa femme Às{arté et le dieu du feu ou de la destruction (#olocz, Chammon); elle pourvut aux besoins de ce culte en faisant venir une nuée de prêtres et de prophètes idolâtres : quatre cent cinquante pour Baal et quatre cents pour Astarté; elle les entretint aux frais de la maison royale et les fit manger à sa table. Les uns exerçaient leurs fonctions sacerdotales à Samarie, les autres parcouraient le pays en furieux, pour pratiquer leurs rites désordonnés dans les villes ec les villages. Les prêtres ct les prophètes phéniciens s’habillaient en femmes, se fardaient le visage et les yeux, avaient les bras nus jusqu'aux épaules ; ils portaient des épées et des haches, ou bien un fouet, des crécelles, des pipeaux, ou encore des cymbales et des tambours qu'ils faisaient résonner.

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