‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 73 sur 144 · LA REINE JÉZABEL · texte numérisé non relu

LA REINE JÉZABEL

Ils dansaient, hurlaient, pirouettaient et tour à tour inclinaïent brusquement la tête vers le sol, en trainant leurs chevelures dans la boue, puis se mordaient les bras, s’entaillaient le corps avec des sabres et des couteaux et, lorsque le sang commençait à couler, l’offraient en sacrifice à leur sanguinaire déesse. Quelques-uns, dans l’emportement de leur délire, allaient jusqu’à se mutiler et donnaient ainsi un spectacle hideux. Les prêtresses, vouées à la prostitution en l’honneur d'Astarté et au profit des prêtres, ne laissaient pas sans doute de prendre part à ces scènes. C'est avec cette horde de prêtres et de possédées que Jézabel croyait pouvoir déshabituer le peuple du Dieu de ses pères et transformer son Caractère national. À la tête de ce clergé phénicien se trouvait probablement un grand prêtre dont elle recevait les conseils ou les ordres. On commença par détruire les autels élevés au Dieu d'Israël et on en érigea d’autres de façon cananéenne, avec des pyramides de forme obscène (en phallus). Il est vraisemblable que les sanctuaires de Béthel et de Dan subirent une métamorphose analogue. On privait le peuple de ses autels pour le contraindre à sacrifier sur ceux de Baal et d’Astarté et l’accoutumer aux rites phéniciens.

Qu'il est aisé aux despotes, armés du double secours de la ruse et de la force, d'amener un peuple à l’abandon de ses usages et de son génie propres et à l'adoption de mœurs étrangères ! Séparés d’ailleurs depuis un demi-siècle du centre spirituel de Jérusalem et abêtis par le culte du taureau, les Israélites avaient perdu l'intelligence de leurs :traditions. Les villes, où régnait le bien-être, s'étaient abâtardies déjà par des habitudes de raffinement et de mollesse, que les rites impudiques de Baal et d'Astarté ne favorisaient que trop ; leurs habitants, sans aucun doute, s’accommodèrent la plupart du nouveau culte ou n'y résistèrent que faiblement. Sept mille hommes seulement demeurérent fermes, « ne ployèrent pas le genou devant Baal, ni ne lui rendirent hommage par les baisers de leur bouche. » Cependant une partie du peuple, ainsi que les campagnards, restait flottante dans ses idées et dans ses actes, et ne sachant pas lequel, de Jéhovah ou de Baal, était le plus puissant, adorait l'un publiquement, l’autre en secret. Ce fut une époque d'attente et de confusion

comme celle qui précède d'ordinaire une nouvelle ère de l’histoire. Il fallait qu'on vit si l’antique croyance dans le Dieu d'Israël avait d'assez profondes racines, assez de vitalité, pour vaincre le principe contraire et expulser l'élément étranger. L'action décisive, à de telles époques, vient généralement d'une personnalité vigoureuse, en qui s'incarne la bonne cause et quien est dominée tout entière ; c’est elle alors qui, par sa fermeté, son ardeur et son esprit de sacrifice, entraine les indécis, fortifie les faibles, aiguillonne les indolents et sauve ainsi l'originalité du génie national. Et, s’il arrive que ce soit précisément la lutte avec le principe ennemi qui suscite cette volonté, elle agit avec une force supérieure et crée, en quelque sorte, un monde nouveau. C'est un caractère de cette nature qui apparut en la personne du prophète Élie (920-900.)

D'où sortait-il, cet homme énergique, à l'impulsion puissante ? Quelle tribu avait eu son berceau ? Qui fut son père? Autant de détails qu'on ignore. Il est simplement connu sous le nom d’ÉTie (Éliahou) Ze Thisbite. C'est à Galaad, sur la rive gauche du Jourdain, qu'il se montra pour la première fois; il n’y avait pas droit de cité, mais appartenait à cette classe de personnes appelées Toschabim et qui ne possédaient que des droits partiels. Nature impétueuse, étrangère à tout respect humain, et toujours prête à risquer sa vie pour sa conviction, il fut pour les générations suivantes la personnification du zèle religieux et moral. Il arrivait comme une tempête, grondait comme une tempête autour du faible Achab, gouverné par sa femme, lui jetait une parole foudroyante, puis, comme la tempête, s’éloignait en grondant, sans qu'on parvint jamais à le saisir, et en grondant disparaissait. Élie respirait une pensée unique, absolue, celle de faire revivre le souvenir du Dieu d'Israël, qui menaçait de s’effacer dans l’âme du peuple : c’est à cette pensée qu'il se voua tout entier.

Il se reconnaissait à ses dehors. Contrairement aux prophètes idolâtres, qui se singularisaient par leurs manières efféminées, il portait, sous un manteau noir, une simple tunique, serrée par une ceinture de cuir, et laissait croître sa chevelure. À l'opposé des adorateurs de Baal, il s’abstenait de vin et inaugura la vie naziréenne, dont c'était précisément le signe extérieur de ne boire

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