‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 74 sur 144 · LE PROPHÈTE ÉLIE · texte numérisé non relu

LE PROPHÈTE ÉLIE

que de l’eau et de ne pas se raser les cheveux. Il commença par proclamer cette pensée pleine de choses : « Jéhovah seul est Dieu. » Dans cette région de Galaad, que le Jourdain fermait aux faux prophètes et où la crainte de Jézabel ne paralysait pas les esprits, se rencontraient encore des hommes attachés au culte du Dieu national, et c'est parmi eux qu'Élie trouva ses premiers auditeurs. Son impétuosité les entraîna sur ses pas : au moment où l'on s’y attendait le moins, l’on se vit en présence d'un essaim de prophètes ou de disciples, prêts à mourir pour le salut de leur héritage spirituel. Ceux-là aussi devinrent naziréens, c'est-à-dire prirent pour règle de vivre simplement, non dans les villes, où la volupté relächait les mœurs, mais dans les villages ou sous la tente, de ne cultiver ni vignes ni champs, et de ne se nourrir que de l'élève du bétail, comme avaient fait les patriarches et les tribus primitives. Jonadab, fils de Rechab, sans nul doute partisan d'Élie, fut le premier qui adopta cette discipline pour lui et pour sa maison. Il enjoignit à ses fils, comme expression de ses dernières volontés, de ne jamais boire de vin, de ne pas construire de maisons, de ne pas semer et particulièrement de ne jamais planter de vigne. Élie non seulement suscita à la loi primitive une foule de défenseurs qu'il enflamma de son zèle, mais encore fraya une voie nouvelle aux générations futures. À la mollesse et à la ‘soif des plaisirs il opposa la continence et la simplicité.

Bientôt, suivi de ses disciples, il s’attaqua aux prêtres et aux prophètes de Baal. Fouetté, en quelque sorte, par le zèle de Jéhovabh, il vola probablement de ville en ville, enlevant, emportant les populations par une éloquence fougueuse, où revenait sans cesse, comme un cri de guerre : « Jéhovah Ar Dieu, Baal et Astarté ne sont que des idoles muettes et mortes! » Plus d’un prêtre, auquel apparemment il se heurta, ressentit la violence de son prosélytisme. Jézabel ne put longtemps rester spectatrice d'un mouvement qui traversait ses projets. Elle lança ses satellites contre les disciples d'Élie et tous ceux qui leur tombèrent entre les mains furent mis à mort. Des naziréens furent les premiers martyrs de l'antique religion d'Israël; la fille d’un prêtre d’Astarté en fut la première persécutrice. Élie toutefois, à qui Jézabel en avait surtout, sut constamment se dérober aux poursuites. Déjà,

du reste, sa ferveur lui avait créé des intelligences en bon lieu : l'intendant du palais, Obadia, tenait secrètement pour l’ancienne loi et, chargé peut-être de traquer les prophètes, en cacha cent dans deux grottes du mont Carmel, où il les approvisionna de pain et d'eau. Et il n'était certainement pas seul. Le Thisbite devint ainsi un pouvoir dont il ne fut pas aisé d'avoir raison; comment d’ailleurs Jézabel eût-elle lutté avec un invisible ennemi, qui trouvait des auxiliaires jusque sous son propre toit ?

Un jour Élie, bien que séparé de ses disciples, s’avança seul jusqu'auprès d’Achab, dont il connaissait le caractère impressionnable, pour lui reprocher un crime qu'il venait de laisser commettre. Grand amateur de construction, le fils d'Omri, après avoir relevé les murs de Jéricho, renversés depuis Josué, avait fondé une ville dans la plaine de Jezréel et, dans cette nouvelle résidence, s'était élevé un palais splendide, qu'il voulut entourer de jardins. Ce devait être son séjour d'hiver, Samarie ne servant que l'été. Mais il lui fallait, pour achever l’entreprise, une vigne située à proximité et qui appartenait à l’un des plus notables habitants, appelé Naboth. Achab offrit de l'acheter; Naboth refusa ; d’en donner une autre en échange, refus encore : Naboth ne voulait à aucun prix vendre l'héritage de ses pères. Le faible roi en fut si affligé qu'il cessa de manger. Jézabel, le trouvant dans cette douleur, commença par le railler, puis se chargea de lui procurer satisfaction. Plusieurs des Anciens lui étaient dévoués corps et ème : elle les fit appeler et les pria de convoquer une assemblée où, par la bouche de deux témoins, ils accuseraient Naboth de blasphème. Ce tribunal réuni, deux misérables s’avancèrent, dirent avoir appris que Naboth avait proféré des outrages contre Dieu et le roi; l’infortuné fut aussitôt appréhendé et, sur l’heure, exécuté avec ses fils. Les biens des suppliciés revenant au roi, Jézabeltriomphait : « Maintenant, dit-elle à son époux, tu peux laprendre, la vigne de Naboth, car il est mort! » — Achab visitait justement la vigne, accompagné de deux hommes à cheval, dont l’un devait plus tard venger Naboth, lorsque Élie apparut : « Tu as assassiné et voilà que tu prends possession, lui eria d’une voix tonnante le prophète; mais Dieu a vu couler le sang de Naboth et de ses fils, et sur ce champ même il t'en châtiera ! » Achab, terrifié, rentra

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