‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 79 sur 144 · JÉHU. — CRUAUTÉ D'ATHALIE · texte numérisé non relu

JÉHU. — CRUAUTÉ D'ATHALIE

temple tous les sectateurs de Baal, agit comme s’il eût voulu luimême prendre part aux cérémonies, pendant qu’en secret il disposait des gardes à l’intérieur de l'édifice et au dehors. L'heure venue, il fit son entrée avec Jonadab, s’avançca vers l’autel et feignit de sacrifier. À ce signal, les satellites apparurent et se jetèrent sur leurs victimes, prêtres et profanes tombèrent, et tout ce qui tenta de se sauver trouva la mort en franchissant les portes. Les exécuteurs pénétrèrent ensuite dans le sanctuaire, brûlèrent la statue de l’idole et, après en avoir détruit l'autel avec ses pyramides, démolirent le temple même, dont ils convertirent l’emplacement en un monceau de fumier. Jéhu fit anéantir pareillement, dans tout le reste du pays, les objets de ce culte odieux ; il se . Comporta en disciple d’Élie, en zélé serviteur de Jéhovah. L'idolâtrie ne subsista qu'à Jérusalem ou plutôt elle y était introduite alors par le fanatisme d’une femme, la digne fille de Jézabel. C'est un singulier phénomène que les femmes, nées plutôt, ce semble, pour être les prêtresses de la pudeur et de la chasteté, aient montré dans l'antiquité un goût spécial pour le culte dissolu de Baal et d’Astarté. Maacha lui dressa des autels à Jérusalem, Jézabel à Samarie; Athalie, à son tour, lui en éleva dans la capitale de Juda. Mais ce ne fut ni son seul crime ni le plus grand. La fille de Jézabel dépassait de beaucoup sa mère en cruauté. L'épouse d’Achab n'avait fait meltre à mort que des prophètes, les partisans les plus inflexibles de l'antique loi; elle n’avait, en tout cas, frappé que ceux qu'elle considérait comme ses ennemis. Athalie n'épargna pas sa propre famille, fit couler le sang des proches de son mari et de son fils. A la première nouvelle de la mort d'Ochosias, elle donna l’ordre d’égorger tous les membres de la maison de David demeurés à Jérusalem ; tous périrent, à l'exception du plus jeune, âgé d’à peine un an, et qui ne dut son salut qu’à une sorte de miracle. Quel put être le mobile d’Athalie en commandant ce massacre? Était-ce l'ambition, pour régner sans partage, ou le fanatisme, pour assurer la suprématie au culte de Baal? Quoi qu’il en soit, elle remplit de terreur la population de Juda, et il ne se trouva personne pour s'opposer à ses forfaits: peuple et prêtres courbèrent le front devant elle, le grand prêtre Joïada lui-mème se renferma dans le

silence. Jérusalem vit ainsi s'élever les autels et les pyramides consacrés à Baal au moment même où Jéhu faisait détruire ces signes d'idolâtrie à Samarie; un grand pontife, Aa{hän, et nombre de prêtres subalternes, appelés du dehors, vinrent célébrer les rites de l’idole. Le temple de Moria demeura-t-il exempt de profanation ? 11 semble que, moins conséquente dans l’audace que certains rois postérieurs, Athalie n'osa pas aller jusqu'à placer l'image de Baal dans le sanctuaire bâti par Salomon. Mais elle y interrompit le culte, et ses mercenaires cariens, avec les satellites qui, de temps immémorial, formaient la garde des rois, veillèrent aux portes du temple pour en interdire l'entrée. Six années durant (de 887 à 881), la reine opprima le peuple, probablement avec l'appui des familles nobles de Juda. Seul le plus proche parent de la famille royale, le grand prêtre Joïada, de- . meura fidèle à l’ancienne loi et à la maison de David. Sa femme Josabeth (Yehoschabat; était fille de Joram, roi de Juda, sœur par conséquent de cet Ochosias que tua Jéhu. C'est elle qui, pendant qu'Athalie faisait massacrer les princes royaux, sauva le plus jeune enfant de son frère, le petit Joas (Yehoasch). Elle le cacha avec sa nourrice dans une partie retirée du temple, servant de dortoir aux Lévites, et l'y éleva, à l'insu de la reine, qui du reste ne s’inquiétait point de ce qui se passait dans l'édifice désert. Les Aaronides et les Lévites, dévoués au grand prêtre, gardérent le secret; d’ailleurs, leur attachement pour le dernier descendant de David s’augmentait de la tendresse que leur inspirait l'enfant. Joïada, de son côté, ne resta pas inactif : pendant les six années du règne despotique d’Athalie, il sut nouer des relations avec les chefs des mercenaires et des satellites et leur découvrit peu à peu l'existence d’un rejeton royal, héritier de la couronne de Juda. Il les trouva tous attachés à la dynastie légitime, tous ennemis de l'usurpatrice Athalie. Une fois sûr de leurs sympathies, il les conduisit dans le temple, les mit en présence de Joas, alors âgé de sept ans etqu'ils reconnurent sans doute à ses traits pour être du sang de David, puis leur fit prêter serment de fidélité à l'enfant. Leur concours lui permettait d'opérer à la fois une révolution et une restauration. Comme les chefs pouvaient compter sur une obéissance aveugle de la part de leurs soldats, les

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