‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 8 sur 144 · RÉVÉLATION DU SINAÏ · texte numérisé non relu

RÉVÉLATION DU SINAÏ

rait jamais les abandonner, qu’ « à jamais il régnerait sur eux » (1). Si, chez la plupart, ces sentiments de confiance, d'attachement à Dieu, de ferme courage, ne persistèrent pas longtemps et faiblirent au premier obstacle, ils se sont toujours maintenus dans un groupe de vaillants, qui ont su les manifester au milieu des épreuves que leur réservait l'avenir.

Échappées à l'étreinte de l'esclavage et à la terreur séculaire de leurs oppresseurs, les tribus pouvaient poursuivre avec sécurité leur marche. Elles avaient encore plusieurs journées à faire pour atteindre le Sinaï, but provisoire de leur voyage. Bien que la contrée qu’elles avaient à traverser ne soit, en majeure partie, qu'un désert de sable, elle ne manque toutefois pas d’oasis, d’eau ni de pâturages. Elle était connue de Moïse, qui précédemment y avait fait paître les troupeaux de son beau-père. Le pain même n'y fit point faute aux Israélites, carla manne leur en tint lieu. Ils en trouvérent si abondamment et s'en nourrirent si longtemps, qu’ils durent la ‘regarder comme un aliment miraculeux. Car cen’est que dans cette presqu'ile qu’on voit couler de l’écorce des hauts tamaris, très nombreux dans les vallées et sur les mamelons du Sinaï, des gouttes d'une saveur mielleuse, que la fraicheur du matin cristallise en globules gros comme des pois ou des grains de coriandre, et qui fondent ensuite au soleil.

Après ces merveilles qui avaient exalté leurs esprits, les tribus semblaient suffisamment préparées à recevoir le bienfait suprême en vue duquel elles s'étaient acheminées, par le détour du désert, vers la montagne de Sinaï ou d’'Horeb. C'est au pied de cette montagne, entourée partout de libres espaces, que Moïse conduisit et cantonna les Israélites. Puis il leur enjoignit de se préparer à un phénomène extraordinaire qui allait frapper leurs yeux et leurs oreilles. Avec une curiosité ardente et anxieuse, ils attendirent le troisième jour. Une barrière dressée autour du pic le plus voisin empêchait le peuple d'en approcher. Une nuée épaisse en enveloppait le sommet, des éclairs intenses s'en échappaient et transformaient la montagne en un vaste brasier, tandis que le tonnerre, grondant d’une paroi à l’autre, se répercutait en formidables

(1) Fin du cantique de la mer Rouge.

échos. Toute la nature semblait convulsée et la fin du monde imminente. Grands et petits tremblaient effarés, secoués dans tout leur être, à la vue de ce sublime et terrible spectacle. Mais si sublime qu’il fût, il ne l’était pas plus que les paroles qu’entendit ce peuple frémissant, et dont les nuées du Sinaï, les éclairs et le tonnerre n'étaient que la préface.

Du haut de cette montagne en feu, ébranlée jusqu’en ses profondeurs, des paroles distinctes vinrent frapper l'oreille du peuple assemblé, paroles très simples au fond, intelligibles à chacun, mais qui ne sont rien moins que la base de l'éducation morale de l'homme. Les dix paroles qui retentirent alors, le peuple eut la ferme conviction qu'elles lui étaient directement révélées de Dieu. Ce Dieu, lui disaient-elles, qu'Israël doit adorer désormais, est le même qu'il a déjà reconnu à sa miraculeuse protection, celui dont . il a éprouvé la puissante influence sur les choses humaines, celui qui l’a tiré de l'Égypte et a brisé ses chaînes. Dieu invisible, on ne doit le représenter sous aucune image. (L'idolâtrie égyptienne, à laquelle les Israélites s'étaient accoutumés, justifie l’insistance avec laquelle cette défense est développée.) Sanctifier le sabbat, s'abstenir de tout travail le septième jour, est particulièrement recommandé. 1l n’était pas non plus indifférent, en présence de la barbarie de cette époque, de déclarer que les auteurs de nos jours ont droit à notre respect. Que de peuples, dans l'antiquité, avaient coutume de tuer leurs parents devenus vieux ou de les exposer à la dent des fauves! Quant à la mère, elle était partout traitée avec dédain, et, après la mort du père, elle était subordonnée à l'aîné des fils. La voix du Sinaï proelama que le fils, même devenu chef de la famille, doit honorer sa mère à légal de son père. — La vie humaine était peu respectée chez les anciens; c'est pourquoi la voix divine déclare : « Tu ne tueras point! » Le motif en est précisé dans un autre passage : « La vie de l'homme est inviolable, parce que l’homme a été créé à l'image de Dieu. » — Un des fléaux du vieux monde était la luxure et l'impudicité; l'oracle du Sinaï prononça : « Tu ne forniqueras point! » — La propriété aussi devait être inviolable : le vol futstigmatisé comme un crime, pareillement le faux témoignage. Et non

\seulement la mauvaise action, mais même la mauvaise pensée fut

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