‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 7 sur 144 · L'EXODE DES ISRAËLITES · texte numérisé non relu

L'EXODE DES ISRAËLITES

de Raamsès. De nombreuses familles de pâtres, leurs congénères de race et de langue, qui avaient vécu au milieu d'eux, se joignirent à eux dans cette émigration. Tous se groupèrent autour de Moïse et obéirent à la parole de ce prophète, qui pourtant était éloigné de tout esprit de domination et qui proclama, le premier, : l'égalité complète de tous les hommes. La tâche qui s’imposait. à lui dans cet exode était plus ardue encore que ne l'avait été sa mission en Égypte auprès du roi et du peuple israélite. Ces. milliers d'esclaves nouvellement affranchis, dont bien peu étaient à la hauteur du noble rôle qui leur était réservé; ces hommes. qui, arrachés à la verge de leurs tyrans, suivaient aujourd'hui. passivement leur chef et l'abandonneraient demain à la première: épreuve, Moïse avait à les conduire à travers le désert dans la. Terre promise, à pourvoir à leurs besoins, à faire leur éducation !. De cette horde il devait faire un peuple, lui conquérir un sol, lui donner une constitution et introduire la dignité dans sa vie. En présence d'un tel problème, il ne pouvait compter avec certitude que sur le concours de la tribu de Lévi, dont les idées sympathisaient avec les siennes. Ce furent les Lévites, en effet, qui lesecondérent dans sa tâche difficile d'éducateur.

Tandis que les Égyptiens ensevelissaient leurs morts, qu'avait frappés une peste soudaine, les Israélites quittèrent l'Égypte après un séjour de plusieurs siècles, quatre générations après les pre-miers immigrants. Ils s’avancèrent dans le désert qui séparel'Égypte du Canaan, par la même route qui avait conduit leur dernier patriarche au pays du Nil. Ils devaient s’acheminer d’abord. vers la montagne de Sinaï, pour y recevoir une nouvelle doctrineet des lois dont l'exécution avait été le but même de leur affranchissement. — Cependant Pharaon regrettait d’avoir, dans un moment de faiblesse, consenti à leur départ. Il résolut de ressai-sir les esclaves qu'il avait laissés échapper. Jugeant l'occasion. favorable, il se met à leur poursuite. En voyant de loin les Égyptiens qui accourent sur eux, les Israélites se livrent au désespoir. Toule issue, en effet, leur est fermée. Levant eux la mer, derrière eux l'ennemi, qui, dans un moment, va les atteindre et ne manquera pas de les replonger dans le plus dur esclavage. Plusieurs se plaignent et murmurent : « N'y a-t-il pas de sépulcres en Égypte,

disent-ils à Moïse, que tu nous aies amenés dans ce désert pour y mourir? » — Soudain s'offrit à eux un moyen de salut inespéré, où ils ne purent voir qu'un miracle. Pendant la nuit, un fort vent de nord-est avait poussé vers le sud les eaux de la mer et en avait mis le lit à sec dans ses parties proéminentes. Le chef des Israélites, mettant vivement à profit cette heureuse circonstance, leur fit gagner en toute hâte le rivage opposé. Il leur avait d’ailleurs annoncé, avec sa clairvoyance prophétique, qu'ils ne reverraient plus jamais les Égyptiens. Le court trajet fut vite parcouru, et ils purent l'accomplir tout entier à pied sec.

Cependant les Égyptiens s'étaient mis à leur poursuite pour les ramener esclaves. Lorsque, au jour naissant, ils atteignirent le bord occidental, aperçurent les Israélites à l'autre bord et voulurent les poursuivre par le même chemin guéable, le vent tomba tout à coup; les vagues amoncelées des deux côtés refluèrent brusquement sur le lit desséché et submergérent, dans leur sépulcre liquide, chariots, chevaux et guerriers. Délivrance merveilleuse, qui, en s’accomplissant sous leurs yeux, releva Îles cœurs des plus apathiques et les remplit de confiance en l'avenir. Ce jour-là, ils eurent foi en Dieu et en son mandataire Moise. Un hymne inspiré, à la gloire de leur divin libérateur, s’échappa de leurs poitrines, et ils chantèrent en chœur :

Je veux glorifier le Seigneur, Car le Seigneur est grand!

Coursiers et cavaliers,

Il les a lancés dans la mer!

Leur délivrance du joug égyptien, leur passage à travers la mer, le prompt anéantissement d'un ennemi acharné et altéré de vengeance, ces trois faits étaient pour les Israélites des choses vécues, qui jamais ne s’effacèrent de leur mémoire. Dans les situations les plus graves et les plus désespérées, ces souvenirs soutinrent constamment leur force et leur courage. Ils savaient que ce Dieu, qui les avait délivrés de l'Égypte, qui avait pour eux desséché la mer, qui avait exterminé leur mortel ennemi, ne pour-

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