‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 81 sur 144 · AVÉNEMENT DE JOAS · texte numérisé non relu

AVÉNEMENT DE JOAS

à Jérusalem. Pourquoi? Ou s’il y eut des relations, comment ne s'en est-il conservé aucun souvenir? C'est probablement qu'en dépit de sa ressemblance morale avec Joïada, et nonobstant l’identité de leur but, la fougue naziréenne de son prosélytisme n’était pas très goûtée à Jérusalem.

Dans cette ville, les regards s’attachaient de préférence au sanctuaire et à la loi, depuis que Joïada s’en était fait le vengeur. Le temple, sous Athalie, avait souffert. Non seulement le revétement de bois de cèdre et d'or avait été enlevé par place, mais encore des pierres de taille avaient été arrachées des murs. Le premier soin de Joas dut être de remédier à ces dégâts ; mais comment faire ? Les ressources manquaient : le trésor autrefois constitué à l’édifice sacré par la munificence des rois et la piété des fidèles avait disparu, ravi sans doute par Athalie ‘et attribué aux autels de Baal. Un édit royal prescrivit donc aux prêtres de recueillir les sommes nécessaires aux travaux : ordre était donné à tout Aaronide de solliciter les dons de ses amis et d'apporter à cette collecte le même zèle qu’à une affaire d'intérêt privé. Cependant, soit que les offrandes eussent été pauvres, soit que les prêtres les eussent appliquées à leurs propres besoins, le temple restait en l’état, lorsque Joïada fut chargé par le roi de faire appel à la piété du peuple même (vers 864) : un tronc fut placé dans le parvis et tout fidèle invité à y verser une somme proportionnée à sa fortune. Alors les dons affluèrent, les matériaux purent être achetés et les ouvriers payés ; le temple, en un mot, fut restauré.

Joïada fit de la dignité de grand prêtre, qui jusqu’alors, même sous les meilleurs rois, n’avait occupé dans l'État qu’un rang secondaire, l’égale de la royauté (1). N'était-ce pas, en effet, à l'in-

‘telligence et au zèle du grand pontife que la royauté devait son

(1) Racine a eu l'intuition poétique de ce rapport du grand prêtre et du roi

et l’a rendu avec beaucoup de justesse dans ces paroles, qu'il met dans la bouche de Joad :

Il faut que sur le trône un roi soit élevé

Qui se souvienne un jour qu’au rang de ses ancêtres Dieu l’a fait remonter par la main de ses prêtres, L’a tiré par leurs mains de l'oubli du tombeau

Et de David éteint rallumé le flambeau.

(ATHALI&, 1e" acte, 2° scène.)

saiut ? Le d:ruier rejeton de la race» de [ravid n'eüt-il pas pas péri, si Joia ja n'avait renversé la sau-ruinaire Athalie? Celui-ci pouvait dons: à bn droit revendiquer üne haute situati-u dans le gouvernem=pot. Îl éfipisva sans doute Sen auisrit- à faire respecter la loi et à pr.-venir Le retour de l'apostasié. Mais le confit entre la royauts et le sacerioce etait fatal. l'essence de l’une étant le bon plaisir, tandis que i autre a pour fondement une loi fixe. Certes, tant que Joiada vécut, aucune mésintélligence ne se produisit : Joas lui devait tout. et la reconnaissance, autant que la véneration, le lui rendait docile. Mais lui mort. la rupture éclata et coûta la vie au nouveau grand prètre. Les details manquent à ce sujet : on sait seulement que. sur i ordre de Joas, le successeur de Joiada fut lapidé dans le vestibule du temple et que le jeune pontife s'écria en mourant : « Dieu le voie et le punisse : »

Au reste, l'extirpation de la race d'Omri, cause de tant de convulsions et de confits à Samarie et à Jerusalem, fut suivie d'une ére de calme dans l:s deux royaumes. La situation était assez bonne, sauf que les autels privés subsistaient dans Juda et que les dix tribus continuaient à adorer Dieu sous la forme d’un taureau. Pour le culte de Baal, il était banni de part et d'autre. Maïs, a l'extérieur, il n'en était pas de mème. Jéhu, qui avait si hardiment exterminé les Umrides, fut loin de montrer la mème vigueur vis-à-vis des ennemis du dehors. Il ne sut pas empècher Hazaël, le meurtrier du roi d Aram, d’inonder de troupes le pays d Israël et d y porter l'incendie et le massacre les enfants, les femmes enceintes même ne furent pas epargnées) ; les villes situées au delà du Jourdain, tout le territoire des tribus de Manassé, de Gad et de Ruben, depuis les monts Basan jusqu'à l'Arnon, fut enlevé au royaume d Ephraim, les habitants réduits au servage et plusieurs d'entre eux déchirés sous des crochets de fer. Peut-être la faiblesse de Jéhu venait-elle de ce qu'il avait un autre ennemi dans le roi de Tvr, dont il avait égorgé les parents et les alliés {1).

11. Hazaël paraît avoir eu pour allié ce roi Mésa qui fut battu par Joram et Josaphat. Mésa profita de la défaite des Israélites pour les chasser des villes de Moab et, pour c<lébrer sa délivrance, il érigea un monument de pierre noire, avec une inscription destinée à en perpétuer le souvenir. Cette stèle s'est conservée plus de vingt-sept siècles et a été retrouvée de notre temps.

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