‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 94 sur 144 · LE PROPHÈTE ISAÏE · texte numérisé non relu

LE PROPHÈTE ISAÏE

» j'habite au milieu d'un peuple aux lèvres impures, et mes yeux » ont vu le roi Jéhovah Zébaoth. Alors vola vers moi un des séra- » phins; dans sa main était une pierre ardente, qu'il avait prise près » de l’autel, il en toucha ma bouche et dit : « Vois, ceci atouché » tes lèvres, ton délit est enlevé et ton péché est expié. » J'en- » tendis la voix du Seigneur qui disait : « Qui enverrai-je et qui » marchera pour nous ? » Je répondis : « Me voici, envoie-moi. » Et » il dit : « Va, etdis à ce peuple : Écoutez toujours, vous n’enten- » drez rien, regardez toujours, vous ne comprendrez rien. Que le » cœur de ce peuple soit insensible, ses yeux éblouis, ses oreilles v assourdies, pour qu'il ne voie pas de ses ÿeux,n'entende pas deses » oreilles et ne comprenne pas par son cœur, car il pourrait reve- » nir en arrière et être sauvé. » Je dis: Jusqu'à quand, Seigneur? » 1l répondit: « Jusqu'à ce que les villes soient désertes et inhabi- » tées les maisons vides d'hommes, et Le pays dévasté en solitude. »

Isaïe, dans ce début, n'avait fait qu’effleurer la perversité des grands; il avait simplement donné à entendre qu'ils étaient inaccessibles à des sentiments meilleurs. Dans un discours suivant, il se montra plus explicite et, s'adressant plus spécialement aux «princes de Juda », leur mit sous les yeux l’image de leur folie et de leur démence. Il fit ressortir la signification idéale du peuple d'Israël, de la loi qu’il avait à pratiquer et du temple qui devait en être le signe visible. Après avoir emprunté pour cela les paroles à jamais mémorables d’un prophète plus ancien :

À la fin des jours

La montagne du Temple sera placée sur la cime des monts, Et sera plus haute que les collines

Et vers elle tous les peuples afflueront.

Un peuple ne tirera plus l’épée contre un autre peuple, Et l’on n’apprendra plus la guerre.

le prophète poursuit ironiquement :

Maison de Jacob, venez, Marchons dans la lumière de Jéhovah!

Mais tu as délaissé la loi de ton peuple, Maison de Jacob!

« L'homme, continue Isaïe, sera abaissé encore davantage et son orgueil humilié; car un jour de châtiment arrivera sur tout ce qui est orgueilleux et élevé et le précipitera dans la poussière. Que le peuple ne s’en repose donc pas sur des hommes; ses guides ne sont pas plus sûrs que les fortes murailles et les tours altières. Tout appui sera brisé : le héros et le guerrier, le gouverneur et le conseiller, le devin et le prophète. Des enfants domineront avec leurs jeux dans les familles, et les choses en viendront au point qu'un homme, alors même qu'il ne possédera qu’un vêtement convenable, sera supplié par tout un peuple de devenir son chef pour arrêter la décadence, et cet homme refusera. » Puis il en vient aux princes sans conscience de Juda. Il montre la source profonde du mal d'où naissent la perversité religieuse, l’injustice et l’insensibilité : ce sont la soif des plaisirs et la convoitise allumées par les femmes qui, pour se satisfaire, ne cessent d'exciter les grands à l’exploitation impitoyable, à la spoliation et à l’asservissement de voisins sans défense. Et développant ce thème : « Des femmes règnent sur mon peuple! Et quels sont leurs instruments de pouvoir? Leur désir immodéré de plaire, leur amour du faste et les arts séducteurs avec lesquels elles attirent les hommes et les jeunes gens »; le prophète décrit avec une étonnante minutie la passion du luxe chez les filles du Sion. Mais il ne veut pas rester sur cet affligeant spectacle, et, passant à des images moins tristes, il cherche à ranimer l'espérance : « Les jours pleins de grâce des temps anciens reviendront. Sur la hauteur de Sion et sur ses tours d'appel on verra de nouveau la colonne de fumée pendant le jour, la colonne de feu pendant la nuit, et elle sera une protection contre les intempéries et les orages. »

. Ge puissant discours, si magistral dans la forme et dansle fond, a-t-il, au moment même, fait impression ? Non; il n’a produit aucune amélioration durable. Car Isaïe et les prophètes de son époque eurent souvent encore à tonner contre les mêmes déborde-

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