‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 100 sur 203 · LE DRAME DE « NATHAN LE SAGE · texte numérisé non relu

LE DRAME DE « NATHAN LE SAGE

plus déplorables excès, ont tué la femme et les sept enfants de Nathan. Pendant qu'il pleure la perte de tous les siens, le domestique d*un chevalier lui amène un enfant chrétien, une petite fille qui est orpheline et complètement abandonnée. Nathan remercie Dieu de lui avoir envoyé une consolation dans sa douleur. Il adopte cette enfant et s'occupe de son éducation avec une tendre soUicilude et une rare délicatesse. Sa conscience lui défend d'élever cette jeune fille chrétienne dans la religion juive, il lui apprend seulement à connaître Dieu, lui enseigne le bien et lui inspire les plus purs et les plus généreux sentiments. Telle est la conduite du Juif.

Le représentant du christianisme agit, au contraire, avec une coupable déloyauté. Le patriarche de Jérusalem témoigne sa reconnaissance au sultan, qui lui a permis de créer une communauté chrétienne dans cette ville, en conspirant contre lui et en le trahissant :

Il croit, le patriarche, que ce qui est criminel

Aux yeux des hommes n'est pas criminel devant Dieu.

Ce patriarche veut faire monter Nathan sur le bûcher, parce qu'il a adopté un enfant chrétien abandonné, a veillé sur lui avec amour, a orné son esprit et son cœur. Et quand on lui objecte que, sans les soins du Juif, cet enfant aurait peut-être péri, il

répond avec obstination :

N*empêche I II faut brûler le Juif.

Un autre représentant du christianisme, le Templier Leu de Filneck, est animé de très nobles sentiments, mais n'éprouve que du mépris pour les Juifs. Peu à peu, l'amour opère le miracle de le guérir de ses préjugés de chrétien. Il est vrai qu'il a du sang mahométan dans les veines. Seul, le frère convers Bonafides, dans sa sainte simplicité, sait concilier une grande bonté avec une piété rigoureuse. Mais il ne connaît qu'un devoir, l'obéissance, et, sur un ordre du patriarche, il n'hésiterait pas à commettre les actes les plus abominables.

Ainsi, des divers personnages du drame de Lessing, le Juif seul montre vraiment de la noblesse. Le Templier, qui est le plus

vertueux des personnages chrétiens, ne devient réellement bon qu'après s*être corrigé de certains préjugés. L*auteur expose, dans ce drame, que c'est une folie de rechercher quelle est la \raie religion. Lequel des trois fils peut se vanter de posséder le vrai anneau ? Le Père céleste aime surtout ceux de ses enfants qui se distinguent par leur douceur, leur bienveillance et leur esprit de charité.

Par ce drame, publié au printemps de Tannée 1779, Lessing irrita profondément les chrétiens. Partout on l'accusa d'avoir abaissé le christianisme au profit de la religion juive. Ses amis mêmes n'osèrent pas le défendre et, de peur de se compromettre^ l'évitèrent de plus en plus. Exclu de diverses sociétés, isolé, froissé dans ses sentiments les plus intimes, Lessing ressentit vivement les vexations qu'on lui infligeait. Il en fut profondément chagrfné, et sa belle intelligence en éprouva le contre-coup ; il perdit sa vigueur, sa netteté d'esprit. Quoiqu'il mourût dans la force de l'âge, il paraissait brisé comme un vieillard, victime de son amour pour la vérité et la justice. Du moins sa lutte en faveur de la tolérance ne resta-t-elle pas stérile en Allemagne.

Pendant que Lessing, sous l'influence de l'admiration qu'il avait conçue pour Mendeissohn, s'efforçait de détruire les préjuges encore si vlvaces contre les Juifs, iMendelssohn travaillait a l'amélioration morale de ses coreligionnaires en traduisant le Pentateuque. Ce livre, bien des Juifs pouvaient le réciter de mémoire, mais ne le comprenaient plus. Les nombreux commentaires rabbiniques et cabbalistiques qui prétendaient l'expliquer en avaient altéré le sens. Dans les écoles, les maîtres, tous Polonais, le faisaient traduire aux enfants dans un affreux jargon et entremêlaient tellement le texte et les gloses que leurs élèves pouvaient croire que le Pentateuque contient les plus grandes absurdités. Depuis longtemps, Mendeissohn déplorait cette manière d'enseigner la Bible et reconnaissait la nécessité d'en donner une traduction simple et élégante. Il avait fait une version allemande du Pentateuque pour ses enfants, mais, dans sa modestie, ne voulait pas la publier. 11 ne s'y décida que sur les instances pressantes de ses amis. Mais, comme il savait que la plupart de ses coreligionjiaires, accoutun^és à voir toujours la

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