‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 101 sur 203 · TRADUCTION ALLEMANDE DU PENTATEUQUE · texte numérisé non relu

TRADUCTION ALLEMANDE DU PENTATEUQUE

Bible accompagnée de commentaires, n'apprécieraient sa version allemande que s*il la présentait sous la forme habituelle, il y fit joindre un commentaire hébreu par un Polonais instruit, Salomon Dubno.

Avant de publier l'ouvrage entier, Mendelssohn en fit paraître une petite partie, à titre de spécimen. Aussitôt les rabbins orthodoxes protestèrent vivement contre son entreprise, et ils s'appliquèrent à la faire échouer. A Fiirth, la traduction allemande de « Moïse Dessau » fut frappée d*anathème et on menaça d'excommunication ceux qui s*en serviraient. On raconte même que dans quelques villes polonaises, à Posen, à Lissa, cet ouvrage fut livré aux ilammes. Mais les clameurs des orthodoxes polonais ne pouvaient nuire que médiocrement à Mendelssohn. Il y avait plus à se préoccuper de Fhostilité de Raphaël Kohen, rabbin de Hambourg et AI tona, qui était estimé et respecté. Ce rabbi n prononça également l'excommunication contre la traduction de Mendelssohn. Mais, comme le roi et le prince héritier de Danemark, sur la demande du conseiller d'État Hennigs, s'étaient fait inscrire comme souscripteurs à cette œuvre, Raphaël Kohen ne pouvait pas la combattre ouvertement dans les communautés qu'il dirigeait.

D'ailleurs, malgré les protestations de leurs maîtres, les élèves des écoles talmudiques lisaient avidement la traduction de Mendelssohn. Ils apprenaient ainsi la langue allemande et, en même temps, s'habituaient à étudier la Bible dans son texte même, et non plus à travers les commentaires. Leur esprit s*élargit, leurs idées s'élevèrent au-dessus de l'étroit domaine talmudique, un ardent désir de savoir embrasa leur âme. En étudiant le Talmud, ils avaient acquis une vive pénétration, une grande facilité de conception et une dialectique serrée. Ces qualités, ils les appliquèrent ensuite aux autres sciences, qui étaient nouvelles pour eux. Des milliers de jeunes gens, disséminés dans les écoles de Hambourg, de Prague, de Nikolsbourg, de Francfort-sur-le-Mein et même de Pologne, se pénétrèrent des écrits et des exemples de Mendelssohn. Tous les savants juifs de la fin du xvin® siècle et du commencement du xix® n'avaient étudié dans leur jeunesse que le Talmud, et ce fut sous l'influence du philosophe juif de Berlin qu'ils se mirent à cultiver les diverses branches du savoir humain

et travaîlicrent ainsi à la rénovation intellectuelle et morale de leurs coreligionnaires.

En même temps que Mendelssohn faisait entrer les Juifs, peutêtre sans ravoir prémédité, dans la voie du progrès et de la civilisation, il contribua également à améliorer leur situation matérielle. Il leur avait déjà suscité un courageux défenseur dans la personne de Lessing ; il gagna à leur cause un autre de ses amis, Dohm, qui composa un Mémoire remarquable en faveur des Juifs d*Alsace.

Dans aucune contrée de TEurope, la situation des Juifs n*élait plus misérable, à cette époque, qu*en Alsace. Toutes les classes de la population s'entendaient pour les opprimer et les maltraiter; ils avaient à souffrir de Tintolérance du clergé, de Tarbitraire de la noblesse, de la jalousie des corporations. Parqués dans des ghettos, ils n'étaient autorisés qu'exceptionnellement à se rendre dans les autres quartiers de la ville. Par contre, ils étaient accablés d'impôts : taxes à payer au roi, à Tévêque de Strasbourg, aux comtes de Haguenau, aux nobles dont ils habitaient les domaines, enfin taxes de guerre. En outre, ils devaient entretenir leurs synagogues et leurs écoles. D'où tirer tout Targent qu'on leur demandait? La plupart des branches de l'activité humaine leur étaient inaccessibles ; la loi ne leur permettait que lecommerce du bétail et Torfèvrerie. Voulaient-ils sortir de la province où ils résidaient, ils étaient obligés de payer un péage. A Strasbourg, aucun Juif ne pouvait passer la nuit. Pour payer les impôts multiples dont on les accablait et pour se défendre contre les vexations qu'on leur faisait subir, ils avaient besoin de beaucoup d'argent. Cet argent, ils s'efforçaient de le gagner en prêtant a intérêt. Comme ils couraient de grands risques de ne pas rentrer dans le capital avancé, ils exigeaient un taux élevé. Mais les débiteurs ne voyaient que les gros intérêts qu'on leur réclamait, et l'impopularité des Juifs s'en accrut encore.

Un greffier alsacien, Hell, intelligent et d'esprit cultivé, mais sans conscience et très cupide, profita de la haine qu'inspiraient les Juifs pour exciter le peuple contre eux. Il apprit même l'hébreu pour pouvoir prendre connaissance par lui-même de leurs livres de commerce et mieux pénétrer le secret de leurs

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