‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 103 sur 203 · LE MÉMOIRE DE DOHM · texte numérisé non relu

LE MÉMOIRE DE DOHM

goths d'Espagne. Et pourtant ils étaient plus cultivés et plus instruits que leurs persécuteurs. Les Juifs et les Arabes d'Espagne étaient bien supérieurs, par leur savoir, à l'Europe chrétienne. Durant tout le moyen âge, les Juifs avaient été traités par les chrétiens de la plus cruelle façon.

Sans doute, continue Dohm, les Juifs ont également leurs défauts^ dont quelques-uns sont peut-être tellement enracinés qu'ils ne pourront s'en corriger qu'à la troisième ou laquatrièmegcnération* Raison de plus de tenter des réformes, afln que les générations futures soient meilleures. D'ailleurs, on a le droit d'espérer d'excellents résultats de ces réformes, parce que la pauvreté ne sévit pas autant chez les Juifs que chez les chrétiens et que plusieurs d'entre eux se sont distingués par les plus brillantes qualités de cœur et d'esprit. En général, ils sont prévoyants, laborieux, doux, se plient facilement aux circonstances.

Enfin, il termine par cette déclaration que la nature a doué les Juifs aussi favorablement que les autres hommes, qu'ils peuvent devenir des citoyens utiles ; c'est l'oppression qui a pesé sur eux pendant si longtemps qui les a pervertis en partie. L'humanité, la justice ainsi qu'une politique avisée conseillent de faire cesser cette oppression et de les relever de leur avilissement ,dans leur propre intérêt comme dans l'intérêt de l'État.

En demandant qu'on améliore la situation des Juifs, Dohm indique en même temps les mesures qu'il faut prendre pour y réussir. Tout d'abord il est nécessaire de leur accorder les mêmes droits qu'aux autres habitants du pays, il faut ensuite les encourager à créer de bonnes écoles ou les admettre dans les écoles chrétiennes; la prédication dans les synagogues pourra aussi avoir d'heureux effets. En outre, il appartient au clergé de faire comprendre aux chrétiens qu'ils doivent considérer et traiter les Juifs comme leurs semblables, et non comme des parias.

Dohm veut qu'on laisse aux Juifs liberté complète pour leurs affaires religieuses et administratives : pour l'exercice de leur culte, la création de synagogues, la nomination d'instituteurs et l'organisation d'œuvres de bienfaisance. Il ne leur dénie qu'un seul droit, celui d'être appelé à des emplois publics ou à des fonctiens de l'Etat. Ils ne lui paraissaient pas encore assez mûrs pour

jouir d*iJDe liberté aussi large. Un prochain a^nir devait donner un démenti à ces craintes.

Dès son apparition, l*ouvrage de Dohm produisit une profonde impression. Il fut beaucoup lu, beaucoup discuté et surtout beaucoup critiqué. Des protestations vives s*élevèrent contre les « utopies » de Fauteur. On alla même jusqu'à Taccuser d'avoir vendu sa plume aux Juifs. Il ne l'aurait pas vendue bien cher! La communauté de Berlin lui offrit un couvert en argent au jour anniversaire de sa naissance, les Juifs du Brésil lui envoyèrent une adresse de remercîmenls, et une famille juive de Breslau prit en son honneur le nom de Dohm. Ce sont là les seuls témoignages qu'il reçut de la reconnaissance juive. Sa plus douce récompense fut certainement la promulgation de l'édit de tolérance de Joseph II, qui suivit de près la publication de son ouvrage.

Par cet édit (19 octobre 1781), les Juifs furent autorisés, sous certaines réserves, à apprendre des métiers manuels, à s'occuper d'arts et de sciences et à s'adonnera l'agriculture; ils avaient aussi accès, désormais, dans les Universités et les Académies. Joseph II décréta la création, parmi les Juifs, d'écoles élémentaires et d'écoles normales, et il déclara obligatoire pour eux l'enseignement de la langue nationale. Par une attention délicate, il ordonna qu'on évitât, dans les écoles mixtes, de froisser leurs croyances religieuses et que les chrétiens les traitassent comme a leurs semblables ». Il abolit aussi le péage personnel ou leidzoll, que les Juifs étaient tenus de payer. Pourtant, il ne voulut pas leur accorder les mêmes droits qu*à ses autres sujets. Ainsi, ils continuaient à ne pas pouvoir résider dans certaines villes dont le séjour leur avait été autrefois interdit. A Vienne même, ils ne pouvaient s'établir qu'exceptionnellement et en payant le « di*oit de tolérance », et ils n'avaient pas le droit d'y élever officiellement une synagogue. Les notables juifs eurent cependant la permission (2 janvier 1782), eux et leurs fils, de porter l'épée. Klopstock célébra dans une ode magnifique l'esprit libéral de Joseph II.

f Une première brèche était donc faite aux anciennes barrières

élevées contre les Juifs par le fanatisme de lËgUse, la rapacité des princes et les préjugés des peuples. Les idées développées par

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