‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 104 sur 203 · DIEZ · texte numérisé non relu

DIEZ

Dohm ne pouvaient plus être qualifiées de simples utopies, puisqu'un souverain les avait réalisées en partie. Un ami de Dohm, '^. Diez, un des plus généreux esprits de cette époque, qui repré- -q senta plus tard la Prusse en Turquie, estimait même que Dohm i n'avait pas réclamé des droits assez étendus pour les Juifs. « Vous \ avez eu raison, lui dit-il, d'affirmer que les défauts actuels des Juifs sont le résultat de Toppression séculaire qui a pesé sur eux. Mais pour achever le tableau et atténuer les reproches que vous adressez aux Juifs, vous auriez dû également peindre les mœurs corrompues des chrétiens, qui ne valent certainement pas mieux que les Juifs ».

Mais des hommes tels que Diez étaient de rares exceptions. Dans les cercles savants de TAllemagne, Touvrage de Dohm était, au contraire, jugé très sévèrement. On ne voulait pas croire que les Juifs fussent jamais capables de se relever et de devenir d'utiles citoyens. Déjà, trente ans auparavant, à Tapparition du drame de Lessing intitulé : « Les Juifs », un théologien, qui était en même ^:

temps un hébraïsant, Jean-David Michaelis, avait rendu solennellement cet oracle « qu*un Juif animé de sentiments élevés était une pure chimère ». Mendelssohn, par son caractère, sa conduite et ses œuvres, était bien venu donner un éclatant démenti à cette assertion méprisante. Mais, comme il n*est pas possible qu'un savant allemand se trompe, Michaelis persista dans son opinion que la race juive était vouée à une irrémédiable dégénérescence. Ses assertions malveillantes ne causèrent alors aucun tort aux Juifs, parce qu*à ce moment ni les princes, ni les peuples n'étaient encore disposés en Allemagne à traiter les Juifs en citoyens. Même Frédéric le Grand, le prince philosophe, dont Dohm espérait le plus, n'améliora en rien leur situation, et lorsqu*Ephraïm Veitci lui demanda de leur permettre au moins Taccès des professions manuelles, il refusa. Mais Dohm eut le grand mérite de créer une opinion publique au sujet des Juifs.

Pendant que Dohm plaidait la cause des Juifs, Mendclsshon avait gardé une réserve discrète. Il craignait qu'une intervention publique de sa part entravât les efforts de Dohm et nuisit à la cause de ses coreligionnaires. Mais il manifestait hautement sa joie de voir des chrétiens défendre énergiquement les Juifs.

a Bénie soit la Providence, dit-il, qui a daigné prolonger ma vie jusqu'à ce temps heureux où Ton commence enfin à comprendre les droits de Thumanité! » Pourtant, de crainte que la « réforme politique des Juifs », inspirée par la plus noble pensée, ne prêtât a certains malentendus, il crut nécessaire de rompre le silence pour compléter et, sur quelques points, rectifler les arguments de Dobm. Il chargea donc un de ses jeunes amis, le médecin Marcus Ilerz, de traduire de l'anglais le fameux mémoire de Manassé ben Israël, où se trouvaient réfutées les nombreuses accusations produites sans cesse contre les Juifs, et il fit précéder cette traduction d*une remarquable préface (mars 1782).

Une pensée exprimée dans celte préface frappa vivement les lecteurs chrétiens. Mendelssohn y déclarait, en effet, que « la rel ligion n*a pas le droit d*agir par contrainte ». C'était là une

attaque directe contre les procédés de TËglise, qui n*avait cessé d'employer contre les hérétiques et les mécréants l'anathème, le cachot, les tortures et le bûcher. Quelques ecclésiastiques chrétiens approuvèrent publiquement ces paroles. Un autre chrétien, dans un ouvrage intitulé : a Recherche de la lumière et de la vérité, » félicita hypocritement Mendelssohn de s'être éloigné du judaïsme, qui use de rigoureux châtiments et d'anathèmes, pour suivre une religion d'amour. Afin de ne laisser naître aucune confusion, Mendelssohn riposta par un nouveau livre (printemps 1783) qu'il appela Jérusalem ou a Le Pouvoir religieux et le Judaïsme ».

Dans cet ouvrage, Mendelssohn développe cette idée que l'autorité supérieure possède le droit de contrôle sur les actes, mais non sur les opinions et les croyances. L'Église surtout n'a pas le droit de punir. Sa mission est d'enseigner et de consoler. Il ajoute que la religion juive reconnaît à ses adeptes la liberté de croire selon leur conscience. Le judaïsme primitif ne contient aucun dogme obligatoire, il ne prescrit pas de croire, mais de savoir. Aussi les Juifs ne peuvent-ils jamais être taxés d'hérétiques, quelles que soient leurs opinions religieuses. Ils n'encourent de punition que s'ils traduisent leurs croyances erronées en actes. Car le judaïsme n'est pas une religion révélée, mais une législation révélée. Dans la Constitution donnée par

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