‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 105 sur 203 · JÉRUSALEM » DE MENDELSSOHN · texte numérisé non relu

JÉRUSALEM » DE MENDELSSOHN

Dieu, les droits de rËtat et de la religion se confondent. Autrefois, 11 n'y avait aucune différence entre les lois civiles et les lois religieuses. Se rendre coupable envers Dieu était se rendre coupable envers TÉtat. Avec la destruction du temple de Jérusalem, c'est-à-dire avec la disparition de TÉtat, disparurent aussi les peines corporelles et capitales ainsi que les amendes dont étaient punies les transgressions religieuses.

A ceux qui, avec une sincérité feinte ou réelle, avaient prétendu qu'il avait rompu avec le judaïsme, Mendelssohn répondit par une déclaration qui n'était qu*unhors-d'œuvre dans sa « Jérusalem ». Il affirmait, en effet, que les lois rituelles sont également d'origine divine et restent obligatoires « jusqu'à l'époque où il plaira au Tout- Puissant de les abolir dans les mêmes conditions de publicité où il les a révélées n. Il démontrait ensuite, par une argumentation originale, la nécessité des lois cérémonielles.

Cet ouvrage, où Mendelssohn, au lieu de se tenir sur la défensive, parle en accusateur et montre très nettement, quoique avec '-'l beaucoup de mesure et d'habileté, les points faibles de la ^-^ Constitution de l'Église, produisit une profonde impression. L'illus- ^h tre philosophe Kant lui écrivit qu'il avait lu « Jérusalem » et en avait admiré la profondeur de pensée et la finesse des aperçus. } « A mon avis, lui dit-il, votre livre est le précurseur d'une grande *i réforme, dont votre nation ne profitera pas seule; vous avez prouvé que votre religion laisse à ses adeptes une plus grande liberté de conscience qu'on ne supposait et qu'on ne trouve ail- ■] leurs ». Michaelis, qui , malgré son rationalisme, haïssait tant les Juifs, fut tout troublé de la hardiesse de l'auteur de « Jérusalem ».

En même temps que Mendelssohn glorifiait ainsi le judaïsme et s'appliquait, soit par ses propres ouvrages, soit par ceux de ses amis, à améliorer la situation des Juifs, il s'occupait aussi de leur relèvement intellectuel et moral. Dans cette dernière tâche, il fut puissamment aidé par Wessely.

Hartwig ou Naphtali-Iierz Wessely (né à Hambourg en 1723, mort en 1805), était un esprit original, à la fois enthousiaste et plein de sang-froid. La lâche qu'il s'imposa fut d'étudier la Bible hébraïque et d'en pénétrer le sens. Comme Mendelssohn, il s'était instruit sans maîtres, et, dès sa jeunesse, s'étaient manifestés chez

lui le seatiment du beau et le goût d*uQ langage pur et châtié. Il avait encore un autre point de ressemblance avec Mendelssobn. Lui aussi était d'un caractère élevé, d'une loyauté scrupuleuse et d'une grande dignité, mais il était moins conciliant, moins souple, moins doux. Raide, compassé, pédant, il avait plus d'érudition que de profondeur de pensée. Ce fut Mendelssobn qui le fit sortir de son obscurité. La communauté deTrieste, composée surtout de Juifs italiens et portugais, qui manifestaient moins d*aversion pour les sciences profanes que leurs coreligionnaires allemands, avait demandé au comte Zinzendorf, gouverneur de la ville, de Tcclairer de ses conseils pour Torganisation des écoles, telles que les désirait l'empereur Joseph. Zinzendorf l'engagea à s'adresser à Mendelssobn. Celui-ci signala alors à Joseph Hayyim Galaigo , délégué de la communauté de Trieste, les efforts tentés par son ami Wessely pour faire appliquer par ses coreligionnaires la loi édictée par Joseph II, et il lui recommanda de se mettre en relations avec lui.

Wessely avait, en effet, écrit un vrai dithyrambe en l'honneur de cette loi, parce qu'il en attendait les meilleurs résultats pour le judaïsme. Aussi, quand il apprit que les rigoristes de Vienne déploraient presque cette ordonnance de l'empereur comme une violation de conscience, envoya-t-il aux communautés d'Autriche une lettre hébraïque : « Paroles de paix et de vérité » (mars 1782), oïl il démontrait que c'était une obligation religieuse pour les Juifs d'acquérir une culture générale. Il traçait en même temps une sorte de programme d'études qui devait conduire graduellement la jeunesse juive de l'enseignement élémentaire jusqu'au Talmud. Son enthousiasme pour les réformes de Joseph II lui attira la colère des ultra-orthodoxes. Mais, comme il défendait, en réalité, les idées de Joseph II, ceux-ci n'osèrent pas l'attaquer ouvertement. Ils essayèrent simplement d'exciter contre lui quelques rabbins polonais pour faire condamner sa lettre et le frapper lui-même d'anathème. Hirschel, rabbin de Berlin, tenta aussi de le rendre suspect à ses coreligionnaires. Mais la communauté de Berlin était trop imprégnée de l'esprit de Mendelssobn pour prendre parti contre Wessely.

Malgré cet échec, les rigoristes continuèrent leurs attaques

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