‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 108 sur 203 · ISRAËL BAAL SCHEM · texte numérisé non relu

ISRAËL BAAL SCHEM

Testaient leur ferveur pendant la prière en frappant des mains, en s'agitant, en sautant et en criant. D*ailleurs, vers cette époque, on retrouve aussi ces extravagances chez deux sectes chrétiennes, les « sauteurs » ou jumpers, en Angleterre, et les « agitateurs » ou shakers, dans l'Amérique du Nord. Le mysticisme et la folie peuvent exercer leurs ravages dans toutes les confessions.

En l'espace de dix ans, Israël Bescht groupa autour de lui près de dix mille Uassidim qui, au début, ne se distinguaient des autres Juil's polonais que parleur façon particulière de prier, par leurs nombreuses ablutions, leur constante sérénité d'humeur et peut-être aussi les longues boucles de cheveux qu'ils laissaient pendre le long de leurs joues. Leur chef étant un ignorant, les Hassidim affectaient un profond mépris pour Tétude du Talmud qui, selon eux, est incapable de former des Juifs vraiment religieux. Après la mort d'Israël Bescht, les dissentiments existant entre orthodoxes et Hassidim prirent un caractère plus aigu, et il ^e produisit une véritable scission entre les deux partis.

A Israël Bescht succéda Dob Béer, de Mizricz (1700-1772). D'un esprit plus cultivé que son prédécesseur, il était aussi plus habile à gagner des partisans et à imposer sa volonté. Il était versé dans la Cabbale, se montrait prédicateur fort adroit (Magguidj, et, pour appuyer ses opinions, savait établir des rapports entre des passages de la Bible, du Midrasch et du Zohar qui semblaient n'avoir absolument aucun lien entre eux. Sa figure imposante inspirait le respect. Enfermé toute la semaine dans sa petite chambre, où il ne recevait que ses intimes, ses allures mystérieuses contrihuaient encore à le faire vénérer du peuple. La foule désireuse de contempler sa face ne pouvait le voir que le jour du sabbat, où il se montrait habillé de soie blanche. En ce jour, il daignait se joindre, pour prier d'après les rites de Bescht, à ses amis, à ses partisans du dehors qui ne cessaient d'affluer auprès de lui, et à tous ceux qui étaient venus en simples curieux. Afln de mettre les assistants en bonne humeur pour la prière, il se livrait aux plus enfantines plaisanteries. Lorsqu'il voyait tout le monde en gaieté, il s'écriait subitement : a Maintenant, servez l'Éternel avec allégresse. »

Sous la direction de Bcer, la secte des Hassidim était restée la

même, en apparence, que sous son prédécesseur. En réalité, elle

avait subi un changement important. Israël avait été sincère.

f/' Quand il s'agitait pendant la prière, quand tout son corps était

secoué comme par des convulsions et qu'il avait des visions, il était réellement en extase.Beer manquait d'enthousiasme naturel, il n*était pas possédé du démon intérieur. Il prit alors l'habitude de puiser l'inspiration divine dans de fréquentes libations, dans de copieuses rasades d*eau-de-vie. De plus, pour faire croire qu'il savait pénétrer tous les mystères, il entretint une sorte de police secrète, très habile, qui le renseignait sur bien des choses intimes. C'est par de tels procédés qu'il parvint à en imposer à ses nombreux partisans.

Béer réussit aussi a inspirer à la foule une vénération superstitieuse pour le chef de la secte appelé Çaddik, Il plaça le çaddik sur un piédestal si élevé qu*il le rendait presque semblable à Dieu. Il le représentait comme un être parfait, protégé contre toute souillure et tout péché, dont les actes et les pensées exercent sur l'univers entier une influence toute-puissante. Dans sa petito chambre sale et obscure, Béer se considérait l'égal du pape, vicaire, comme lui, de Dieu sur la terre.

L'expansion de la secte des Hassidim était due à deux raisons principales : l'union étroite et fraternelle dans laquelle ils vivaient tous ensemble et l'aridité de l'enseignement talmudique en Pologne. Dès le début, les Hassidim formèrent une sorte de confrérie, qui, il est vrai, ne possédait pas une caisse commune, comme autrefois les Esséniens, mais dont les membres fortunés se croyaient tenus de venir en aide a ceux qui étaient dans le dénûment. En plus, pendant les fêtes du nouvel An et de l'Expiation, tous abandonnaient femme et enfants pour se rendre auprès du çaddik et passer ces saintes journées dans la contemplation de leur chef. D'un autre côté, le mysticisme des Hassidim répondait trop à certaines aspirations de la nature humaine pour ne pas séduire même des esprits sérieux. Le judaïsme rabbinique, tel qu'il était alors pratiqué en Pologne, ne donnait aucune satisfaction au véritable sentiment religieux. On attachait surtout de l'importance à l'interprétation plus ou moins subtile du Talmud, mais on se préoccupait très peu de tout ce qui pouvait émouvoir

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