‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 119 sur 203 · L'ÉMANCIPATION DES JUIFS DE HOLLANDE · texte numérisé non relu

L'ÉMANCIPATION DES JUIFS DE HOLLANDE

que les Juifs bataves, du moiDS ceux d'entre eux qui le désireraient, jouiraient de la plénitude des droits de citoyen.

En général, ce décret ne provoqua pas un grand enthousiasme parmi les Juifs de Hollande. C'est qu'ils avaient joui jusqu'alors d'une plus grande liberté que leurs coreligionnaires do France et d'autres pays, et qu'ils ne voyaient dans leur émancipation que les nouvelles charges qui allaient peser sur eux et les dangers qui menaçaient leur religion. Loin de se réjouir de leur affranchisse- Ynent, ils en voulaient aux hommes de courage et d'initiative qui y avaient contribué. De là, dans les communautés d'Amsterdam, des discussions et des dissentiments entre les partisans de l'ancien régime et les amis de l'émancipation et des réformes. Ces derniers, principalement dans la communauté allemande, demandèrent, en effet, comme conséquence de la proclamation de l'émancipation, l'abrogation des pouvoirs excessifs des rabbins et des Pamassim. Sur le refus des administrateurs de faire droit à leur requête, ils se séparèrent de la communauté établie et en organisèrent une nouvelle (vers la fin de 1796), qu'ils appelèrent Adat TeschouToun et où ils introduisirent plusieurs réformes. Ainsi, dans la prière des Dix-Huit Bénédictions, ils supprimèrent le paragraphe Welamalschinim, composé à l'origine contre les Judéo- Chrétiens, mais que des ignorants appliquaient à tous les chrétiens sans exception ; ils défendirent aussi les inhumations précipitées et construisirent un nouvel établissement de bains pour la communauté, plus propre et plus confortable que l'ancien. Ces réformes, si innocentes en réalité, excitèrent la colère des rigoristes, qui menacèrent de mort les membres de la nouvelle communauté et auraient mis leurs menaces à exécution sans l'intervention de la force armée. Pourtant, malgré l'appui, assez inexplicable, que leur prêtaient les autorités de la ville, les Pamassim de la communauté allemande, plus tyranniques encore que leurs collègues portugais, durent résigner leurs fonctions. Dans la nouvelle administration entrèrent aussi des réformateurs. Peu à peu les haines s'apaisèrent et les rigoristes se réconcilièrent avec le nouvel état de choses. Ils étaient, du reste, flattés que deux Juifs d'Amsterdam, Bromet et De Lémon, eussent été élus comme députés de l'Assemblée batave. Plusieurs d'entre eux se rendirent

même à La Haye pour assister à Touverture des séances de cette Assemblée (1797) ; ils se trouvaient honorés dans leur propre personne de la distinction échue à leurs coreligionnaires. L'année suivante (1798), Isaac da Costa Atias fut nommé membre du Conseil de la ville, puis élu député et même élevé à la dignité de président de TAssemblée. Sur initiative du chef de la République batave, le grand pensionnaire Schimmelpenik, des Juifs furent également appelés à des fonctions publiques. Moresco eut un emploi auprès du Conseil de la ville d'Amsterdam et Moïse Asser au ministère de la Justice. De toute l'Europe ce fut la Hollande qui nomma les premiers fonctionnaires juifs.

Fiers de leur titre de citoyen, les Juifs de Hollande étaient indignés qu'une partie de leurs coreligionnaires fussent encore traités en Allemagne comme des parias. Ils demandèrent donc à l'Assemblée nationale d'inviter le représentant de la République batave auprès de la République française à proposer au congrès de la Paix, à Rastadt, d'exempter en Allemagne les Juifs hollandais du péage personnel : dans le cas où les princes allemands s'y refuseraient, tous leurs sujets seraient soumis en Hollande à ce traitement humiliant. L'Assemblée nationale accueillit celte demande.

Partout où pénétraient les héroïques soldats français, les Juifs étaient émancipés. A Venise, qui avait eu le premier ghetto, les murs en tombèrent à l'entrée des Français. Dans le Piémont, un prè^ tre catholique salua avec enthousiasme, dans la synagogue, l'alTranchissement des Juifs. La ville de Cologue, où, depuis le xv« siècle, aucun Juif ne pouvait passer la nuit, dut accorder les droits de cité à un Juif, Joseph Isaac, quand elle fut devenue française (1798).

Pourtant, en France même, l'égalité des Juifs n'était pas tout à fait complète sous Napoléon Bonaparte. Quand ce dernier eut rétabli l'ancien cuite catholique et conclu plus tard le Concordat avec la papauté, il ne donna aucune sanction légale à l'existence du culte public des Juifs. C'est qu'il n'avait pas une opinion bien arrêtée sur le judaïsme. Il manifestait à la fois, pour cette religion, un profond respect et un grand dédain. Son admiration était très vive pour le passé de ce peuple, qui avait opposé un courage si héroïque, une si indomptable énergie, aux persécutions et aux

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