‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 120 sur 203 · LA QUESTION JUIVE AU CONGRÈS DE RASTADT · texte numérisé non relu

LA QUESTION JUIVE AU CONGRÈS DE RASTADT

souffrances. Mais, d'un autre côté, eu voyant les Juifs humbles et méprisés, il ne croyait pas qu'ils eussent conservé les qualités de leurs ancêtres; il partageait à leur égard les préjugés de la foule. Il hésitait donc encore à promulguer une loi qui plaçât le judaïsme sur le même rang que les autres cultes.

Pendant qu*cn France, en Hollande, en Italie et dans toutes les régions conquises par les Français, les Juifs étaient émancipés, on les maintenait dans une situation inférieure en Autriche, en Prusse et dans les nombreuses petites principautés allemandes. Malgré la publication de a Nathan le Sage » et du « Mémoire » de Dohm, les préjugés persistaient à leur égard. On eût dit que les Allemands cherchaient à se consoler de Tasservissement dans lequel les tenaient le clergé et TEtat en humiliant et en maltraitant les Juifs. A Berlin môme, dans cette ville qui se prétendait si éclairée, les médecins juifs, quelle que fût leur réputation, ne pouvaient pas Dgurer sur la même liste que leurs collègues chrétiens. Deux écrivains célèbres de cette époque, le grand poêle Gœthe et le profond penseur Fichte, proclamaient leur antipathie pour les Juifs. Quoique ennemis des croyances de TÉglise, quoique athées, ils détestaient les Juifs au nom de Jésus. Fichte surtout se prononçait énergiquement contre leur émancipation.

Ils trouvèrent pourtant alors, en Allemagne, deux défenseurs convaincus, qui plaidèrent chaleureusement leur cause devant le Congrès de Rastadt. L*un publia, sous le voile de Tanonymat, un intéressant écrit où il raillait avec beaucoup de verve Tétroitesse d'esprit et la sottise des adversaires des Juifs. L'autre, appelé Chrétien Grund, exposa avec une émotion communicative les iniquités dont souffraient les Juifs. Ils s'efforcèrent en même temps d*agir sur l'opinion publique, afin d'appuyer la démarche tentée par les Juifs hollandais auprès du Congrès de Rastadt pour lui faire exercer une pression morale sur les princes allemands en faveur de leurs sujets juifs. Mais les divers États de l'Allemagne opposèrent une résistance obstinée.

C'était surtout l'obligation de payer le péage personnel {leiô^ zoll), inconnu même de nom en dehors des pays allemands, qui révoltait les Juifs. Car, par cette taxe, ils étaient presque rabaissés au rang d'animaux. L'empereur Joseph l'avait bien abolie en

Autriche et Frédéric-Guillaume II en Prusse. Mais elle continuait à être prélevée dans rAUemagne centrale et occidentale, dans les régions du Mein et du Rhin, où de nombreux États minuscules se touchaient. Il en résultait que, dans une seule journée, un Juif traversait parfois plusieurs de ces petits pays et, par conséquent, était contraint de payer plusieurs fois cette taxe. Non pas qu*elle fût très élevée, elle n'était souvent que de quelques kreutzers, mais elle exposait les Juifs, de la part des autorités, aux plus injurieux traitements.

Le péage personnel disparut avec rentrée des armées françaises en Allemagne. Mais, après la paix de Lunéville, les petites principautés le rétablirent. Elles en exigeaient même le payement des Juifs français que leurs affaires appelaient de Tautre côté du Rhin, invoquant cette Clause du traité de Campo-Formio que, provisoirement, aucune modification ne serait apportée aux conven* tiens réglant les relations commerciales de l'Autriche et de la France. Mais les Juifs français refusaient de se soumettre à cette humiliation. A la suite de pressantes réclamations, le commissaire du gouvernement, Jollivet, invita les représentants de la République française aux cours allemandes à ne pas tolérer qu'on exigeât des Juifs français le payement du péage personnel. Un certain nombre de princes tinrent compte des protestations de la France, mais leurs sujets juifs restèrent soumis à cette taxe.

Lorsque, à la suite du traité de paix de Lunéville, une Conférence se réunit à Ratisbonne, pour délibérer sur les affaires de TEmpire, les Juifs lui adressèrent une requête pour obtenir les droits de citoyen passif (15 novembre 1802). Ils demandaient qu*oa supprimât les restrictions dont ils souffraient encore, qu'ils ne fussent plus astreints à demeurer dans des quartiers spéciaux, qu*il leur fût permis de s'occuper librement de leurs affaires, et, en général, qu'on les assimilât aux autres Allemands. Ils invoquèrent l'exemple de la France et de la Hollande. Contre leur attente, leur requête fut présentée et appuyée par un des membres les plus considérables de la Conférence, le délégué de l'Autriche (vers la fln de 1802). Mais des questions plus urgentes absorbaient alors l'attention de la Conférence ; la pétition des Juifs pe fut pas examinée.

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