DISCUSSIONS A L'ASSEMBLÉE DES NOTABLES
reté du judaïsme talmudique. On s*attachaît surtout, dans cette étude, à faire ressortir deux points : Tisolement daos lequel se complaisaient les Juifs au milieu des diverses nations et Tusure qu'ils pratiquaient à Tégard des autres croyants, et qui serait autorisée, sinon prescrite^ par leur législation. Pour démontrer que le Talmud est responsable de ces tendances antisociales, on affirmait que les Juifs portugais, qui ne se livraient pas à Tusure, observaient peu les prescriptions talmudiques, que les Juifs distingués de TAlIemagne, comme Mendelssohn, ne témoignaient qu'un médiocre respect pour les rabbins, et qu'en France même les Juifs qui s'adonnaient aux études profanes négligeaient les pratiques religieuses.
Comme les notables devaient tenir leur première séance un samedi, ils avaient à résoudre préalablement une question qui, dès le début, mettait aux prises les exigences de la religion avec celles de la loi civile. Il fallait, en effet, nommer à cette séance un président et des secrétaires. Or, pouvait-on écrire des bulletins de vote le jour du sabbat ? Les rabbins, appuyés par le parti de Berr Isaac Berr, se déclarèrent énergiquement pour la négative. D'autres membres, qu'on pourrait appeler les hommes politiques, tels que Furtado, étaient, au contraire, d'avis de prouver à l'empereur que les Juifs savaient subordonner l'observance des lois religieuses aux ordres des autorités du pays. La discussion fut très vive. Dn des délégués, Jacob Lazare, de Paris, proposa une combinaison qui donnait satisfaction à tous : ceux qui ne voulaient pas écrire le samedi pouvaient préparer leur bulletin de vote dès la veille.
Ce fut dans une salle de l'hôtel de ville, ornée d'emblèmes de circonstance, que se réunirent les notables, sous la direction de Salomon Lipmann, de Colmar, président d'âge. Pour la présidence définitive, deux candidats s'imposaient au choix de l'assemblée : Berr Isaac Béer et Abraham Furtado. Le premier fut présenté par les scrupuleux observateurs des pratiques du judaïsme, le second eut surtout l'appui des membres libéraux et s'intéressant à la politique. Sur quatre-vingt-quatorze voix, Furtado en obtint soixantedeux ; il fut donc nommé président. Comme il avait l'habitude des débats parlementaires, il sut diriger les travaux de l'assemblée avec beaucoup de tact et d'habileté. D'ailleurs, les délégués, cpn*
scients de la grandeur de leur tâche, rivalisaient de zèle et d*ac« tivité pour Taccomplir dignement. Ils avaient A cœur de mettre en pratique les conseils d*un de leurs collègues, Lipmann Cerf Berr, qui, dans une allocution chaleureuse, leur avait recommandé d'oublier qu*ils étaient Alsaciens, Portugais ou Italiens, pour se montrer tous animés des mêmes pensées et des mêmes sentiments.
Au commencement, les députés avaient éprouvé quelque inquiétude au sujet des intentions de Napoléon. Mais, lorsque Tofficier de la garde d'honneur qui se tenait à rentrée de la salle s'approcha de leur président pour recevoir ses ordres, que les tambours battirent aux champs et que les soldats présentèrent les armes, leur crainte fit place à un sentiment de joyeuse espérance. Ils voyaient déjà les Juifs définitivement relevés de Tétat d'abaissement dans lequel on les avait tenus pendant tant de siècles, et leur culte pour Tempereur s*en accrut encore.
Les délégués de France étaient déjà réunis quand arrivèrent ceux d'Italie. Le plus important d'entre eux était Abraham- Vita de Cologna, rabbin de Mantoue (1752-1832). Cologna ne se distinguait ni par sa science talmudique, ni par ses connaissances profanes, mais il était d'un extérieur imposant et possédait un remarquable talent d'orateur. Il manifestait des tendances libérales et croyait nécessaire, lui aussi, d'essayer de rendre plus fréquents les rapports entre les Juifs et les autres croyants pour faire sortir ses coreligionnaires de leur isolement.
Dans la seconde séance (29 juillet), les trois commissaires impériaux soumirent douze questions à l'examen de l'assemblée, l'invitant à y répondre avec conscience et sincérité. Une manifestation caractéristique se produisit à l'énoncé d'une de ces questions. Quand le secrétaire eut demandé : « Les Juifs nés en France et traités par la loi comme citoyens regardentils la France comme leur patrie et ont-ils l'obligation de la défendre? » tous les notables s'écrièrent d'une voix unanime : a Oui, jusqu'à la mort! » D'autres questions concernaient les mariages entre Juifs et chrétiens, la polygamie, le divorce et l'usure.
Dans cette même séance, on nomma une commission de neuf