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LE PROTOCOLE DU CONGRÈS DE VIENNE

pas encore des droits civils à les leur accorder à bref délai. Mais, parmi les États de la Confédération, la Prusse et TAutriche se montrèrent seules disposées à adopter ce paragraphe, les autres confédérés, particulièrement les villes libres, s'y refusèrent. Par esprit de conciliation, on proposa alors la rédaction suivante : a La Confédération doit octroyer aux Juifs la jouissance des droits civils là où ils consentiront a remplir tous leurs devoirs de citoyens; en attendant, ils conserveront tous les droits qui leur ont été déjà accordés dans les États confédérés. »

Cette résolution ne contenta pas encore les villes libres, parce que les Juifs y possédaient, en réalité, les droits civils, octroyés par les autorités françaises. Aussi le délégué de Francfort (It-il entendre de vives protestations. Le sénateur Schmidt, représentant de Brème, procéda avec plus d'habileté. Au lieu de récriminer, il s'appliqua à rendre inolTensif le paragraphe contesté. 11 commença par exposer qu'il serait injuste de contraindre les Allemands à respecter des mesures prises par les Français et il proposa, pour donner satisfaction à tous, de remplacer, dans la constitution de la Confédération, les mots a accordés dans les États confédérés » par ces mots : a accordés par les États confédérés. » Ce changement parut généralement sans importance, et il fut adopté. En réalité, il modifla totalement le sens de la résolution. Car, on n'avait plus à maintenir les droits civils des Juifs que dans les Étals qui les leur avaient accordés eux-mêmes. Or, trois pays se trouvaient seuls dans' ce cas, la Prusse, le Mecklembourg et le grand-duché de Bade. Partout ailleurs en Allemagne, c'étaient les Français, pendant leur occupation, qui avaient proclamé Tégalité des Juifs. Metternlch et Hardenberg, qui avaient été, en quelque sorte, les deux chevilles ouvrières du Congrès pour tout ce qui concernait la Confédération germanique, se doutaient si peu de la grave conséquence de ce changement qu'immédiatement après l'adoption de cet article, ils informèrent les Juifs des quatre villes libres que le Congrès les laissait en possession de leurs droits civils.

Forts de cet article si perflde, les ennemis des Juifs ne tardèrent pas à donner hbre cours à leur haine. En dépit du désir manifesté par la Prusse, Lubeck expulsa plus de quarante

familles juives. Brème Timita. La ville de Francfort, liée par certains engagements, ne put en agir de même, mais fit subir aux habitants juifs les plus humiliantes vexations, les excluant des réunions où se traitaient les intérêts municipaux, les révoquant des emplois officiels qu*iis occupaient, leur fermant Taccès de beaucoup de professions et de métiers, leur refusant Tautorisation nécessaire pour se marier et les parquant de nouveau dans un quartier spécial. Ck)mme le Sénat de Francfort savait que la Prusse et rAutriche étaient presque engagées d^honneur envers les Juifs de cette ville pour leur garantir le maintien de leurs droits^ il chercha à justifier sa conduite par un mémoire juridique qu'il fit rédiger par les Facultés de Berlin, de Marbourg et de Giessen. Mais la communauté de Francfort ne resta pas inaclive. De son côté, elle soumit (janvier 1816] à la diète de la Confédération un Mémoire où elle exposait le bien-fondé de ses réclamations. L'auteur de ce mémoire, d'un caractère à la fois politique et juridique, était Louis Bœrne.

La lutte du Sénat contre les Juifs de Francfort, qui se prolongea pendant neuf ans (1815-1824), restera toujours comme une déplorable manifestation du pédantisme et de l'étroitesse d'esprit des Allemands. En réponse au Mémoire qui leur avait été soumis, les cinq jurisconsultes de la Faculté de Berlin déclarèrent gravement qu'en vertu du règlement de 1616, les Juifs de Francfort sont et doivent rester les subordonnés, presque les serfs des bourgeois de celte ville ! En même temps s'élevèrent de tous les points de l'Allemagne des voix haineuses qui invitaient le peuple et la Confédération a humilier ou même à exterminer les Juifs. Des journaux et des pamphlets parurent qui étaient remplis des plus violentes excitations, comme si le salut de l'Allemagne et du christianisme exigeait absolument la disparition des Juifs. Cette agitation littéraire, qui déchaîna tant de passions et provoqua même des désordres, dura plusieurs années. Le signal en fut donné, en janvier 1816, par Frédéric Riihs, déjà fameux par ses attaques contre le judaïsme. Son exemple ne larda pas à être suivi par Frédéric Fries, médecin et professeur des sciences naturelles à Heidelberg. Fries publia un ouvrage, « Influence dangereuse des Juifs sur le bien-êlre et le caractère allemands »,

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