‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 136 sur 203 · AGITATION CONTRE LES JUIFS D'ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

AGITATION CONTRE LES JUIFS D'ALLEMAGNE

OÙ il n'hésitait pas à coDseiiler Textermi nation de la race juive.

Cette campagne violente exerça son action funeste même dans les pays où les autorités avaient paru favorablement disposées pour les Juifs. Ainsi, en Autriche, dont le plénipotentiaire au Congrès de Vienne, Metternich, avait réclamé les droits civils pour les Juifs dans tous les Etats confédérés, on abandonna les traditions libérales de Joseph II pour remettre en vigueur quelques-unes des anciennes restrictions édictées par Marie- Thérèse. On y ajouta même de nouvelles lois d'exception. Les Juifs ne furent pas expulsés, mais renvoyés dans des ghettos. L'accès du Tyrol leur resta naturellement fermé, comme aux protestants. En Bohême, 11 leur fut interdit de s'établir dans les villages et les petites villes situés dans les montagnes; en Moravie, au contraire, on leur défendit de se fixer dans les grandes villes telles que Brûnn et Olmiitz. Leur situation était encore plus précaire en Galicie, où on les traitait aussi durement qu*en plein moyen âge. L'empereur François II anoblit bien quelques Juifs riches, mais infligea à tous les autres les pires humiliations. Ils étaient astreints au service militaire, mais ce n'est que dirTicilement que les plus vaillants d'entre eux arrivaient même aux grades inférieurs.

En Prusse aussi, où pourtant le gouvernement avait donné l'exemple des mesures libérales a l'égard des Juifs et où on leur avait accordé presque tous les droits civils, il y eut un retour vers le passé. L'édit de Frédéric-Guillaume III, qui reconnaît les Juifs comme citoyens prussiens, restait lettre morte. Dans les provinces reconquises ou nouvellement conquises, on promettait aux Juifs l'égalité, mais ils continuaient d*ètre soumis à toutes les mesures restrictives des anciens temps. Par suite des origines diverses de ses provinces, la Prusse appliquait aux Juifs les législations les plus variées, et toujours à leur détriment. Il y avait les Juifs français, vieux-prussiens, saxons, polonais. Ces derniers étaient les plus malheureux. Dans la province de Posen, ils ne pouvaient pas acquérir d'immeubles, ni demeurer dans les campagnes, ni jouir des mêmes droits que les autres commerçants. Il ne leur était permis ni de se Fixer dans les villes où

Dul Juif n'habitait auparavant, ni de transporter leur domicile d'une province à l*autre. On ctierchait surtout à les rendre méprisables aux yeux des autres croyants. Pendant qu'à un certain moment on avait évité, dans les actes ofQciels, d'employer i ' répithète de « juif », les administrations affectaient, au contraire,

de s'en servir de nouveau à toute occasion.

Un fait de ce temps marque bien la malveillance de la Prusse pour les Juifs. Le décret inique du 17 mars 1808, par lequel Napoléon l^^ avait apporté les plus graves restrictions à la liberté commerciale et au droit de domicile des Juifs de TAIsace et des départements rhénans, devait devenir caduc au bout de dix ans en cas où il ne serait pas renouvelé. En France, le gouvernement ? de Louis XVIII, quoique réactionnaire et clérical, n'essaya même

pas, après ces dix ans, de faire maintenir ce décret, et les Juifs d'Alsace recouvrèrent tous leurs droits. Mais dans les provinces rhénanes, où la Prusse avait laissé en vigueur ce décret quand elle les eut reconquises sur la France, il devait continuer à être appliqué, en vertu d'un ordre du cabinet du 3 mars 1818, :* jusqu'à un temps indéterminé.

r A ce moment, les esprits étaient surexcités en Allemagne à la

' suite du meurtre de Kotzehue (mars 1819) par un jeune fana-

' ' tique, l'étudiant Charles Sand, à cause des mesures rigoureuses

prises par les différents Etats contre les excès démagogiques et la

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^; teutomanie, qu*au début ils avaient, du reste, encouragés eux-

mêmes. Déçus dans leurs espérances de liberté, les « teutomanes »

! étaient irrités de l'échec qu'avaient subi leurs efforts, et, comme

ils se sentaient impuissants contre le gouvernement, ils s'en prirent aux Juifs. On assista alors, pendant plusieurs mois, à une série d'excès et de violences qui rappelèrent les pires jours du

: moyen âge.

Les désordres commencèrent à Wurtzbourg, au cri de ffepf ffep (1) ! La populace se rua sur les maisons des Juifs, pillant les magasins, jetant les marchandises par les fenêtres. Sa fureur augmenta devant la résistance des Juifs, qui se défendirent

: vigoureusement. Ce fut alors, dans les rues, une véritable bataille

(1) On prétend que ce mot est formé des initiales des mots Hierosolyma est perdUa.

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