‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 141 sur 203 · RÉFORMES RELIGIEUSES EN WESTPHALIE · texte numérisé non relu

RÉFORMES RELIGIEUSES EN WESTPHALIE

superficiels, la grande majorité des Juifs voulait conserver au judaïsme son ancienne physionomie, jusque dans les moindres détails. Par haine des apostats et des incrédules, ils se montraient d'un rigorisme excessif. Sous Tinfluence de la lutte, leur piété prit un caractère passionné. Ils réclamaient le maintien des usages les plus contestables, se refusant même à apporter la moindre amélioration à la façon bruyante et disgracieuse dont était célébré le culte dans les synagogues. Le jargon même qu'ils parlaient leur paraissait sacré.

On essaya bien, pour éviter des conflits, de concilier ces deux tendances contraires, mais on ne s*y prit pas avec assez de douceur ni de prudence. Jacob Jacobson, le premier, après Torganisation du Consistoire de Westphalie, s'efforça de donner au culte synagogal de son pays des formes plus compatibles avec la situation nouvelle des Israélites. II rendit les offlces moins bruyants, plus dignes, plus solennels, simplifla le rituel, introduisit la prédication allemande. D'autres réformes, empruntées à rÉglise, furent peut-être moins heureuses. A côté des prières hébraïques, il institua des prières en allemand, aux psaumes hébreux d'un caractère si grave et si élevé il ajouta des chants allemands, établit la cérémonie de la confirmation, où jeunes filles et garçons devaient exposer leur profession de foi israélite. Comme ces nouveautés rencontrèrent de la résistance dans certaines communautés, il menaça de fermer les synagogues qui refuseraient de les adopter.

Avec la désorganisation du royaume de Westphalie disparut l'autorité de Jacobson. Il quitta alors ce pays pour aller réaliser ses idées de réforme à Berlin. Dans cette ville, il organisa des oflices, dans sa maison, sur le modèle de ceux qu'il avait institués en Westphalie (1815). Plus tard, lorsque les offices furent célébrés dans une salle plus spacieuse, mise à la disposition des fidèles par le banquier Jacob Béer, père de Meyerbeer, on fit usage de l'orgue (1817). Cet oratoire fut surtout fréquenté par des Juifs qui, sans convictions bien sincères, croyaient de bon ton, à une époque où la Sainte-Alliance avait mis la dévotion à la mode, de se montrer également dévots. On y voyait, entre autres, les membres de la « Société des amis. » Cette petite commu*

nautc devint le noyau du «parti delà réforme», peu important à l'origine, mais auquel l'activité remuante de ses membres assurait un développement considérable.

La partie essentielle des ofllces des « réformés b consistait dans la prédication allemande. C'était Jacobson lui-même qui, le plus souvent, prenait la parole. Mais il se faisait parfois remplacer par des jeunes gens doués d'un bel organe et d*une certaine facilité d*élocution ; il ne leur demandait ni convictions solides, ni connaissances théologiques. Son oratoire devint ainsi comme une école d'éloquence sacrée. Les premiers prédicateurs qui s'y formèrent furent Jacob Auerbach, Edouard Kley Gunsbourg, de Breslau ; aucun d'eux ne se distingua par un talent particulier. Brusquement, à la suite des protestations de quelques Juifs orthodoxes, Frédéric-Guillaume III, qui était ennemi de toute innovation, flt fermer Toratoire de Jacobson. Kley se rendit alors à Hambourg, appelé par quelques familles riches à diriger une école libre qu'elles venaient de fonder.

Dès qu'il fut établi à Hambourg, Kley y organisa également des offices « réformés », avec des prières et des chants en allemand, Torgue et la prédication. Il publia même un « Recueil de chants religieux », fades et ennuyeux, marqués tout à fait du cachet protestant de l'époque. Il existait alors à Hambourg un parti qui tenait à conserver les prières hébraïques, tout en n'étant pas adversaire des réformes. Les principaux représentants de ce parti, Bresselau et Sœckel Frœnkel, choisirent quelques prières hébraïques pour les ajouter aux chants allemands. Tous ces arrangements terminés, cinquante familles environ s'unirent pour former la « Société du temple réformé» (1818). A l'inauguration de ce temple, on espérait produire sur l'assistance une profonde impression en faisant chanter ensemble des jeunes Qlles et des jeunes gens. Cette réforme laissa les novateurs indifférents et irrita vivement les orthodoxes.

Peut-être cette communauté réformée n'eût-elle eu qu'une durée éphémère sans Gotthold Salomon, qui succéda à Kley. Le nouveau prédicateur était familiarisé avec la Bible et la littérature rabbinique et possédait un sérieux talent d'orateur. Mais on s'efforçait trop, dans la nouvelle communauté, d'imiter le

Page 1