‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 143 sur 203 · EXTENSION DU MOUVEMENT REFOFMATEUR · texte numérisé non relu

EXTENSION DU MOUVEMENT REFOFMATEUR

judaïsme rabbinique. Grande fut donc la surprise des Juifs de Hambourg, dans les deux camps, quand, au commencement de 1819, parut une « Lettre » où Riesser, s'adressant à ses a chers coreligionnaires de Hambourg », approuvait les réformes et s'élevait vivement contre les rabbins qui les combattaient. Il leur reprochait d'être des « hypocrites qui entretiennent la discorde en Israël et barrent le chemin aux Qls repentants, désireux de revenir vers leur Père», et il opposait le recueillement observé dans le nouveau temple au culte bruyant des synagogues orthodoxes. Dix-huit rabbins, en Allemagne, condamnèrent le nouveau Rituel de Hambourg. Mais leurs arguments ne parurent nullement probants, et leurs protestations restèrent sans effet. De plus, une des autorités religieuses les plus considérées de ce temps, le Cionsistoire central de France, garda le silence dans cette question. Une autre circonstance encore favorisa le parti des novateurs. Les troubles qui, dans plusieurs villes d'Allemagne, éclatèrent contre les Juifs, coïncidèrent avec le commencement des polémiques engagées au sujet des réformes. A la suite de ces désordres, bien des Juifs riches et cultivés sortirent de leur indifférence pour revenir au judaïsme. Ceux de Hambourg se joignirent à la « Société du temple réformé ».

De Hambourg le mouvement de réforme s'étendit peu à peu dans d'autres villes. A Leipzig, ou tant de commerçants se trouvent réunis au moment de la foire, des Juifs de Hambourg et de Berlin fondèrent également (septembre 1820) une synagogue réformée, dont les chants d'inauguration furent composés par Meyerbeer. Un rabbin fut spécialement attaché à cette synagogue pour la durée de chaque foire. Ce temple, où se rendaient, par conviction ou par curiosité, des Juifs venus des villes et des pays les plus divers, fut très utile pour la propagation des innovations liturgiques. D'autres communautés aussi, comme Carlsruhe, Kœnigsberg, Breslau, adoptèrent, sinon la totalité, du moins une partie des réformes de Hambourg.

Comme ces innovations menacèrent de prendre un caractère d'exagération, elles provoquèrent, outre l'opposition des orthodoxes, les attaques d'un parti qui ne réclamait pas précisément

le maintien absolu de tous les usages, mais s'élevait énergiquement contre la déformation complète de l'ancien judaïsme. Le fondateur de ce parti fut Isaac Bernays (né à Mayence en 1792 et mort à Hambourg en 1849). Formé, dans l'Allemagne du Sud, à récole des Kreutzer, des Kanne et des Oken, qui croyaient retrouver dans l'univers, écrites en caractères vivants, les lois abstraites de la philosophie transcendantale, et pour qui la nature et l'histoire, les nombres, les couleurs et les noms représentaient des séries d'idées, des débris d'un miroir gigantesque, Bernays concevait le judaïsme, sa littérature et son histoire, sous un aspect tout nouveau. Mieux que Mendelssohn il comprenait le vrai caractère de la mission du peuple juif dans l'histoire de l'humanité. On pourrait peut-être lui reprocher de s'être trop adonné à la spéculation, d'avoir voulu découvrir partout des intentions, et de n'avoir pas su présenter Te résultat de ses recherches sous une forme attrayante. Penseur remarquable, il n'avait que du dédain pour les chefs de la réforme, si pauvres d'idées, qui prétendaient enfermer les doctrines et les enseignements du judaïsme dans le cadre étroit d'un catéchisme. A ses yeux, la « coterie Friedlaender » était la personnification de la légèreté et de l'étroitesse d'esprit. Elle lui apparaissait comne une bande de gens grossiers, installés dans un temple magnifique^ qu'ils auraient aménagé pour leurs besoins mesquins en petites habitations.

On ne connaît qu'imparfaitement les idées de Bernays sur le rôle et les destinées du judaïsme. 11 éprouvait une certaine timidité à écrire, et il préférait communiquer ses pensées par l'enseignement oral. L' « Orient biblique », qu'on lui attribue, ne contient que l'ébauche de son système, qui n'aurait certainement pas échappé à Texcommunication des rabbins de l'ancien temps. Mais, si l'auteur n'avait démontré que cette unique vérité que le peuple juif a une mission d'apôtre à remplir dans l'humanité, il mériterait déjà une place d'honneur parmi les écrivains. Non pas que cette vérité fût neuve, car elle avait été déjà prêchée par les Prophètes. Mais, au milieu de leurs souffrances et de leurs humiliations^ les Juifs eux-mêmes l'avaient totalement oubliée.

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Par S63 idées comme par son talent, Bernays attira sur lui Tattention de ses coreligionnaires. Âfln d*avoir un adversaire sérieux à opposer au parti de la réforme, la communauté de Hambourg le plaça à sa tète comme chef religieux. Ce choix fit sensation, car Bernays était le premier rabbin ayant reçu une excellente culture générale. Pourtant, il ne prit pas le titre de rabbin, tombé en discrédit, mais celui de hakham. Il aspirait, non pas à diriger les consciences dans sa communauté, mais à instruire. Comme les rabbins de la réforme, il prêchait, mais en s*abstenant rigoureusement de toutes ces imitations chrétiennes tant aimées des novateurs. Henri Heine, qui était allé Tentendre un jour à Hambourg, dit de lui : « J*ai assisté à un sermon de Bernays... aucun de nos Juifs ne le comprend, mais c'est un homme d*une grande valeur, bien supérieur a Kley, Salomon, Auerbach I et II. »

Tout en ne partageant pas les convictions des orthodoxes, Bernays acquit pourtant leur estime. Il se montrait prudent, modeste, réservé, et sa conduite religieuse ne donnait lieu à aucune critique. Aussi les modifications qu'il introduisit dans le culte, et qui étaient également des réformes, furent-elles approuvées et quelquefois même adoptées par les orthodoxes. Il exerça surtout une très salutaire influence par son enseignement, qui attirait beaucoup de jeunes gens et leur Inspirait un \if attachement pour le judaïsme.

One autre personnalité, bien différente de Bernays, eut aussi, à ce moment, Taction la plus heureuse sur le judaïsme : c'était Isaac Noah Mannheimer (né à Copenhague en 1793 et mort à Vienne en 1864). Quoique élevé à l'école de Jacobson, Mannheimer sut éviter les exagérations des autres novateurs et faire accepter sans lutte les innovations liturgiques. Du reste, c'était un esprit d'une rare élévation, sachant concilier un profond respect du judaïsme avec des connaissances profanes très étendues. Il réunissait en lui, dans une harmonie parfaite, les qualités les plus variées, l'enthousiasme et la prudence, un jugement sain et des aspirations vers l'idéal et la poésie, une éloquence entraînante et une grande activité, une indulgente mansuétude et une causticité mordante. Aussi réussit-il à créer à Vienne, avec les éléments

les plus disparates, une Communauté supérieurement organisée.

A cette époque, les Juifs n'avaient pas le droit de s'établir à Vienne ; ils y étaient seulement tolérés. On trouvait alors dans cette ville quelques familles riches, qui y étaient tolérées sous les prétextes les plus étranges. Venues de pays divers, sans lien entre elles, elles n'étaient pas groupées en communauté, n'ayant le droit ni de posséder une synagogue, ni de nommer un rabbin. Malgré les mesures restrictives auxquelles ils étaient soumis, quelques audacieux conçurent le projet d'organiser des offices religieux sur le modèle de ceux du temple réformé de Hambourg. Tantôt le gouvernement les y encouragea, tantôt il les en détourna. En môme temps qu'ils essayaient d'obtenir l'autorisation de construire un temple, ils appelaient Mannheimer a Vienne comme prédicateur de ce temple (juin 1825).

Arrivé à Vienne pour y exercer ses fonctions, Mannheimer, 0ont tous les efforts tendaient à ne pas froisser les orthodoxes par de vaines fanfaronnades et à ne pas provoquer de scission dans le judaïsme, n'apporta à la célébration des ofGces que des améliorations sages et prudentes, qui furent favorablement accueillies. H donna plus de dignité au culte synagogal, s'efforça d'attirer les fldèles au temple par sa prédication, mais conserva les prières hébraïques et n'adopta ni l'orgue, ni les chants allemands. Mieux encore que Bernays, il sut concilier la tradition avec le progrès.

Comme si le temple de Vienne, inauguré en avril 1826, était prédestiné à réaliser cette conciliation entre le passé et l'avenir, il eut la bonne fortune de posséder, à côté de son prédicateur, un ministre officiant qui, lui aussi, réussit à moderniser en quelque sorte les mélodies sacrées tout en leur conservant leur cachet spécial. C'était un remarquable artiste, possédant une voix merveilleuse et récitant les prières liturgiques d'une façon particulièrement émouvante.

Subjugués par la parole chaleureuse de Mannheimer et les chants expressifs des chœurs, les Juifs de Vienne s'habituèrent peu à peu, dans la synagogue, à une tenue plus convenable, plus digne du lieu saint. Le recueillement qui régnait dans ce temple impressionnait fortement les étrangers qui venaient assister aux

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