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SOCIÉTÉ POUR LA SCIENCE JUIVE

ofiices, et bientôt Texemple de Vienne fut suivi dans les autres communautés autrichiennes, en Hongrie, en Bohême et jusque dans certaines villes de la Galicie. La réputation de Mannheimer ainsi que celle de Bernays 8*étendirent au loin, et dans bien des communautés importantes on réclamait des rabbins vraiment instruits et un culte synagogal « bien réglé v.

C'est à cette époque que trois jeunes gens juifs, animés des plus nobles sentiments et désireux d*aider au relèvement de leurs coreligionnaires, associèrent leurs efforts (27 novembre 1819) pour créer une a Société pour la civilisation et la science des Juirs ». Ce triumvirat se composait de Lcopold Zunz (né à Detmold en 1794 et mort à Berlin en 1886), Edouard Gans (mort en 1839), le porte-drapeau de la philosophie hégélienne, et enfin Moïse Moscr, le plus intime ami de Heine, qui l'appelait a Tédition de luxe d*un véritable homme, Tépilogue de Nathan le Sage ».

Aux fondateurs de la Société se joignirent bientôt d'autres membres, même d'anciens disciples de Mendelssohn, comme Ben David et David Friedlaender. Jacobson aussi donna son adhésion. A Berlin, cette Société comptait environ cinquante membres, et près de vingt à Hambourg. Plus tard, Henri Heine y adhôra également.

A Torigine, la Société avait surtout imposé a ses membres le devoir de rester fidèles au judaïsme, de résister avec énergie aux séductions de TÉglise et de donner ainsi aux jeunes générations un exemple de dignité et de fermeté de caractère. L'application de ce programme aurait certainement produit de très heureux résultats, car les membres de la Société étaient tous cultivés et avaient un certain prestige aux yeux des autres Juifs. Leur attachement inébranlable à la foi de leurs pères aurait donc été d'un excellent effet. Mais ils dévièrent de leur programme primitif, s'imposèrent une tache trop étendue, se trompèrent sur les moyens à employer et, par-dessus tout, donnèrent comme base à leur œuvre une hypothèse absolument fausse. Ils croyaient, en effet, qu'en cultivant les arts et les sciences, en abandonnant le commerce pour se livrer à Pagriculture et à Texercice des professions manuelles, les Juifs seraient traités avec plus de justice et do bienveillance par les Chrétiens et considérés réellement comme les égaux des autres

Allemands. Hs se proposèrent donc de fonder, pour les Juifs, des écoles, des séminaires et même des académies, de les diriger vers les métiers el les travaux agricoles. Ces immenses projets se réduisirent à la fondation d'une école privée, où des membres de la Société instruisaient de pauvres jeunes gens, venus du dehors, notamment de la Pologne, pour échapper à Tennui de rétude du Talmud et acquérir la « sagesse ».

Lorsque la Société se fut convaincue de Timpossibilité de réaliser son plan si vaste, elle résolut de poursuivre une entreprise plus modeste, celle d*encourager les recherches scientifiques relatives au judaïsme. Ses membres organisèrent des conférences entre eux et créèrent un «Journal pour la science du judaïsme ». Mais au fond. Ils ne savaient pas bien ce qu'ils devaient entendre par la a science du judaïsme » et hésitaient sur la voie où ils s'engageraient. C'est qu'ils étaient alors tous inféodés au système de Hégel, dont ils considéraient la moindre parole comme un oracle. Ils répétaient, après lui, en termes bizarres, que « le judaïsme est la religion de la raison qui ne se préoccupe plus de la raison, et que le christianisme a absorbé toute l'histoire du passé pour la rajeunir et Tennoblir». Leur chef, Edouard Gans, s'exprimait d'une façon si vague et parfois si baroque qu'on reconnaissait facilement que ses idées sur le rèle de la Société qu'il dirigeait manquaient de clarté et de précision.

On retrouvait la même obscurité, le même vague dans les articles publics dans l'organe de la Société. C'était un fatras indigeste qui ne pouvait être compris que de quelques très rares lecteurs. Heine déclara ouvertement que a la plus grande partie du journal ne valait rien, parce que c'était écrit danà un abominable jargon ». Et c'est par de tels travaux que la Société voulait glorifier les Juifs et le judaïsme ! Dans un compte rendu, Gans se plaignait que lui et ses collaborateurs ne fussent pas compris : « J'admets, dit-il, que la foule n'ait pas saisi la pensée qui dirige la Société, précisément parce que c'est une pensée et qu'elle ne comprend que ce qui est superficiel. Mais ceux qui se nomment les intelligents, les gens supérieurs, ont-ils donné de meilleures preuves de leur intelligence? »

Au lieu de s'en prendre à eux-mêmes de leur échec, à leurs

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