‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 163 sur 203 · MICHEL SACHS · texte numérisé non relu

MICHEL SACHS

Sachs (dc à Glogau en 1808 et mort à Berlin en 1864) formait un contraste complet avec Holdheim. Tout, chez ces deux hommes, était différent, la manière d*agir et la manière dc penser, les sentiments et le caractère, Téducation et Tinstruction, môme les habitudes et les manies. Holdheim, avec son talent de dialecticien et son esprit subtil, était un produit des écoles talmudiques polonaises, tandis que Sachs rappelait ces savants juifs d*Espagne qui se distinguaient par leur goût pur, leur langage élégant et retendue de leurs connaissances générales. Doué des qualités les plus généreuses, familiarisé à la fois avec la littérature hébraïque et la littérature grecque, Sachs sentait et agissait noblement. Sa conduite répondait toujours à ses pensées et à ses sentiments. Aussi se montrait-il d'une implacable sévérité et d*une ironie mordante envers les trompeurs, les hypocrites, ceux qui essayaient de dissimuler leur ambition et leur vanité sous des phrases creuses et des mots sonores.

Sachs aimait le judaïsme d'un amour passionné, parce que cette religion a proclamé un Dieu Un qui dirige la marche de rhumanité et qu'elle enseigne une morale pure et généreuse. Il ne se dissimulait pas que bien des plantes parasites s'étaient attachées, dans le courant des siècles, au tronc du judaïsme et en gâtaient la beauté, mais il était convaincu que le temps, qui les avait fait pousser, suffirait pour les faire de nouveau disparaître. Les arracher de force lui paraissait une entreprise dangereuse, parce qu'en enlevant les parties avariées, on risquait, selon lui, de détruire en même temps des parties saines. De là son opposition à toute réforme. Il craignait que l'abolition, même justiflée, de certains usages ne fût nuisible à la religion elle-même.

De caractère indécis, timide, un peu hautain, Sachs, avec ses grandes qualités et ses défauts^ était surtout fait pour la chaire. Son éloquence naturelle, l'ardeur de ses convictions, l'élévation de ses sentiments, le charme qui se dégageait de sa personne, son organe agréable, l'élégance de sa parole, tout contribuait à faire de lui un des premiers prédicateurs juifs de son temps. Seul Mannheimer, de Vienne, pouvait lui être comparé. A Prague, oit il occupait les fonctions de rabbin, sa parole chaleureuse et

convaincue exerçait une véritable séduction sur ses auditeurs juifs et chrétiens. Ceux mêmes qui ne partageaient pas ses opinions ne pouvaient s'empêcher de festimer et de l'admirer. De Prague il fut appelé à Berlin, où il ne tarda pas à attaquer vigoureusement le parti de la réforme. Indifférent, comme il disait, aux insultes comme aux coups, il fustigeait en chaire « réglise judéo-allemande » de son ironie cinglante, accusant Holdheim et ses partisans d'avoir falsiflé le judaïsme et de Tavoir si bien rogné de toutes parts qu'il n'en restait presque plus rien. Comme à Prague, ses sermons attiraient dans son temple des auditeurs nombreux, qui devenaient ensuite des auxiliaires actifs dans sa campagne contre le parti des réformés. Aussi la synagogue de Holdheim était-elle de plus en plus désertée.

Si Sachs mérita bien de la religion, il rendit également des services à la science juive. Non pas qu'il enrichit la science par de nouvelles découvertes ou qu'il répandit quelque lumière sur des faits inconnus, mais en exposant dans un style facile et élégant les résultats des recherches des autres savants, il les Qt connaître dans les milieux chrétiens, où ils étaient totalement ignorés. C'est ainsi que dans son livre inlitulé « Poésie religieuse des Juifs d'Espagne », il composa un tableau d'ensemble avec les travaux fragmentaires publiés sur la belle époque hispanojuive, qui avait été étudiée avec un si vif intérêt par les savants de ce temps. Cet ouvrage, qui embrasse une période plus longue que ne le fait supposer le titre, décrit toute la série des productions de l'esprit juif depuis la destruction de Jérusalem par les Romains jusqu'au moment où la poésie néo-hébraïque brilla d'un ai radieux éclat en Espagne. Ce fut par Sachs que les milieux cultivés connurent la richesse et la valeur de la littérature juive du moyen âge. Heine en fut tout émerveillé et utilisa Touvrage de Sachs pour quelques-unes de ses plus brillantes descriptions.

Mais, malgré les recherches si intéressantes faites depuis quelque temps dans le domaine de la science juive, malgré les résultats considérables obtenus par les savants, le judaïsme restait une énigme indéchifTrable tant qu'on ne connaissait pas d'une façon précise les fondements sur lesquels il s'appuie, « le

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