‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 164 sur 203 · HENRI EWALD · texte numérisé non relu

HENRI EWALD

rocher dans lequel il a été taillé ». Pour bien comprendre et apprécier Tesprlt de cette religion, il fallait avoir pénétré le sens exact des livres saints qui lui servent de base. Après avoir été, en quelque sorte, déifiée par les deux ou trois religions qui sont fondées sur elle, après avoir été vénérée comme un livre qui contient absolument tout, la Bible était tombée en discrédit au xvm* siècle. Par haine pour les Juifô, Técole de Schleiermacher avait complètement négligé l'Ancien Testament, le séparant du Nouveau et lui déniant presque toute importance et toute autorité. L*école rationaliste s'était bien occupée de la Bible, mais dans le but d'en diminuer la valeur. Les protestants croyants, tels que Tholuck, Hengstenberg et d'autres coryphées de cette religion, n'y avaient cherché que des témoignages en faveur du christianisme. Parmi les Juifs, seuls trois savants, Krochmal, Luzzatto et Michel Sachs, s'étaient sérieusement consacrés à l'étude de l'Écriture Sainte, mais n*y avaient procédé qu'avec beaucoup de timidité. C'est un chrétien qui eut le mérite de faire mieux comprendre le langage des Prophètes et des Psaumes et de présenter sous leur vrai jour les premières époques de Thistoire du peuple juif. Par ses ouvrages « Les Prophètes de l'ancienne Alliance » et « Histoire du peuple d'Israël » (1843-1847), Henri Ewald éclaira tout un côté de l'esprit et de l'histoire des Hébreux qui, jusque-là, était resté dans l'ombre. H développa, en effet, cette pensée fondamentale que les descendants d* Abraham furent réellement un a peuple de Dieu», chargé d'enseigner aux autres hommes de hautes vérités morales. Ces vérités, ajoutait-il, sont exposées dans les livres saints des Juifs et démontrées par leur histoire.

Par une aberration singulière, Ewald, qui glorifiait les anciens Hébreux et la mission élevée que la Providence leur avait confiée, se montrait plein de dédain pour leurs descendants et demandait qu'ils fussent soumis à une législation restrictive. Par contre, un homme d*État célèbre, qui fut en même temps un excellent romancier. Benjamin dlsraéli ou Disraeli, manifestait pour eux, à cause de leur illustre origine, une estime toute particulière. Disraeli, devenu plus tard lord Beaconsfield, eut un père juif qui, pour une raison personnelle, se fit chrétien avec sa famille.

Mais Disraeli De cachait pas qu*il était fler de descendre de Juifs, et, dans deux romans (1), ii en explique les motifs. En effet, ua des personnages de ces romans, Sidoine, originaire d^une famille de Marranes, se considère inégal, par sa naissance, des membres de la plus haute noblesse, parce qu'aucune famille ne peut se vanter d'être aussi ancienne que la nation dont il descend, et ii déclare que la race juive a conservé sa valeur et son importance, parce qu'elle a conservé sa pureté et n'a jamais voulu s'allier à d'autres races. Sidoine fait aussi ressortir que les Juifs ont survécu aux plus puissants empires de l'antiquité et résisté, jusqu'aux temps actuels, à toutes les souffrances et à toutes les persécutions, et il en conclut qu'ils sont appelés à continuer de jouer leur r6Ie dans l'humanité. Dans le deuxième roman, Disraeli fait dire à une jeune fllle juive que ceux qui croient qu'il y a eu une Révélatioa divine sont d'accord pour admettre que les Israélites seuls ont été jugés dignes de cette Révélation, que si des messagers célestes sont descendus sur la terre pour consoler et instruire, ils ne sont apparus qu'en Palestine, et que si un Sauveur est venu pour rhumanité avec des apôtres chargés de propager la bonne nouvelle, on est unanime à admettre qu'ils furent d'origine juive. Or, il est impossible qu'après avoir joué un rôle si considérable dans le passé, Israël ne continue pas à exercer son influence salutaire sur la marche des événements futurs.

Lorsque Disraeli, par l'organe des personnages de ses romans, célébrait ainsi les mérites des Juifs et prévoyait pour eux un avenir plein de promesses, ceux-ci étaient encore entravés dans leur activité, dans bien des pays, par toute sorte de mesures restrictives. Brusquement, un événement survint qui apporta de nouvelles améliorations à leur situation. La Révolution qui éclata à Paris en février 1848 eut son contre-coup à Vienne, à Berlin et dans d'autres villes. Un souffle de liberté passa sur tous les pays d'Europe et fit disparaître bien des institutions surannées. Dans les réunions populaires, dans les Parlements, on réclamait, entre autres réformes, la complète émancipation des Juifs. On voulait que pour eux aussi la devise « liberté, égalité, fraternité » devint

1. Ces deux romans sont intitulés : Coningsbij or ihe new génération (1844), et Tancred or ihe new crusade (1847).

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