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LES PAPES PÏE IV ET PIE V

une bulle (27 février 1562) qui améliora leur situation tout en les laissant encore soumis à de nombreuses restrictions. Cette bulle ne les obligeait plus à porter la barrette jaune qu'à Rome même, leur permettait d'acquérir des immeubles dont la valeur n'excédait pas 1,500 ducats, ne les astreignait plus uniquement au commerce des vieux habits, les autorisait à entretenir des relations avec des chrétiens, mais leur défendait d'avoir des domestiques chrétiens. En même temps, ce qui était particulièrement important pour les Juifs des États pontiflcaux, ils ne pouvaient plus être condamnés pour avoir enfreint les prescriptions si rigoureuses de Paul IV ou omis de présenter aux autorités leurs exemplaires du Talmud.

Encouragés par les dispositions bienveillantes de Pie IV, les Juifs d'Italie lui demandèrent de lever Tinterdiction pesant isur les ouvrages rabbiniques. Mais il fallait, avant tout, le consentement du concile de Trente. Ils y déléguèrent donc deux représentants (octobre 1563). Après discussion, le concile déclara s*en rapporter au pape. Celui-ci promulgua alors une bulle où il maintint la condamnation prononcée contre le Talmud, mais en autorisa pourtant la publication à condition que le titre et les passages incriminés fussent supprimés (24 mars 1564). C'est sans doute pour ménager certaines susceptibilités que Pie IV ne voulait pas laisser paraître le Talmud sous son vrai titre. Quelques années plus tard, cet ouvrage fut, en effet, imprimé à Bâle.

A Pie IV succéda un pape, Pie V (1566-1572), qui reprit les traditions de farouche intolérance et d'étroit fanatisme des Caraffa. Il confondit dans une haine commune les Juifs, les protestants d'Allemagne, les calvinistes de Suisse et les huguenots de France. Trois mois à peine après son élection (19 avril 1566), il remit en vigueur toutes les lois restrictives édictées par Paul IV contre les Juifs des États pontiflcaux, mais en étendit l'application aux Juifs de tous les pays catholiques. Aussi Joseph Haccohen dut-il mentionner, dans sa vieillesse, de nouvelles persécutions et recueillir de nouvelles larmes dans sa a Vallée des Pleurs ». Pie V commença par faire incarcérer un grand nombre, de Juifs de ses États, sous prétexte qu'ils avaient transgressé les lois canoniques. Il se montra particulièrement rigoureux V. 7

envers la commuDauté de Bologne, dont quelques membres possédaient de grandes richesses. Pour les en dépouiller par des procédés d'apparence légale, on les fit comparaître devant le tribunal de l'Inquisition, où on leur posa un certain nombre de ques* lions captieuses sur le christianisme : Les Juirs considèrent-ils les catholiques comme des idolâtres? Appliquent-ils aux chrétiens et à la papauté les malédictions contenues dans le Rituel contre les « minéens » et le « royaume de la perversité »? Le récit du « bâtard, fils d*une réprouvée, » fait-il allusion à Jésus? Interrogés sur ces divers chefs d'accusation qui avaient été réunis par un apostat juif, Âlessandro, quelques-uns des inculpés n'eurent pas la force de résister à la torture et avouèrent tout ce qu'on leur demandait. Mais le rabbin de Bologne, Ismaël Hanina, déclara au milieu des tortures que, dans le cas où la douleur le ferait défaillir et lui arracherait des aveux, ces aveux devaient être considérés comme mensongers.

Pour pouvoir mettre plus sûrement la main sur les richesses convoitées, la curie défendit aux Juifs les plus fortunés et les plus estimés de quitter Bologne. Mais ceux-ci réussirent à corrompre un gardien, et une grande partie de la communauté de Bologne parvint à se réfugier à Ferrare. Irrité de cette fuite. Pie V annonça au collège des cardinaux son intention d'expulser tous les Juifs de ses États. Plusieurs princes de l'Église firent valoir en vain devant le pape que, jusqu'alors, le Saint-Siège avait toujours cherché à protéger les Juifs contre les expulsions et les violences, en vain la ville d'Âncône supplia-t-elle Pie V de ne pas détruire de ses propres mains la prospérité commerciale de son pays. Le 26 février 1569, il promulgua une bulle qui obligeait tous les Juifs des États pontificaux, à l'exception de ceux de Rome et d'Ancône, à émigrer dans un délai de trois mois; passé ce délai, ils seraient vendus comme esclaves ou condamnés à des peines encore plus sévères. Devant la perspective des souffrances qui les attendaient, quelques Juifs acceptèrent le baptême. Mais, presque tous se résignèrent à émigrer. Comme on ne leur avait laissé qu'un temps très court pour réaliser leurs biens, les exilés partirent ruines. Le chroniqueur Guedalya ibn Yahya perdit à lui seul 10,000 ducats de créances à Ravenne. Ne sachant où se diriger

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