‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 34 sur 203 · LES JUIFS DE PRAGUE. 9S · texte numérisé non relu

LES JUIFS DE PRAGUE. 9S

ils précipitèrent des femmes et des enfants juifs dans les flammes et pillèrent les biens des sinistrés.

Bientôt, une catastrophe plus générale menaça les Juifs de Prague. L'empereur Ferdinand P% si humain à regard des catholiques et des protestants, se montrait implacablement hostile aux Juifs. Le premier il imposa aux Juifs d'Autriche la « déclaration » [Zettelmeldung ou Judenzettel). Tout Juif autrichien qui se rendait à Vienne pour affaires était obligé de se présenter, dès son arrivée, dans les bureaux du gouverneur et de déclarer pour quelles affaires et pour combien de temps il était venu dans cette ville. Après avoir encore pris d*autres mesures restrictives contre les Juifs, Ferdinand P' décréta leur expulsion de la Basse-Autriche et de Gœrz, leur fixant la Saint-Jean comme dernière limite de leur séjour. On leur accorda pourtant des délais pendant deux ans, mais, à la fin, ils durent se résigner à prendre le chemin de Texil.

Les Juifs de Prague ne tardèrent pas a subir le même sort. Cette communauté ne jouissait pas alors d*une grande estime auprès des autres Juifs; on lui reprochait de manquer de dignité et de scrupules, et de se laisser aller volontiers aux querelles et à la violence. La nomination des rabbins et des administrateurs donnait lieu, chaque fois, à des débats si irritants que Tempereur décida de la confier aux rabbins les plus considérés de TAllemagne et de l*Italie. Quand, après un exil de vingt ans, les Juifs purent revenir à Prague, il n'y eut presque que la lie qui profita de cette autorisation. Celte catégorie de Juifs produisit naturellement une impression très défavorable sur la population chrétienne, dont les préjugés contre les Juifs en général devinrent encore plus accentués. Les chrétiens de cette classe ne valaient pourtant pas mieux. Mais, de tout temps, la société chrétienne a jugé ses propres membres avec une indulgence excessive, tandis qu'elle a exigé des Juifs, même de la plus basse classe, la pratique de toutes les vertus. Cependant, lorsque Ferdinand I*'' proposa de chasser de nouveau les Juifs de Prague, sa proposition rencontra une certaine résistance, surtout de la part des archiducs da pays. Leur expulsion eut lieu quand même (1561). Mais après leur départ, la noblesse commença des démarches, comme après Içur

première expulsion, pour les faire rappeler. L'empereur Ferdinand opposa un refus absolu à ces sollicitations, sous prétexte qu*il avait juré d'interdire aux Juifs le séjour de Prague et qu'il ne pouvait pas violer son serment. Un généreux Juif de Prague, Mardokhaï Cémab ben Guerschon, décida alors de se rendre à Rome pour demander au pape Pie IV, successeur de Paul IV, de délier Tempereur de ce serment.

Mardokhaï Cémah était de la célèbre famille Soncin, dont plusieurs membres dirigeaient avec succès des imprimeries dans diverses villes de la Lombardie, à Constantinople et à Prague. Quoique la communauté de Prague Teût gravement offensé et que sa fille mariée eût été accusée injustement d'adultère par de faux témoins et condamnée par le tribunal juif, il s'imposa quand même les plus lourds sacrifices dans Tintérêt de ses coreligionnaires. Son voyage à Rome fut couronné de succès. Pie IV délia Ferdinand de son serment. Du reste, le fils de Tempereur, Maximilien, devenu plus tard empereur lui-môme, intervint aussi en faveur des Juifs de Prague. Ceux-ci furent de nouveau autorisés à s'établir à Prague et dans quelques villes de Bohème, ainsi qu'en Autriche.

On pouvait espérer, à celte époque, que la tolérance l'emporterait sur le fanatisme, car, à la mort de Paul IV (août 1559), la population romaine avait manifesté violemment ses sentiments coptre la mémoire de ce pape et son système d'oppression religieuse. A la nouvelle de la mort du Pontife, le peuple s'était réuni au Capitole, comme du temps de la République romaine, et répandu ensuite à travers la ville, brûlant les. bâtiments de l'Inquisition, maltraitant les dominicains, arrachant les armes pontificales et détruisant la statue de Paul IV. Au rire des assistants, quelqu'un s'était avisé de placer sur la tète de cette statue la barette jaune que Paul IV avait imposée aux Juifs. Malheureusement, si les papes passaient, le système restait; l'Église et son chef suprême étaient soumis pour longtemps encore aux violents et aux fanatiques. .' Pie IV ne ressemblait pourtant nullement à son prédécesseur. Lorsque, après son élection, des délégués des Juifs romains vinrent hii présenter une adresse de félicitations et lui exprimer leurs doléances au sujet des souffrances infligées aux Juifs, il leur promit sa. protection. En effet, il promulga en faveur des Juifs de ses États

Page 1