LES JUIFS EN TURQUIE BT DON JOSEPH DE NAXOS
Par une rencontre heureuse de circonstances, les Juifs, persécutés dans presque toute TEurope, trouvaient en Turquie un refuge sûr et une complète sécurité. Dans ce pays vivait alors un Juif qui, dans les contrées chrétiennes, aurait peut-être été brûlé et qui, sous la domination du Croissant, arriva à une haute position, fut élevé au rang de duc et eut de nombreux chrétiens sous ses ordres. Avec lui des milliers de Juifs acquirent une situation libre et indépendante, que leurs coreligionnaires des autres États européens leur enviaient. Ce Juif était Joseph Nassi ou Juan Miquès, Marrane transfuge du Portugal.
Joseph Nassi, comme on Ta vu plus haut, s'était rendu à Constantinople, muni de lettres de recommandation d'hommes d'État français pour des dignitaires turcs. Mais il n'avait pas tardé à se recommander lui-même par son extérieur sympathique, sa flnesse d'esprit, son intelligence et sa connaissance de la situation des pays européens. Le sultan Soliman le prit en faveur. Comme il
songeait à déclarer un jour ou Tautre la guerre à l'Espagne, où les musulmans avaient eu tant à souffrir pour leur foi et où ils étaient encore maltraités sur la rive africaine, il s'adressait souvent à Joseph pour avoir des données certaines sur la situation
politique et militaire de ce pays. Aussi Joseph devint-il rapidement, comme a bey franc », un des personnages les plus considérables de Ck)nstantinopIe.
Bientôt, par un de ces hasards qui élèvent et abaissent brusquement les dignitaires dans un pays comme la Turquie, Joseph Nassi vit encore grandir son influence. La discorde régnait entre les flls de Soliman.. Le père manifestait sa préférence pour le plus jeune, à cause de son goût pour les choses militaires. Aussi les courtisans se tenaient-ils éloignés de Fainé, Sélim. Joseph Nassi, au contraire, défendit auprès du sultan la cause du prince délaissé. Lorsque Soliman, pour témoigner qu'il rendait toute son affection à Sélim, voulut lui offrir de riches présents, il désigna Joseph Nassi pour aller les lui remettre en Asie Mineure. Heureux de rentrer en grâce auprès de son père, Sélim en manifesta sa reconnaissance au messager de cette bonne nouvelle. Il fit de lui son confldent (moutafarrik) et l'attacha à sa personne.
Préoccupés de l'influence croissante du favori juif auprès de la Porte, les ambassadeurs des États chrétiens cherchèrent à ruiner son crédit. Ce furent surtout les représentants de la France et de la république de Venise qui s'acharnèrent à sa perte, parce qu'il avait dénoncé leurs intrigues et qu'il en voulait personnellement à leurs pays. On se rappelle, eu effet, que sa belle-mère avait été emprisonnée à Venise et dépouillée d'une grande partie de sa fortune, et que le gouvernement français devait une somme considérable (150,000 ducats) à la maison Mendès-Nassi. Henri II ainsi que son successeur avaient refusé de payer cette dette sous le prétexte assez singulier que la loi et la religion s'opposaient a ce qu'un roi de France s'acquittât envers un créancier juif, parce qu'il n*étail pas permis aux Juifs de s'occuper d'affaires en France et que tous leurs biens appartenaient au souverain. Soliman pas plus que Sélim n'adhérèrent à celle manière devoir et exigèrent, avec des paroles menaçantes, que satisfaction fut donnée à Joseph Kassi.