‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 41 sur 203 · INFLUENCE FUNESTE DE LOURIA · texte numérisé non relu

INFLUENCE FUNESTE DE LOURIA

Joseph, précurseur du Messie issu de la race de David. Pourtant il D*afflrinait encore ce fait à ses disciples que mystérieusement, mais il était convaincu que Tépoque messianique avait commencé avec la seconde moitié du deuxième millénaire à partir de la destruction du temple de Jérusalem (1568).

C*est à ce moment qu^il fut brusquement enlevé par la mort, à rage de trente-huit ans. Sa disparition subite ajouta à sa célébrité. Ses disciples le surnommèrent « le saint et diviii », affirmant que s*il avait encore pu vivre cinq ans, il aurait rendu les hommes assez bons pour mériter d'assister à Tavénement du Messie.

Après la mort de Louria, Vital de Calabre passa au premier plan. Pour s'imposer comme chef à ses condisciples, il déclara que, sentant sa fin s'approcher, Louria Tavait proclamé son successeur. 11 affirma aussi qu'il était le Messie de la lignée de Joseph. Mais tous n'acceptèrent pas son autorité. 11 y en eut qui s'en tinrent à l'enseignement qu'ils avaient reçu de Louria et le répandirent en divers pays. Ainsi, Israël Sarouk alla propager les idées de Louria en Italie et à Amsterdam.

Ces idées firent au judaïsme un tort incalculable, elles exercèrent la plus déplorable action sur la vie religieuse des Juifs, qui, aujourd'hui encore, n'a pas complètement échappé à leur influence. Grâce à Louria, le Zohar et la Cabbale acquirent une autorité égale et souvent même supérieure à celle de la Bible et du Talmud, la plus insignifiante des pratiques prit une importance considérable, et la religion juive, telle qu'elle fut observée par les partisans de ce mystique, présenta un caractère de petitesse et d'étroite mesquinerie. Les usages {Minhaguim) prescrits par Louria prêtent à rire, mais provoquent en même temps les plus tristes réflexions, car on est profondément affligé de voir que les choses les plus saintes et les plus élevées aient pu être ainsi abaissées et rendues ridicules.

Dans le système de Louria, le sabbat occupe le rang principal. Pour ses disciples, tout avait une importance considérable en ce jour, les prières, les repas, le moindre geste. Ils exaltaient la journée du Sabbat comme « la fiancée mystique » et célébraient son arrivée par des cantiques. Louria établit aussi un deuxième

jour d*expiation. Autrefois, le septième jour de la fête des Tentes (le Hoschana rabba) était un jour de réjouissance. Joseph Karo lui-même n'osa pas, dans son code religieux, donner un sens mystique a celte journée. Ce fut sous Tinfluence de l'enseignement cabbalistique de Louria que ce jour devint comme une répétition de la fêle de TExpiation, qu'on institua Tusage de passer la nuit précédente à réciter des cantiques et des prières, qu'on accorda une valeur mystique à chaque feuille des branches de saule dont on se sert en ce jour et aux sept tours qu'on fait autour de Tarche sainte. Au point de Vue moral aussi, l'action de Louria fut des plus funestes. Ce cabbaliste avait, en quelque sorte, établi en principe que les deux époux étaient prédestinés l'un à l'autre et que, par conséquent, leurs âmes avaient été créées pour vivre ensemble en parfaite harmonie. La conséquence de cette théorie fut que les cabbalistes, alors fort nombreux, répudiaient leurs femmes à la moindre difQculté, sous prétexte qu'il y avait eu erreur et qu*en réalité ils n'étaient nullement destinés à s'unir à la femme quMls avaient épousée. Il arrivait fréquemment que des cabbalistes abandonnaient femme et enfants dans un pays occidental pour se rendre en Orient, où ils contractaient une ou plusieurs nouvelles unions, sans que les enfants issus de ces divers mariages eussent le moindre soupçon de leur parenté.

Cet état de choses si affligeant se développa-t-il peut-être parmi les Juifs d'Orient par suite de la sécurité que leur assurait la puissante protection du duc de Naxos? Ce qui est certain, c'est qu'il ne s'améliora pas, même quand cette protection vint a leur manquer. L'influence de Joseph de Naxos à la cour ottomane disparut, en efTet, à la mort du sultan Sélim (1574). Le duc juif fut bien maintenu par Mourad 111 (1574-1595) dans ses dignités et ses emplois, mais il n'eut plus aucune action sur le Divan. 11 ne survécut pas longtemps à sa disgrâce partielle; il mourut le 2 août 1579.

Sur les conseils du grand-vizir Mohammed Sokolli, Mourad mit la main sur la fortune de Joseph de Naxos, sous prétexte de garantir le payement de ses dettes; il ne laissa à la veuve, Reyna Nassi, que la somme de 90.000 ducats, montant de sa dot. Reyna ne possédait ni les brillantes qualités de sa mère, Dona Gracia, ni la haute intelligence de son mari, mais elle était

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animée des intentions les plus généreuses. Dans la pensée d'encourager la science Juive, elle fonda une imprimerie hébraïque dans son palais. Mais elle en confia la direction à un homme sans goût et sans jugement, Joseph Askaloni, qui édita (1579-1598) des ouvrages dénués de toute valeur.

La mort de Joseph de Naxos mît en vue son ancien rival, Salomon Aschkenazir qui avait négocié la paix entre la Turquie et la république de Venise. Aschkenazi ne réussit pourtant • pas à briller au premier rang, comme le duc de Naxos; il était estimé et apprécié comme habile diplomate, mais resta toujours un peu dans l'ombre, il dirigea avec succès les négociations tendant à élaUir la paix ou, du moins, à détendre les rapports entre la Turquie et l'Espagne. Il s'appliqua aussi à maintenir des relations MrâUles entre son pays et Venise. Le doge Pen récompensa en attardant une pension à ses fils établis à Venise.

Sous les règnes de Hourad III, Mohammed IV et Achmet P% plusieurs femmes juives, douées d'une grande intelligence et versées un peu dans Ttrt de la médecine, jouirent aussi d une influence sérieuse par Tiatermédiaire des femmes du halrèm. L'une d'elles, Esther Kiere, veuve d'un certain Elia Hendali, exerçait une grande autorité sur la sultane Raiïa, favorite de .Uourad, qui eut une grande pari dans la direction des affaires de rÉtat du vivant de son mari et sous le règne de son fils Mohammed. Tous les ambitieux, tous ceux qui voulaient obtenir de la Porte des emplois et des dignités sollicitaient l'appui d'Esther. Devenue très riche, Esther Kiera distribuait d'abondants secours parmi les Juifs indigents et protégeait les savants; elle fit publier à ses frais l'ouvrage historique de Zacutto. Comme elle faisait nommer et révoquer les chefs des spahis, elle fut tuée un jour avec ses fils par cette cohorte.

La veuve de Salomon Asckenazi fut également très influente du temps d'Achmet I*^ Elle avait été assez heureuse pour guérir le jeune sultan, peu après son avènement au trône, de la petite vérole, contre laquelle les médecins turcs n'avaient pas trouvé de remède. Par reconnaissance, le sultan recommanda son fils à Grimani, doge de Venise, qui lui fil le plus cordial accueil et le combla d'honneurs. »'

Celte situation brillante des Juifs de Turquie ne dura pas longtemps. Elle s*assombrit rapidement et devint même menaçante. Dès qu'ils n^eurent plus de protecteurs auprès du sultan, ils Turent pressurés, pillés, maltraités dans les provinces par les pachas, et leur sécurité devint de plus en plus précaire. Ils purent eçpérer un instant qu'ils trouveraient dans un autre pays la tranquillité et la liberté que leur refusait dorénavant la Turquie. Ce pays était la Pologne.

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