‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 44 sur 203 · LE SYSTÈME D'ENSEIGNEMENT EN POLOGNE · texte numérisé non relu

LE SYSTÈME D'ENSEIGNEMENT EN POLOGNE

tait à perte de vue et oii 1 on faisait assaut de flnesse et de subtilité. Chacun pouvait prendre part à ce tournoi, dont les vainqueurs, c'est-à-dire les esprits les plus déliés et les plus subiil<>, obtenaient parfois comme récompense une épouse bien dotée. Car certains parents riches tenaient à honneur d'avoir pour gendres de savants talroudistes. Cette application passionnée aux études talmudiques imprima même un caractère particulièrement disgracieux aux allures et aux mouvements des Juifs polonais, qui prirent Tbabitude de s*agiter et de gesticuler dans une simple conversation comme s*ils soutenaient une discussion talmudique. La langue populaire juive s'enrichit d'expressions, de tours de phrase et de citations talmudiques qui devinrent familiers même aux femmes et aux enfants.

Loin de jeter de l'éclat sur le judaïsme, ces études lui furent plutôt nuisibles. On ne s'appliquait pas, en eiïet, à mieux saisir le sens du texte ou à l'exposer avec une plus grande clarté, mais à faire des remarques piquantes, spirituelles et inattendues. De ces milliers de talmudistes rassemblés aux foires, chacun voulait briller par l'imprévu de ses objections et la singularité de ses rapprochements et de ses conclusions. On ne recherchait, pas la vérité, mais la «nouveauté», le Hiddcmsch; on s'efforçait de couper des parties de cheveu en parties plus ténues encore (ffilloukim). Dans ces conditions, la rectitude d'esprit des Juifs polonais se faussa et la langue dont ils se servaient pour leurs discussions devint un jargon hybride, mélange d'allemand, de polonais et de mots talmudiques, qui n'était compris que des Juifs indigènes. Ce jargon, débité d'un ton chantant et accompagné de contorsions, rendait les Juifs ridicules et attirait sur eux les railleries de leurs concitoyens chrétiens ; de plus, devant l'envahissement des études talmudiques, la Bible fut reléguée au second plan et tomba presque dans l'oubli.

La situation matérielle des Juifs continua pourtant de rester bonne en Pologne; dans ce pays, ils formaient presque un État dans l'État. Plusieurs rois avaient successivement reconnu et étendu leurs privilèges. Après la mort du dernier roi jagellon, Sigismond-Auguste II (1572), quand la royauté fut devenue élective, l'influence des Juifs grandit encore. Chaque nouveau roi élu

avait, en effet, besoia d'argent ou de Tappui d'une partie de la noblesse, et, dans Tun comme dans l'autre cas, les Jui& lut étaient très utiles.

Après un interrègne de treize mois et une longue série de pourparlers et d'intrigues, Etienne Balhori, prince de Transylvanie, avait été élu roi de Pologne. Salomon Aschkenazi, qui, comme agent de la Turquie, avait déjà favorisé l'avènement de Henri d'Anjou au trône de Pologne, n'avait sans doute pas été étranger à l'élection de Bathori. Celui-ci se montra très bienveillant pour les Juifs pendant toute la durée de son règne (1575-1586). En 1576, il les autorisa à vaquer à leurs affaires sans restriction aucune, même pendant les fêtes chrétiennes, ordonna que le meurtre d'un Juif fût puni de mort comme celui d'un chrétien, et que les municipalités fussent déclarées responsables des dommages causés par les émeutes populaires dans les synagogues ou les cimetières juifs. Quiconque exciterait la foule contre les Juifs, comme cela se présentait particulièrement dans la ville demiallemande de Posen, serait condamné a une amende de dix mille marcs polonais, et pareille somme serait payée par la municipalité qui ne les aurait pas protégés efflcacement. Bathori intervint éncrgiquement quand les Juifs de Lithuanie furent accusés du meurtre d'un enfant chrétien, il exprima la conviction que les inculpés observaient très strictement la loi qui leur interdisait de commettre un homicide.

Son successeur, Sigismond ÏH, qui régna, de 1587 à 1632, traita les Juifs de Pologne avec plus de douceur qu'on ne pouvait en attendre d'un élève des Jésuites. Toul en laissant persécuter les dissidents, il protégea les Juifs. A la diète de Varsovie (1592), il confirma les privilèges qu'ils avaient obtenus de Casimir le Grand. Il édicla pourtant une mesure qui les rendit dépendants de l'Église : il décida qu'ils ne pourraient pas construire de nouvelles synagogues sans l'autorisation du clergé.

A celte époque, les rabbins de Pologne créèrent une institution qui ne s'était pas encore présentée sous cette forme dans le cours de Thistoire juive et qui maintint l'union entre les diverses communautés juives de ce pays. Il arrivait parfois que dans ces assemblées où les rabbins et les chefs de communauté se réunis-

Page 1