‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 54 sur 203 · ATTAQUES CONTRE LA COMMUNAUTÉ DE HAMBOURG · texte numérisé non relu

ATTAQUES CONTRE LA COMMUNAUTÉ DE HAMBOURG

violentes protestations. Au début de la guerre de Trente ans, Tempereur Ferdinand II reprocha avec véhémence au sénat de Hambourg (1627) d^avoir autorisé la construction d'une synagogue et interdit l'ouverture d'une église catholique. Les luthériens fanatiques aussi protestèrent vivement; ils étaient surtout hantés de cette crainte qu'après s'être montré tolérant envers les Juifs, le sénat ne fût obligé d'accorder la même liberté religieuse aux catholiques et aux calvinistes. Accusés d'avoir transgressé la législation qui les régissait, les Juifs alléguèrent qu'ils n'avaient pas organisé de synagogue, mais un lieu de réunion où ils lisaient le Pentateuque, les Psaumes, les Prophètes, et où ils priaient en même temps pour le salut de la ville et de ses chefs. Le sénat se contenta Âe cette explication, mais le clergé protestant continua de tonner contre les Juifs du haut de la chaire. Il demanda même qu'on nomm&t un rabbin chrétien pour prêcher le christianisme aux Juifs dans la synagogue ou dans tout autre local.

Malgré ces attaques, la communauté des Juifs portugais de Hambourg reçut sans cesse de nouvelles recrues et grandit en richesses et en influence. Un de leurs ennemis acharnés, Jean Miiller, dont les évidentes exagérations contiennent pourtant une grande part de vérité, dit d'eux : « Ils sortent couverts d'or et d'argent, de perles et de pierres précieuses. Aux repas de noce, ils mangent dans de la vaisselle d'argent; ils se promènent dans de magnifiques carrosses, précédés de cavaliers et accompagnés de nombreux domestiques. » ;La famille Texeira surtout se faisait remarquer par son luxe royal. Le fondateur de cette maison de banque, Diego Texeira de Mattos, était appelé à Hambourg, comme Joseph de Naxos à Constantinople, « le riche Juif ». Originaire du Portugal, il avait représenté quelque temps l'Espagne en Flandre. A l'âge de soixante-dix ans, il eut Je courage de se soumettre à l'opération de la circoncision pour revenir au judaïsme. Grâce à son immense fortune et à ses relations avec la noblesse et le haut commerce, il jouissait à Hambourg d'une très grande considération.

A côté de la communauté portugaise, se fonda aussi à Hambourg une petite communauté allemande, qui organisa un Heu de prières. Ce nouveau scandale irrita profondément les pasleurs V 10

luthcrieDS, qui reprirent avec une nouvelle vigueur leurs attaques contre les Juifs. Parmi eux se signala, par la violence de sa haine et son implacable fanatisme, Jean MiJlIer, doyen de Tégiise Saint- Pierre, qni ne cessa de réclamer la fermeture des synagogues (de 1631 à 1644). Â ses diatribes, le sénat répondit qu*il n'était pas possible de défendre aux Juifs de prier et chanter des psaumes, qu'eux aussi avaient besoin d'observer une religion, et que, du reste, ils quitteraient la ville avec leurs capitaux, au grand dommage du bien-être général, si leurs synagogues étaient fermées.

Ces raisons ne calmèrent pas la colère du doyen Mûller, qui continua ses excitations enflammées contre les Juifs. Il fut soutenu dans sa campagne par les trois Facultés de théologie de Wittemberg, de Strasbourg et de Rostock, qui, sur les instances de Millier, défendirent sévèrement aux malades chrétiens de recourir aux soins de médecins juifs. Ainsi, en plein xvii« siècle, quand la guerre sanglante de Trente ans démontrait avec une si éclatante évidence la nécessité de la tolérance, des prêtres luthériens voulaient remettre en vigueur contre les Juifs des décisions prises par les conciles du temps des Visigoths 1 Les temps étaient heureusement changés. Christian IV, roi de Danemark et du Schleswig-Holstein, le principal appui des protestants après Gustave-Adolphe, celui-là même auquel Mûller avait dédié son ouvrage antijuif, attacha à sa personne comme médecin le juif Renjamin Moussafla.

 Hambourg même, les efforts de Millier restèrent stériles. La boui*geoisie de cette ville entretint avec les Juifs des relations de plus en plus cordiales. Plusieurs d'entre eux représen talent même des princes comme agents commerciaux ou politiques. Le roi de Portugal avait comme agents, à Hambourg, Duarte Nunès da Costa et Jacob Curiel, et le roi catholique Ferdinand IV nomma comle palatin un écrivain juif d'origine portugaise, Immanuel Rosalès.

La communauté d'Amsterdam essaima aussi à Tétranger, elle élablit une colonie au Rrésil, que les Portugais avaient découvert et peuplé, et surtout dans la ville de Pernambouco. Le gouvernement portugais avait fréquemment expédié dans ce pays des

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