‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 55 sur 203 · COLONIES JUIVES AU BRÉSIL · texte numérisé non relu

COLONIES JUIVES AU BRÉSIL

criminels juifs^ c'est-à-dire des Marranes qu'il ne voulait pas livrer aux flammes. Ces Marranes, traités comme des voleurs et des assassins, facilitèrent la conquête du Brésil A la Hollande, qui y envoya comme gouverneur Jean-Maurice de Nassau (1624- 1636). Les Marranes brésiliens se mirent alors en rapport avec les Juifs d'Amsterdam, jetèrent complètement le masque du catholicisme et fondèrent a Pernamt)ouco une communauté sous le nom de Kahal Kados, « communauté sainte ».

Bientôt, plusieurs centaines de Juifs portugais d'Amsterdam s'embarquèrent pour le Brésil, soit qu'ils y eussent été appelés, soit de leur propre initiative, pour nouer des relations avec ce pays. Us se firent accompagner par le hakham Isaac AlK)ab da Fonseet (1642). Ce fut le premier rabbin brésilien. A Tamarica aussi s'organisa une communauté juive, qui plaça à sa tète le rabbin Jacob LagaHn^ le premier écrivain talmudique de l'Amérique du Sud.

Les Juifs du Brésil jouissaient des mêmes droits que les autres habitants et étaient très estimés des Hollandais, auxquels ils rendaient des services comme conseillers et comme soldats. Lors d'une conspiration ourdie par les Portugais indigènes pour tuer les fonctionnaires hollandais et rendre le pays à ses anciens maîtres, un Juif dénonça le complot aux Hollandais. Quand, plus tard (1646), la guerre éclata entre les Pertugais et les Ilollan dais et que Pernambouco, assiégé et souiTraDt de la faim, fut sur le point de se rendre, le gouverneur fut encouragé par les Juifs à persister dans sa résistance.

En France aussi, des Marranes vinrent chercher un refuge contre les violences et les persécutions de l'Inquisition. Ils n'y purent d'abord vivre que déguisés en chrétiens, quoique plusieurs d'entre eux fussent parvenus à de hautes situations comme médecins, jurisconsultes ou écrivains (1). A Bordeaux pourtant, ils n'étaient pas rigoureusement surveillés. Comme leurs capitaux et leur expérience des affaires contribuaient à la prospérité de la ville et que la municipalité voyait leur séjour d'un très bon œil,

(1) Michel de Montaigne descend de Marranes. Sa mère, Antoinette de Louppes, mariée au gentilhomme Pierre Ayquem, seigneur de Montaigne, était la fille du marrane Pierre de Louppes (Pedro Lopès).

Henri II les autorisa (1350), sous le nom de nouveaux chrétiens^ à demeurer à Bordeaux et à s*y adonner au négoce. Extérieurement ils se conduisaient en chrétiens,, faisant baptiser leurs enfants, se mariant avec le concours de prêtres chrétiens et portant des noms chrétiens. Mais en secret ils pratiquaient le judaïsme. Ce fut miracle que, malgré les dénonciations des fanatiques, ils échappèrent -aux ipassacres de la Saint-Barlhélemy. En 1636, Bordeaux comptait deux cent soixante Marranes. H y eut aussi une petite communauté roarrane à Bayonne et dans d'autres localités. Cinquante ans plus tard, Louis XIV permit aux a nouveaux chrétiens » de se déclarer ouvertement Juifs.

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