‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 6 sur 203 · L'ARCHEVÊQUE URIEL DE GEMMINGEN · texte numérisé non relu

L'ARCHEVÊQUE URIEL DE GEMMINGEN

tissaient la liberté religieuse, et, par conséquent, la propriété de leurs livres de prières et d'étude. Ils demandèrent donc que la Confiscation fût retardée, afin qu'il leur fût possible d*en appeler à Tempereur et à la chambre impériale. En même temps, Tadministration de la communauté de Francfort envoya un délégué auprès d'Uriel de Gemmingeu, prince-électeur et archevêque de Mayence, dont relevait le clergé de Francfort, pour le prier d*empêcher les ecclésiastiques de participer à une telle injustice. Le prélat accéda a ce désir. Quand le Sénat de Francfort apprit la décision do Tarchevèque de Mayence, il retira, a son tour, son appui a PfefTerkorn. Mais les Juifs ne s'endormirent pas sur ce premier succès. Tout en ignorant que derrière PfefTerkora se cachaient les puissants dominicains, ils devinaient qu'il était soutenu par leurs ennemis et qu'ils n'étaient pas en sécurité. Ils déléguèrent donc Jonathan Cion auprès de l'empereur Maximilieu pour plaider leur cause, et ils invitèrent toutes les communautés juives allemandes à se faire représenter à une réunion qui aurait lieu le mois suivant, et où Ton prendrait les mesures de préservation nécessaires.

Tout péril semblait pourtant écarté pour le moment, grâce à Tintervention de Tarcheveque de Mayence Qu'il le fit par pur sentiment de justice ou par aversion pour le fanatisme des dominicains, ou qu'il fût froissé que Tempereur eût accordé à un étranger un droit de juridiction sur les afl'aires religieuses dans son diocèse, ce qui est certain c'est que ce dignitaire do l'Église défendit énergiquement les Juifs. Le 5 octobre il écrivit à Tempereur pour exprimer son étonnement que, dans une conjoncture aussi grave, il eût donné pleins pouvoirs à un homme aussi ignorant et aussi peu digne de confiance que Pfefferkorn, affirmant que les Juifs établis dans son diocèse ne possédaient pas de livres injurieux pour le christianisme. Il ajoutait que dans le cas où le souverain tiendrait à faire confisquer et examiner les ouvrages hébreux, il devrait confier cette mission a une personne compétente. Pour ne pas paraître partial dans cette affaire, il se mit en relations avec Pfeiïerkorn. Il le manda à AschatTenbourg, et là il lui montra que le mandat dont l'avait gratifié l'empereur présentait un vice de forme et que

les Juifs pourraient contester la validité de ses pouvoirs. Dans cçt entretien, on prononça pour la première fois le nom de Reuchlin. Il fut, en effet, question d'adjoindre à PfefTerkorn, pour Texamen des ouvrages incriminés, Reuchlin (ou bien Victor de Karben) avec un dominicain de Cologne.

En 8*assurant le concours de Reuchlin, dont le savoir et le caractère étaient profondément respectés en Allemagne, les dominicains comptaient que leur entreprise aurait plus de chances de réussite. Peut-être aussi espéraient-ils compromettre ce savant^ dont les efforts pour répandre Tétude de Thébreu parmi les chrétiens d'Allemagne et d'Europe étaient vus d'un très mauvais œil par les « obscurants ». De toute façon ils se trompèrent dans leurs calculs, car Reuchlin, en prenant part à ces débats, porta à l'Église catholique des coups qui l'ébranlèrent jusqu'aux fondements. On put dire plus tard avec raison que ce chrétien teinté de judaïsme avait fait plus de mal à l'Église que tous les écrits de polémique des Juifs.

Jean Reuchlin, de Pforzheim (1455-1522), contribua pour une grande part à faire succéder, en Europe, un esprit nouveau à l'esprit du moyen âge. Sous le nom de Capnion et aidé de son contemporain plus jeune, Érasme, de Rotterdam, il réveilla en Allemagne le goût des lettres et de la science, et prouva que, dans le domaine de l'antiquité classique et des humanités, les Allemands pouvaient rivaliser avec les Italiens. A une culture littéraire fort remarquable, Reuchlin joignait un caractère élevé, une scrupuleuse loyauté, un très grand amour de la vérité. Plus érudit qu'Érasme, il voulait, à l'exemple de saint Jérôme, savoir l'hébreu. Son ardeur à étudier cette langue devint une vraie passion lorsque, pendant son second voyage en Italie, il 6ut fait la connaissance, à Florence, du célèbre Pic de la Mirandole et appris de lui quels merveilleux mystères on découvrait dans les sources juives de la Cabbale. Ce n'est cependant qu'à l'âge mûr qu'il réussit à réaliser complètement son ardent désir d'étudier sérieusement la littérature hébraïque. Il entra, en effet, en rapports, à Linz^ à la cour du vieil empereur Frédéric III, avec le médecin et chevalier juif Jacob Loans, qui lui enseigna l'hébreu.

Dès qu'il fut un peu familiarisé avec la littérature hébraïque,

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