‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 7 sur 203 · JEAN REUCHLIN · texte numérisé non relu

JEAN REUCHLIN

ReuchliQ publia uq opuscule, « Le mot mirifique », où il parle avec enthousiasme de i*hébreu. « La langue hébraïque, dit-il, est simple, pure, sacrée, concise et vigoureuse; Dieu s'en sert pour parler aux hommes^ et les hommes pour s'entretenir avec les anges, directement, sans intermédiaire, face à face, comme un ami parle à son ami. » Il s'efforce de prouver que la sagesse des nations, les symboles religieux des païens et les pratiques de leur culte ne sont que des modifications et des altérations de la vérité juive, dissimulée dans les mots, les lettres et même la forme des lettres. Au surplus, Reuchlin ne négligea aucune occasion de se perfectionner dans la langue hébraïque. Pendant qu'il résidait à Rome, en qualité de représentant du prince électeur du Palatinat auprès du pape Alexandre VI (1498- ISOO), il se fit donner des leçons d'hébreu par le Juif Obadia Sforno.

Comme il était le seul chrétien en Allemagne, et même en Europe, qui sût l'hébreu, ses nombreux amis le pressèrent de publier une grammaire hébraïque pour faciliter aux chrétiens l'élude de cette langue. Cette grammaire, la première qui ait été composée par un savant chrétien — elle fut achevée en mars 1506 — et que Reuchlin appelle « un monument plus durable que l'airain », présentait certainement bien des lacunes. Elle contenait simplement les règles les plus élémentaires de la prononciation de l'hébreu et des formes des mots, ainsi qu'un petit lexique. Mais elle exerça quand même une sérieuse influence, car elle éveilla le goût des études hébraïques chez plusieurs humanistes, qui s'y adonnèrent ensuite avec ardeur. Quelques disciples de Reuchlin, notamment Sébastien Munster et Widmannstadt, marchèrent sur les traces de leur maître et manifestèrent autant de zèle pour Tétude de Thébreu que pour celle du grec.

Reuchlin n'était pourtant pas un ami des Juifs. Dans sa jeunesse, il nourrissait contre eux les mêmes préjugés que ses contemporains, les considérant comme dénués de tout goût littéraire ou artistique et les déclarant vils et méprisables. A l'exemple de saint Jérôme, il proclama sans ambages sa haine pour le peuple juif. En même temps qu'il publiait sa grammaire hébraïque, il écrivait une lettre où il attribuait tous les maux des Juifs à leur aveuglement et à leur obstination. Autant que Pfefferkorn,

il croyait qu*ils blasphémaient contre Jésus, Marie, les apôtres et rÉglise.

Plus tard, il regretta d*avoir publié cette lettre, car son cœur était resté honnête et bon. Dans ses relations avec les Juifs, il leur témoignait de la bienveillance ou, au moins, de la considération. Son sentiment de la justice ne lui permettait pas d'approuver les iniquités commises à Tégard des Juifs. Quoiqu'il n*eùt jamais donné lieu jusqu'alors au moindre soupçon d'hérésie et qu'il entretint d'excellents rapports avec les dominicains, les obscurants le considéraient instinctivement comme leur ennemi. Ils lui en voulaient de son culte pour la science et la littérature classique, de sa passion pour la langue grecque, dont le premier il avait introduit l'étude en Allemagne, de ses efforts pour propager l'enseignement de l'hébreu et de la préférence qu'il accordait à « la vérité hébraïque » sur la traduction latine canonique de la Bible appelée Vulgate,

Tel était l'homme que Pfefferkorn voulait s'attacher comme complice dans ses intrigues contre les Juifs. Quand Tapostatjuif se rendit une seconde fois au camp de l'empereur, il Qt d*abord visite à Reuchlin pour lui exposer la mission dont il était charge et lui montrer la commission qu'il avait reçue de Maximilien pour cet objet. Reuchlin approuva son projet de détruire les livres contenant des blasphèmes contre le christianisme, mais lui fît remarquer, comme l'avait déjà fait l'archevêque de Mayence, qu'il y avait un vice de forme dans le mandat que lui avait confié l'empereur. Pfefferkorn promit de tenir compte de l'observation et de demander a Maximilien une nouvelle commission dont la validité ne fût pas contestable.

Pendant que ces pourparlers avaient eu lieu entre Reuchlin et Pfefferkorn, les défenseurs des Juifs n'étaient pas restes inactifs. Jonathan Cion et un autre de ses coreligionnaires influents, Isaac Trieste, appuyés par des chrétiens considérés, par le délégué de l'archevêque de Mayence et le margrave de Bade, avaient fait valoir auprès de l'empereur les privilèges accordés aux Juifs par plusieurs de ses prédécesseurs et par plusieurs papes. D'après ces privilèges, les Juifs étaient autorisés à pratiquer leur religion, et le souverain lui-même n'avait pas le droit d'entraver le libre

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