‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 66 sur 203 · SUCCÈS DE MANASSÉ · texte numérisé non relu

SUCCÈS DE MANASSÉ

aussi par Prynne. « Je jure, dit-il, que je n'ai jamais vu pratiquer un tel usage en Israël et que jamais les Juifs n*ont perpétré ni essayé de perpétrer un pareil forfait. » Après avoir montré Tinanité de toutes les autres accusations, il achève son opuscule par une belle prière et par cette requête adressée à l'Angleterre : < Je supplie humblement Thonorable nation anglaise de lire mon exposé avec impartialité, sans préjugé et sans passion, et de faciliter Tavènement des temps annoncés par les Prophètes, pour que nous puissions nous réunir dans Tadoration de Dieu et assister aux consolations de Sion. »

Le plaidoyer de Manassé produisit une impression favorable, et, à la suite d'un incident qui se produisit, Cromwell se décida à sortir de la réserve quMl s'était imposée jusque-là et à autoriser le séjour des Juifs en Angleterre. Un riche marchand portugais, Roblès, fut cité devant la justice sous Tinculpation d'être papiste (1656), et, comme TAngleterre était alors en guerre avec le Portugal, sa fortune fut conQsquée. Mais, sur l'initiative de Cromwell, le conseil d'Etat leva le séquestre, parce que l'inculpé était juif et non pas catholique. C'était reconnaître implicitement aux Juifs le droit d'habiter l'Angleterre. Les Marranes établis à Londres ne se trompèrent pas sur la portée de cette sentence; ils s'empressèrent de jeter le masque du christianisme. Grâce aux démarches de Carvajal et de Simon de Cacérès, ils purent même acquérir un cimetière spécial pour les membres de leur communauté (février 1657); ils furent également autorisés à observer publiquement leurs fêtes et à célébrer leur culte. On continua seulement de les considérer comme étrangers et de leur imposer, par conséquent, des taxes plus élevées. La campagne de Manassé ne fut donc pas infructueuse.

Quand Manassé manifesta le désir de retourner en Hollande, Cromwell le combla d'honneurs et lui accorda une pension annuelle de cent livres (20 février 1657). Manassé n'en jouit pas longtemps, car il mourut en chemin, à Middelbourg (novembre 1657), avant d'être revenu dans sa famille. Son corps fut transporte plus tard à Amsterdam, où une inscription funéraire rappelle son grand mérite.

L'année suivante, Cromwell mourut. Deux ans après sa mort^

lé général Monk ramenait le prétendant Charles II en Angleterre et le rétablissait sur le trône. Pendant qu^il était encore simple prétendant, ce prince, qui avait toujours besoin d'argent, s*était déjà mis en rapport avec les Juifs d'Amsterdam et leur avait promis, dans le cas où la monarchie serait restaurée, d*autoriser rétablissement de leurs coreligionnaires en Angleterre s*ils lui fournissaient des armes et des capitaux. Il tint parole. Dès qu*il fut devenu roi, il permit à de nombreux Juifs de se fixer dans la Grande- Bretagne, sans que leur situation fût pourtant formellement réglée par une loi.

Au moment où se produisit cette amélioration dans la situation des Juifs, quel était Tétat du judaïsme? La religion juive avait alors subi tant de modifications, s'était accrue de tant d'additions et d'emprunts étrangers qu'elle était devenue presque méconnaissable. Déjà les Soferim et les docteurs du Talmud avaient élevé de si nombreuses barrières et multiplié tellement leurs interprétations qu'on ne reconnaissait presque plus rien de la doctrine des Prophètes. Puis étaient venus les gaonim, les écoles des rabbins espagnols, français, allemands et polonais, les adeptes de la Cabbale,qui, successivement, avaient ajouté au judaïsme primitif leurs aggravations, leurs conceptions particulières, leurs erreurs. On ne se préoccupait plus des principes établis par la Tora et les Prophètes, à peine tenait-on compte des enseignements du Talmud ; on s'attachait surtout aux opinions des autorités rabbiniques, et, en dernière instance, à celles de Joseph Karo et de Moïse Isserlès. La Cabbale aussi s'était glissée comme un poison dans le sein du judaïsme et avait agi sur presque tous les rabbins, que ce fût dans les communautés polonaises, à Amsterdam (Isaac Aboab da Fonseca), ou en Palestine (Isaïe Horwitz). Les rêveries extravagantes d'Isaac Louria, ses idées concernant l'origine des âmes, la métempsycose, l'association des âmes, la thaumaturgie, troublaient les esprits et égaraient les cœurs, a Les jeunes lionceaux » — c'est ainsi que s'appelaient les disciples de Louria — s'appliquaient avec un zèle ardent à enseigner ces absurdités et à répandre les plus extraordinaires légendes sur le pouvoir magique de leur maître. Pendant près de cinquante ans (1572-1620), jusqu'à sa mort, Hayyim Vital de Calabre exerça un empire absolu

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