CHAPITRE X
TRISTESSES BT JOIES
Pendant qu*eD Turquie les Juifs jouissaient d*uue complète sécurité même au moment de Tagitation messianique de Sabbataï, ils continuaient d*ètre traités en parias par les nations chrétiennes de TEurope, excepté en Hollande et en Angleterre. Ce fut de nouveau TEspagne qui ouvrit Tère des persécutions. Ce pays était alors gouverné par Marie-Anne d'Autriche, veuve de Philippe IV, qui avait élevé son confesseur^ le Jésuite allemand Neidhard, à la dignité d'inquisiteur général et de premier ministre. Une telle souveraine ne tolérait naturellement que des catholiques dans ses États. Or, dans un coin de la région septentrionale de rAfrique, à Oran, à Mazaquivir et dans quelques autres localités, on trouvait des Juifs. Beaucoup d'entre eux avaient rendu de sérieux services à TEspagne, en temps de paix aussi bien qu'en temps de guerre. Les familles Cansino et Sasportas, dont les membres remplissaient les fonctions de drogman, s'étaient distinguées en mainte circonstance par leur attachement et leur dévouement pour l'Espagne, et Philippe IV leur avait fait adresser des remerciements offlciels. Sa veuve n'en décida pas moins d*expulser tous les Juifs sans exception. Sur les instances de quelques notables juifs, le gouverneur leur accorda un délai de huit jours, jusqu'après la fête de Pàque, et consentit à attester, qu'ils étaient exilés, non pas parce qu'ils avaient commis quelque méfait, mais à cause de Tintolérance de la régente (Qn avril 1669). Les exilés, qui avaient été obligés de vendre leurs immeubles à des prix dérisoires, allèrent se fixer en Savoie, à Nice et à Villefranche.
La fille de la régente d'Espagne, Marguerite, impératrice d'Aile-
tit HISTOIRE lœs JUIFS.
magoe, ne tarda pas à imiter Teiemple de sa m^ el à (aire décréter TexpulftioD des Juifs de Vienne et de rarehidodié d'Autrielie. Depuis ravènemeut de Léopold 1% les Jésuites étaient tout-puissants en Allemagne. Ils ne cessaient d*exciter la cour et le peuple contre tous les non-catboliques, contre les protestants en Hongrie, les huguenots en France et les dissidents en Pologne. Les Juifs, établis de nouveau à Vienne depuis environ un demisiécle, souffraient également de ces excitations. Trouvait-on un chrétien assassiné ou noyé? on en accusait immédiatement les Juifs, que l'on cherchait, en outre, à rendre odieux par des chansons, des libelles venimeux et des images. Après une assez longue résistance de Tempereur, les Jésuites réussirent à faire proclamer à son de trompe (14 février 1670) l'ordre aux Juifs de partir de Vienne et des environs.
Bouleversés par ce décret d'expulsion, les Juifs sollicitèrent rintervention d*un de leurs coreligionnaires les plus riches et les plus influents de ce temps, Manoël Texeira, représentant de la reine Christine à Vienne. Texeira demanda à quelques grands d'Espagne avec lesquels il était en relations d'agir sur le confesseur de rimpératrice. Il s'adressa aussi au puissant et habile cardinal Azzolino, à Rome, ami de la reine Christine. Celle-ci, qui, depuis sa conversion. Jouissait d'une grande influence dans le monde catholique, promit aussi son appui ù Texeira. Tout fut inutile. L'empereur, ou plutôt l'impératrice, maintint l'édit d'expulsion et disposa môme des maisons des Juifs avant qu'ils ne fussent partis. Elle fut pourtant assez humaine pour défendre à ses sujets de maltrailer les exilés.
Les Jésuites triomphèrent « pour la plus grande gloire de Dlou » ; les Juifs furent contraints d'émigrer. Le Magistrat de Vienne acheta le quartier juif pour cent mille florins, et, en rhonuûur do l'empereur, l'appela Leopoldstadt, Sur l'emplacement de la synagogue on éleva une église, dont Léopold I** posa la premièro pierre (18 aoiU 1670). Les exilés se répandirent à travers la Moravie, la Bohème et la Bavière, où ils furent provisoirement autorisés à se Qxer; la Hongrie leur resta fermée.
Malheureux d*un cùté, les Juif^ de cette époque étaient plus heureux dans d'autres contrées. Le Brandebourg, qui n*avait