‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 92 sur 203 · LES JUIFS ANGLAIS SOUS GEORGE II · texte numérisé non relu

LES JUIFS ANGLAIS SOUS GEORGE II

trompa tout le moDdc et surtout sou père, qui fit imprimer à la bâte son premier ouvrage pour essayer de payer en partie les dettes de son flls.

En général, le prestige des rabbins subit une atteinte considérable de Taflaire des amulettes et de la lutte entre hérétiques et orthodoxes. Divisés en deux camps, se combattant avec une violence excessive, s'excommuniant mutuellement, les rabbins devaient perdre forcément, dans ces tristes débats, une partie de leur crédit et de leur autorité. En Allemagne, les savants chrétiens suivirent ces querelles avec un vif intérêt, et de nombreux journaux en rendirent compte avec une grande exactitude et dans des termes très modérés.

En Angleterre et en France, Tattention publique fut aussi appelée, à cette époque, sur les Juifs : en France par les attaques de Voltaire, et en Angleterre par une première tentative d'émancipation.

Depuis leur retour, sous Cromwell, les Juifs d'Angleterre, surtout à Londres, formaient un groupe isolé dont la situation n*était pas nettement déflnie. Ils n'étaient pas inquiétés par les pouvoirs publics et pratiquaient librement leur culte, sans pourtant y avoir jamais été formellement autorisés par une loi. On les considérait comme des étrangers, ils étaient qualifiés d'Espagnols, Portugais, Hollandais ou Allemands, et ils payaient la taxe des étrangers [alien duty). Par exception, le roi accordait parfois le droit de cité à quelque membre riche ou très considéré de la communauté portugaise. Mais, en général, ils étaient soumis à de nombreuses restrictions et même à des vexations. On les dispensait toutefois de certaines obligations le jour de sabbat, par exemple de comparaître comme témoins devant les tribunaux.

Lorsque les Juifs établis dans les possessions anglaises de TAmérique eurent été naturalisés, des négociants et des fabricants chrétiens adressèrent une pétition au Parlement pour qu'en Angleterre également les Juifs pussent obtenir les droits de citoyen sans être obligés de communier. Le ministère Pelham appuya la pétition, mais elle fut combattue par ceux qui, par préjugé religieux ou par esprit de concurrence, étaient hostiles à Témancipation des Juifs. Malgré cette opposition, la Chambre des lords vota

un bill qui accordait la naturalisation aux Juifs établis depuis trois ans en Angleterre ou en Irlande; ils restaient seulement exclus des fonctions publiques et ecclésiastiques et ne pouvaient pas participer à l'éleclion des membres du Parlement. La Chambre des communes adopta également ce bill, qui fut érigé en loi par George II (mars 1753). Aussitôt, dans les églises, dans les tavernes et parmi les corporations, éclatèrent de violentes protestations contre cette loi. Un ecclésiastique, le doyen Tucker, qui avait défendu le bill de naturalisation, fut grossièrement injurié dans des journaux et des pamphlets, et son portrait ainsi que son mémoire en faveur des Juifs furent brûlés a Bristol. Au vif chagrin des esprits libéraux, le ministère eut la faiblesse de céder aux clameurs des fanatiques et des commerçants jaloux et de renier son œuvre. Il abrogea la loi (1754), « parce qu'elle avait été mal accueillie et qu'elle avait troublé la conscience de nombreux sujets du roi ».• Toutefois, on continua, comme auparavant, à se montrer assez tolérant à Tégard des Juifs.

En France aussi, on s'occupait alors d'eux. Voltaire, qui, au xviii* siècle, tenait le sceptre de l'esprit et réussit, par ses sarcasmes et son rire sardonique, à battre en brèche les institutions barbares du moyen âge, cet écrivain illustre qui combattait si vaillamment pour les idées de justice et de tolérance, détestait les Juifs et déversa les railleries sur leurs croyances et leur histoire. Il se laissa entraîner à ces attaques par ses rancunes contre l'Église et aussi par ses rancunes privées. Pendant son séjour à Londres, il avait perdu de l'argent à la suite de la banqueroute du flnancier juif de Médina. L'irritation qu'il en ressentit lui nt englober tous les Juifs dans la môme haine.

Un autre incident fournit à cette haine un nouvel aliment. Du temps qu'il résidait à Berlin et à Potsdam, il chargea un joaillier juif, llirsch ou Hirschel, d'une affaire équivoque (1750), puis, sur les conseils d'un concurrent envieux, Efraïm Veitel, il rompit le marché. De là de violentes discussions entre Hirsch et Voltaire. Celui-ci, pour se venger, commit à l'égard de son adversaire toute une série d'actes malhonnêtes, le trompa dans une affaire de diamants, le maltraita, usa envers lui de mensonge et de faux et, à la (In, se plaignit d'être dupé! Il en résulta un procès très

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