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VOLTAIRE ET LES JUIFS

embrouillé. Afln de se rendre compte de quel côté était le droit, Frédéric II prit connaissance des divers documents et conclut à la culpabilité de Voltaire. Il écrivit alors contre lui une comédie en vers français intitulée : « Tantale en procès. » Exposé, à cause de celte histoire, aux railleries de ses ennemis. Voltaire en conçut encore un ressentiment plus vif contre tous les Juifs sans exception. En toute occasion, il faisait porter au judaïsme le poids de ses rancunes personnelles et outrageait aussi bien les Juifs du passé que ceux de son temps. Mais en attaquant la Bible, il visait plutôt rÉvangile. Comme il n*osait pas s'en prendre ouvertement aux croyances chrétiennes, il dirigeait ses traits acérés contre la religion qui leur avait donné naissance.

Ces attaques injustes et grossières indignèrent bien des savants et des philosophes, mais on redoutait trop Tironie mordante de Voltaire pour oser entrer en lice contre lui. Un Juif instruit, Isaac Pinto (1715-1787), ne craignit pourtant pas de riposter aux diatribes de Voltaire. Né à Bordeaux, Pioto, qui descendait d'une famille marrane, était allé s'établir à Amsterdam, où il rendit de grands services à la communauté portugaise et avança des sommes élevées au gouvernement hollandais. Il occupait une situation brillante et était toujours prêt à user de son crédit en faveur de ses coreligionnaires portugais, tout en se montrant indiflcrent et parfois même dur pour les Juifs d'origine allemande ou polonaise. Du reste, les autres Juifs portugais témoignaient également un injuste dédain à leurs coreligionnaires des autres régions, comme le prouve le différend qui éclata alors dans la communauté de Bordeaux.

Les membres de cette communauté, formée, à l'origine, de « nouveaux chrétiens », étaient pour la plupart armuriers, banquiers et armateurs. Ils s'adonnaient au commerce maritime et avaient de fréquentes relations avec les colonies françaises. La maison Gradis était connue au loin et jouissait partout d'une grande considération. Par leur probité scrupuleuse, la dignité de leur vie, leur bienfaisance et la noblesse de leurs manières, les Juifs de Bordeaux avaient acquis l'estime et la sympathie de la population chrétienne. Aux Juifs portugais vinrent se joindre des émigrants d'Alsace et du Comtat Venaissin. Craignant d*ètre con-

fondus peu à peu avec les nouveaux venus, qui leur étaient inférieurs par réducation, la position sociale et Tinstruction, les Juifs portugais s*efTorcèrent de les faire expulser en invoquant Tancien édit qui interdisait aux Juifs de séjourner en France. Comme ils n'y réussirent pas, ils rédigèrent un règlement (1760) où les Juifs autres que ceux du rite portugais étaient qualifiés de <c vagabonds » que Tadministration avait pour devoir de faire partir dans un délai de trois jours. Mais ce règlement ne pouvait pas être appliqué sans Tassentiment royal. La communauté portugaise s'adressa donc à Louis XV par Tintermédiaire de Jacob Pereire.

Jacob-Rodrigue Pereire était né en Espagne (1715). Après avoir été obligée par Tlnquisition, qui la soupçonnait d*hérésie, de se tenir toute une année aux portes des églises, sa mère avait quitté TEspagne avec toute sa famille et 8*était établie à Bordeaux. Là, Jacob Pereire avait créé une école où il enseignait aux sourds-muets, avant Tabbé de TÉpée, à communiquer entre eux à Taide de signes qu*il avait inventés. Ses succès furent tels que le roi lui accorda une récompense et que les personnages les plus illustres lui adressèrent des remerciements. Plus tard, il fut nommé interprète royal et membre de la Société royale des sciences de Londres.

Comptant sur son influence, la communauté portugaise de Bordeaux le nomma son « agent » à Paris pour faire ratifier par Louis XY le règlement si égoïste qu'elle avait rédigé. Pereire, si pitoyable aux malheureux sourds-muets, n*hésita pas à faire des démarches contre ses coreligionnaires d* Avignon et d'Alsace. Le sort de ces derniers fut remis par le roi entre les mains du gouverneur de Bordeaux, qui était alors le duc de Richelieu. Comme Isaac Pinto était lié avec lui, il joignit ses instances à celles de la communauté de Bordeaux, et le duc de Richelieu ordonna (novembre 1761) que, dans un délai de quinze jours, tous les Juifs étrangers fussent sortis de Bordeaux.

La dureté des Juifs portugais de Bordeaux à regard de leurs autres coreligionnaires de la ville produisit une pénible impression. On se demandait de quel droit eux-mêmes résidaient en France si, comme ils l'avaient fait ressortir dans leur protesta-

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