‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 95 sur 203 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

moïse MENDELSSOHN ET SON TEMPS

Moïse Mendeissohn, qui contribua pour une si large part au relèvement du judaïsme, présentait, en quelque sorte, dans sa personne, rimage même de son peuple. Petit, contrefait, un peu gauche, il était d'un extérieur assez déplaisant; mais ce corps, d'apparence frêle et débile, était animé d'une intelligence vigoureuse à laquelle nul effort ne coûtait pour arriver a la vérité. Le peuple juif aussi apparaissait alors, non seulement aux yeux de ses détracteurs, mais même de ses amis, comme déformé par les persécutions qu'il avait subies, de manières maladroites, peu considéré, Tesprit troublé par les idées les plus fausses. Mais il suffit qu'on lui montrât la lumière pour qu'il abandonnât ses erreurs, se redressât sous l'impulsion du sentiment de sa dignité et revint a ses pures et généreuses croyances. Mendelssohn, qui fut le principal auteur de cette œuvre de rénovation, offre ce trait particulier qu'il accomplit cette belle mission sans y avoir préalablement songé, presque à son insu, et sans avoir jamais occupé aucune fonction officielle. Car, sa modestie le retint toujours dans l'ombre, et jamais il n'accepta ni honneurs, ni dignités.

Né àDessau le 17 août 1728, Moïse Mendeissohn était pauvre et misérable comme tous les enfants juifs de sa condition. A cette époque, les jeunes gens juifs ne connaissaient pas l'insouciance et la gaité de leur âge. Dès leur enfance, la triste réalité les enveloppait de son souffle glacial et les mettait aux prises avec les

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difficultés de la vie. Par contre, leur esprit mûrissait vite. Mendelssohn avait à peine quatorze ans quand il se présenta, malingre et maladif, à une des portes de Berlin pour pénétrer dans la ville. Un préposé juif, chargé d'interdire Taccès de la ville à ceux de ses coreligionnaires qui étaient dénués de ressources, le questionna avec rudesse sur ses moyens d'existence. Il répondit timidement qu'il désirait fréquenter l'école talmudique du nouveau rabbin de Berlin. Autorisé alors à entrer, il se rendit auprès de David Frsenkel, qui, de Dessau où il avait déjà eu Mendeissohn pour élève, venait d'être appelé au poste rabbinique de Berlin. Pour gagner sa maigre subsistance, Mendeissohn copia les commentaires de son maître Frœnkel sur le Talmud de Jérusalem.

Comme la plupart des élèves des écoles talmudiqucs {Behourim), Mendeissohn menait forcément la vie de privations recommandée par le Talmud à ceux qui s*adonnent aux études sacrées : « Manger du pain avec du sel, boire de l'eau, coucher sur la dure, s'interdire toute jouissance matérielle et se consacrer tout entier à ses études ». A son arrivée à Berlin, son unique but était de se familiariser avec la littérature talmudique. Mais l'esprit de réforme et l'amour des sciences et des lettres qui s'étaient réveillés avec force dans la capitale prussienne, sous le règne de Frédéric le Grand, avaient aussi fait sentir leur influence parmi les Juifs et avaient pénétré jusque dans l'école de FrœnkeL Mendeissohn apprit les mathématiques, le latin, la philosophie. Un talmudiste, Israël Lévi Zamosc, lui flt connaître le « Guide des Égarés » de Maïmonide. En même temps qu'il étendait ses connaissances, il faisait son éducation morale, trempant son caractère, s*habituant a subordonner ses passions à sa raison et à vivre en vrai sage.

Vers l'âge de vingt ans, Mendeissohn trouva un emploi modeste de précepteur dans la maison d'un riche coreligionnaire, Isaac Bernard. A l'abri des préoccupations matérielles, il s'appliqua avec plus d'ardeur encore à augmenter son savoir. Il eut la bonne fortune de se lier alors avec un des esprits les plus remarquables que l'Allemagne eût produits au xvin*' siècle, avec Gotthold-Ephraïm Lessing. Adversaire déclaré du mauvais goût, de l'érudition lourde et pédante et de l'intolérance religieuseï

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