‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 94 sur 203 · ISAAC PINTO CONTRE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

ISAAC PINTO CONTRE VOLTAIRE

tion, le séjour de ce pays était interdit aux Juifs. Ils se crurent donc obligés de justifier leur conduite, et ils chargèrent Isaac Pinto d'écrire un mémoire où il montrerait la supériorité des Juifs de rite portugais sur les autres. Pinto prit occasion des attaques de Voltaire contre le judaïsme pour publier le plaidoyer qu*on lui demandait (1762). Il reproche d'abord à Voltaire de rendre responsables tous les Juifs des défauts de quelques-uns, et il montre que la calomnie, blâmable en tous les cas, est particulièrement odieuse quand elle s'attaque à toute une collectivité. Il se plaint ensuite que Voltaire, qui se glorifie de combattre tous les préjugés, n'ait pas su se guérir de ses préjugés contre les Juifs, et il affirme que ses coreligionnaires ne sont ni plus ignorants, ni plus barbares, ni plus superstitieux que les autres croyants. Comme Pinto a surtout en vue l'apologie des Juifs portugais, il sépare nettement leur cause de celle des Juifs allemands ou polonais. Représentant les Juifs portugais comme les descendants des meilleures familles de la tribu de Juda, il affirme que la noblesse de leur origine les a préservés de tout vice et de toute bassesse en Espagne et en Portugal et leur a inspiré les plus généreux sentiments et les plus hautes vertus. Tout en sacrifiant les Juifs de rite allemand, il excuse quand même leurs défauts, qui proviennent, dit-il, de l'humiliation et des souffrances qu'ils ont subies pendant des siècles et qu'on n'a pas encore cessé de leur infliger.

Pinto atteignit son but. Dans sa réponse. Voltaire reconnaissait qu'il avait eu tort d'attaquer les Juifs portugais. Mais, après avoir fait leur éloge, il n'en continua pas moins a outrager tout le passé du judaïsme, sans distinction. A l'exemple de Pinto, d'autres écrivains publièrent contre Voltaire des « Lettres juives », qui valaient surtout par l'intention. Elles eurent pourtant cette utilité d'entretenir le public des Juifs et de montrer aux esprits impartiaux l'injustice et la faiblesse des critiques de Voltaire.

Dans des journaux français et anglais on loua l'ouvrage de Pinto, et, en même temps, on défendit les Juifs contre les attaques de Voltaire. Il y en eut, pourtant, qui lui reprochèrent sa partialité en faveur des Juifs portugais et au détriment des Juifs du rite allemand. L'éloge même qu'il fit des Juifs portugais provo-

qua la publication d*un écrit malveillant contre la communauté de Bordeaux (1161) : « Requête de la corporation des marchands contre Tadmission des Juifs aux brevets. « On accusait les Juifs de Bordeaux d*avoir falsifié en partie leurs anciens privilèges, vu que ces privilèges avaient été seulement accordés aux n nouveaux chrétiens » par Henri II et ses successeurs, et qu'en leur qualité de Juifs il leur était interdit d*habiter la France. Les Juifs portugais de Bordeaux étaient ainsi avertis que Tintolérance ne tenait nullement compte de la distinction quils avaient essayé d*établir et qu*ello ne séparait pas leur sort de celui de leurs aulres coreligionnaires. Rodrigue Pereire publia une réplique à cette « Requête » (1767). Un autre Juif composa une apologie (1769), sous le titre de « Lettre d*un milord », où il exposait les services que les Juifs avaient déjà rendus aux divers pays de l'Europe et qu'ils pourraient encore leur rendre.

Mais tous ces écrivains juifs allaient être éclipsés par une personnalité autrement brillante, autrement utile au judaïsme, par iMoïse Mendelssohn.

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