‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 98 sur 203 · LAVATER ET MENDELSSOHN · texte numérisé non relu

LAVATER ET MENDELSSOHN

Zurich, essaya de le cooverlir au christianisme, mais sans succès. A la fois mystique et rusé, Lavater prétendait deviner le caractère et la valeur intellectuelle d*un homme au simple examen des traits de son visage. Lorsque Mendelssohn eut publié le Phédon, où il parle et pense comme un vrai Grec sans que rien trahisse son origine Juive, Lavater en conclut que le philosophe de Berlin était complètement détaché du judaïsme. Il se sentait encore confirmé dans son opinion par une controverse religieuse où Mendelssohn s'était exprimé avec calme et modération sur le fondateur du christianisme et lui avait même reconnu de grandes vertus. Il ne désespérait donc pas de voir un jour Mendelssohn définitivement touché de la grâce, et il ne négligea rien pour amener rapidement ce résultat. Un professeur de Genève, Bonnet, venait de publier en français une apologie de la religion chrétienne, les Recherches philosophiques sur les preuves du christianisme. Lavater la traduisit en allemand et renvoya à Mendelssohn avec une dédicace prétentieuse qui avait toute l'apparence d'un piège (septembre 1769). Il le mettait en demeure de réfuter publiquement les arguments exposés par Bonnet en faveur du christianisme, ou, dans le cas où il les trouverait probants, de faire « ce que lui commandaient la prudence, Thonnèteté et Tamour de la vérité, ce qu*aurait fait Socrate s'il avait lu ce livre sans pouvoir y répondre».

Cette provocation eut un résultat très heureux, car elle fit sortir Mendelssohn de la réserve dans laquelle il s'était enfermé jusque-là et qui ressemblait presque à de Tindifl'érence pour le judaïsme. Sur Tinvitation de Lavater, il descendit dans Tarène et défendit chaleureusement sa religion (décembre 1766). En termes modérés, il dit à Lavater et aux autres chrétiens des vérités très dures qui, en d'autres temps, l'auraient fait monter sur le bûcher. Il ajouta que, dés sa jeunesse, il s'était appliqué à Texamen du judaïsme, qu'il avait repris ensuite cette étude quand il eut acquis des connaissances plus étendues, et qu'il avait pu ainsi se convaincre de la haute valeur de sa religion, a J'avoue, continuait-il, que, dans le cours des siècles, il s'est grefi'é sur le judaïsme certains abus qui ternissent en partie son éclat; c'est là un fait qui s'est produit également pour d'autres religions.

Mais en ce qui concerne les principes essentiels de ma religion, j*y crois de toutes les forces de mon être, et j'affirme devant Dieu que j'y resterai fermement attaché tant que mon âme n'aura pas changé totalement de nature. « Après avoir affirmé qu'il avait peu de goût pour les controverses religieuses, parce qu'il était d'avis « de répondre par des vertus, et non pas par des polémiques, au dédain qu'on professait pour les Juifs », il terminait par cette déclaration : « Moi, qu'on nomme le Socrate allemand et à qui on reconnaît une âme pénétrée des vérités divines, je reste attaché à la religion méprisée des Juifs et je considère le christianisme comme une erreur. »

La réponse de Mendeissohn à Lavater reçut l'approbation de tous les esprits éclairés. Le prince héritier de Brunswick, déjà prévenu en faveur du philosophe juif, le loua a d'avoir su traiter une question aussi délicate avec tant de tact et un si grand amour des hommes». Bonnet lui-même donna son approbation à Mendeissohn et blâma le zèle intempestif de Lavater. Celui-ci dut s'excuser, à la fin, auprès de Mendeissohn de lui avoir demandé d'abjurer.

Pendant longtemps on s'entretint^ dans les milieux instruits, de la controverse de Mendeissohn et de Lavater, qui fut également racontée, discutée, jugée dans de nombreux opuscules allemands et français. Un méchant écrivaiu, Jean-Balthazar Kôlbele, de Francfort-sur-le-Mein, profita de cette circonstance pour déverser les plus grossiers outrages sur Mendeissohn, les rabbins, les Juifs et le judaïsme. La violence même de ses attaques en détruisit d'avance tout l'effet. Il se montra particulièrement perfide dans sa c^ Lettre à monsieur Mendeissohn sur ses rapports avec Lavater et Kôlbele » (mars 1770), où il osait insinuer que rintérêt seul retenait Mendeissohn dans le judaïsme. Mendeissohn lui répliqua brièvement, dans une note qu*il ajouta à une lettre adressée à Lavater. Ce libelle venimeux eut, au moins, pour résultat d'arrêter les attaques contre les idées exposées par Mendeissohn, car aucun écrivain sérieux ne voulut se compromettre en la société de Kôlbele.

Après avoir si vaillamment défendu le judaïsme contre les chrétiens, Mendeissohn eut à subir les reproches de. ses propres core-

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